Gaston Bellemare, président du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

La qualité du public a «émerveillé» les poètes

TROIS-RIVIÈRES — Après 10 jours d’activités et des centaines de vers récités, le 34e Festival international de la poésie de Trois-Rivières (FIPTR) a pris fin, dimanche dernier.

Une fois de plus, des dizaines de poètes venus du monde entier ont pu régaler de leur prose des spectateurs particulièrement réceptifs et nombreux cette année, selon le président du festival, Gaston Bellemare.

«Le mot qui résume le mieux le festival cette année, c’est plus de monde dans presque tous les lieux et avec une qualité de rencontre... les poètes étaient émerveillés devant la qualité du public et de son silence, ils étaient profondément émus, a-t-il assuré. Le public était aussi émerveillé par la qualité des poètes et par leur disponibilité pour parler avec eux après leur prestation.»

Cette disponibilité s’est aussi concrétisée dans la quarantaine d’ateliers d’écriture offerts au public et dont le succès semble grandissant, d’après M. Bellemare.

«Les gens aiment ça! Quand ils arrivent la première fois, ils ont peur: c’est épeurant, des mots! Mais ils s’installent et s’assoient. On les fait confronter les poètes, ils discutent ensemble. Les gens découvrent qu’ils sont capables d’exprimer leurs émotions.»

Fait intéressant, ce sont deux hommes qui ont remporté les deux premiers prix nationaux de poésie pour les aînés, un concours réservé aux 55 ans et plus. La remise des prix avait lieu le 1er octobre.

Alors qu’elles ont été remplacées il y a moins d’un mois, des plaques portant des poèmes affichées à l’extérieur de la maison de la Culture de Trois-Rivières ont déjà été vandalisées.

Vibrant hommage à une poétesse libérée

Si la poésie peut permettre de se libérer l’esprit et le cœur, dans d’autres pays, cette liberté d’expression peut mener directement en prison. Ce fut le cas d’Angye Gaona, poétesse colombienne emprisonnée puis libérée grâce aux pressions de PEN Canada et d’Amnistie internationale. Mme Gaona a eu droit à un vibrant hommage au début du festival.

«On laisse toujours une chaise vide pour symboliser les poètes emprisonnés, a relaté M. Bellemare. Quand elle [Angye Gaona] s’est assise sur cette chaise, les gens se sont levés et l’ont applaudie par deux fois, elle a eu une longue ovation. C’était la première fois qu’on faisait ça, d’assoir quelqu’un sur cette chaise-là.»

Alors que des chaînes se brisent, des liens se créent également. Car la rencontre entre des poètes québécois et étrangers est un des aspects importants du FIPTR, celui qui permet d’exporter la poésie d’ici dans le monde entier. Le président du festival s’est d’ailleurs réjoui d’avoir pu conclure de nouvelles ententes cette année, avec l’Académie mondiale de poésie, en Italie, et avec deux festivals de poésie, l’un au Sénégal et l’autre à Bucarest, en Roumanie.

Le FIPTR a aussi piqué la curiosité d’un journaliste mexicain qui a passé les 10 derniers jours à visiter les lieux où se déroulaient les activités et à faire des entrevues avec les poètes participants. Selon M. Bellemare, il souhaitait comprendre la formule du festival pour tenter d’en créer un chez lui, au Mexique.

Ces liens entre les cultures, Gaston Bellemare aimerait aussi que la poésie aide à les tisser dans la vie de tous les jours, au Québec, avec les nouveaux arrivants. «J’aimerais qu’on travaille avec les organismes qui œuvrent à leur intégration pour organiser des activités avec eux, par exemple, leur faire faire la traduction de poèmes venant de leur pays, a-t-il illustré. Je crois que la poésie peut être un bon moyen d’intégration. C’est un rêve que j’ai, on verra s’il est possible de le réaliser pour le 35e.»

Les nouvelles pancartes vandalisées

Sur une note plus triste, plusieurs pancartes sur lesquelles sont écrits des vers et qui ornent plusieurs lieux publics de Trois-Rivières ont été vandalisées. Huit d’entre elles, affichées sur un mur extérieur de la Maison de la culture, ont été barbouillées par une écriture rouge et un graffiti à la peinture noire a été fait à côté. Or, le FIPTR venait à peine de remplacer plus de 400 pancartes, à ses frais, il y a moins d’un mois. M. Bellemare compte demander l’aide de la Ville de Trois-Rivières pour remplacer les pancartes vandalisées.

«Ces pancartes contribuent au rayonnement de Trois-Rivières à l’étranger, a-t-il justifié. Partout dans le monde, quand on pense à Trois-Rivières, on pense à la poésie - sauf aux États-Unis, où c’est plutôt les voitures!»