La pandémie est en train de faire renaître de leurs cendres les ciné-parcs, symboles d’un autre siècle.
La pandémie est en train de faire renaître de leurs cendres les ciné-parcs, symboles d’un autre siècle.

La renaissance des ciné-parcs

TROIS-RIVIÈRES — La pandémie actuelle n’a pas fini de nous surprendre: elle est en train de faire renaître de leurs cendres les ciné-parcs, symboles d’un autre siècle. Foisonnants sur tout le territoire québécois à une certaine époque, on n’en compte plus guère que cinq toujours actifs au Québec alors que quelques-uns, temporaires, ouvriront leurs barrières cet été. Or, le monde de la culture compte présentement sur ces infrastructures singulières pour entreprendre sa relance.

Quand il a été pour la première fois question d’une tournée de spectacles de 2frères dans des sites, actifs ou abandonnés, de ciné-parcs, on a découvert un potentiel insoupçonné: réunir des centaines de personnes pour un spectacle vivant sans enfreindre les règles de distanciation sociale.

Un autre projet majeur est venu consolider le principe, celui de TD musiparc: une centaine de spectacles présentés sur cinq sites différents à travers la province entre le 19 juin et le 19 juillet. «On ne redonne pas vie à des ciné-parcs en tant que tels, précise Sébastien Côté, producteur exécutif et directeur principal spectacles et management chez Musicor spectacles, promoteur de cette initiative hors du commun, mais on a loué des installations qui ont déjà accueilli des cinés-parc pour y monter nos installations. À Mercier, Bromont et Gatineau, ce sont d’anciens ciné-parcs alors qu’à Québec et Mirabel, ce sont des espaces qui s’y prêtaient. Par contre, c’est vrai que la formule qu’on met de l’avant rappelle les bons vieux ciné-parcs.»

Précisons que les spectacles sont présentés sur une vaste scène, encadrée par des écrans géants. Cependant, il n’y a pas de système de son pour reproduire la musique à forte intensité. Les voitures stationnées n’auront accès au contenu musical qu’à travers leur radio.

«L’idée nous est venue à peu près un mois après le confinement quand on a vu qu’en Allemagne et au Danemark, on avait adopté cette formule pour des spectacles avec DJ.»

Les premiers essais ont immédiatement séduit le public et démontré un fort potentiel. «On a eu beaucoup d’achats de billets dès le moment de l’annonce de la programmation, indique Sébastien Côté et on sait que beaucoup de gens attendent seulement de voir la météo pour y assister.»

«On est comblés par la réaction du public, mais c’est surtout une grande joie de voir que des artistes vont enfin pouvoir se produire sur scène sans compter la centaine d’emplois que cela crée parmi les gens du spectacle. Bien sûr, on cherche à rentabiliser notre investissement qui est important, mais la rentabilité n’est certainement pas notre unique motivation.»

On parle d’une programmation de plus d’une centaine de spectacles amenant sur scène une quarantaine d’artistes en un court mois. «Les gens veulent des spectacles à l’extérieur l’été. On leur a concocté des programmations correspondant à leurs goûts en priorisant des artistes québécois francophones dans des spectacles originaux et en misant sur l’humour avec des têtes d’affiche reconnues et des gens de la relève.»

On n’exclut pas de prolonger la programmation au cours de l’été, mais pas au-delà. «Ça prend une conjugaison de facteurs pour produire ça: la disponibilité des artistes, des techniciens, du public, ce qui n’est pas le cas normalement en été alors que les spectacles sont multipliés un peu partout.»

En Mauricie

C’est la station de ski Vallée du parc qui a exploité le filon dans la région. Au pied des pentes de glisse, c’est un ciné-parc traditionnel que le directeur général Alain Beauparlant a mis en place. «On va avoir deux représentations par semaine, les mardis et vendredis. On peut accueillir 200 voitures. Déjà, notre premier vendredi est complet et pour l’instant, pour les représentations jusqu’au 3 juillet, je dirais qu’on a vendu à peu près 35 % des places disponibles. C’est au-delà de nos attentes.»

Le seul hic vient de la réouverture des salles de cinéma prévue pour le 3 juillet et de la position des distributeurs. «On ne sait pas encore quels distributeurs vont nous rendre leurs films disponibles. C’est la raison pour laquelle on n’a une programmation que jusqu’au 3 juillet. Peu importe ce qui va se produire, on a un plan B et des distributeurs se sont manifestés pour offrir leurs films. On a un permis d’exploitation jusqu’au 28 août et on va remplir la programmation.»

Le succès tient certes à un désir des gens de briser le confinement, mais aussi à d’autres facteurs. «Ça a un côté événementiel important, dit Alain Beauparlant. Il y a l’aspect vintage qui fait que certains vont retrouver le ciné-parc connu jadis et d’autres vont découvrir quelque chose qu’ils n’ont jamais expérimenté.»

Le promoteur se permet de rêver à l’avenir. «On cherchait une activité pour mettre notre site en valeur pendant l’été. Si la rentabilité est là, ça pourrait être ça. Si on poursuit l’aventure, on va agrandir avec un autre écran. Ce qu’on veut, c’est de procurer du plaisir aux gens.»