Le directeur artistique Louis Robitaille discute avec le chorégraphe Ishan Rustem. On reconnaît à droite, Éric Jean, le metteur en scène.

La présence du fantôme

TROIS-RIVIÈRES — Dance Me était, à l’origine, une commande passée dans le cadre des fêtes du 375e anniversaire de fondation de la ville de Montréal. Considérant l’ampleur des moyens mis en œuvre, il était évident que le spectacle devait partir en tournée. Comme l’œuvre de Leonard Cohen est connue, respectée et aimée dans le monde entier et que la danse est un langage universel, les frontières n’existaient plus.

Le spectacle a été acclamé au Québec, bien sûr, mais aussi en France, en Finlande, aux États-Unis et sera présenté de nouveau en France puis en Belgique avant la fin de l’année en plus de traverser le Canada. La version initiale était conçue pour des salles mais une autre version pour des spectacles à l’extérieur a été mise sur pied en fonction de propositions de représentations en plein air.

Le metteur en scène n’est nullement intimidé par l’espace immense, tant sur scène que dans les gradins, que propose l’Amphithéâtre Cogeco. «Je n’ai pas encore vu votre amphithéâtre, avoue Éric Jean, mais autant je trouve que le spectacle a une dimension verticale parce que les chansons nous connectent à la terre autant qu’elles nous élèvent vers le ciel, autant il a une dimension horizontale par la façon que nous avons d’occuper la scène et d’entrer en contact avec le public. En France, on l’a présenté dans des théâtres romains et ça a fonctionné de façon extraordinaire. Je n’ai absolument aucune inquiétude de ce côté. On l’a fait devant des foules de plus 3500 personnes et la vibration passe à chaque fois.»

Deux représentations d’un spectacle de danse ne peuvent jamais être parfaitement semblables. Sur le long terme, les spectacles évoluent aussi, constamment. On apporte régulièrement des modifications le Dance Me d’aujourd’hui n’est déjà plus celui de décembre dernier. «Ça nous habite toujours et on essaie toujours de faire mieux, résume simplement Éric Jean. Le spectacle a énormément évolué depuis les débuts. Il a conservé ses petits moments de pure magie et d’autres se sont ajoutés en cours de route et je sais que les spectateurs ont chacun leurs moments préférés.»

«C’est assurément le spectacle le plus ambitieux de l’histoire des Ballets jazz de Montréal, affirme Louis Robitaille. On aborde une œuvre gigantesque, celle de Leonard Cohen, tout en conservant la personnalité qui nous est propre. Après 46 ans d’existence, la compagnie est rendue à ce carrefour qui nous invite à se lancer dans des spectacles ambitieux tant au niveau des moyens qu’au niveau artistique. S’attaquer à l’œuvre d’un artiste de la stature de Leonard Cohen, c’est tout un défi et le résultat démontre qu’on a eu raison de se le lancer.»

«C’est donc un spectacle qui est très significatif dans notre propre évolution mais le projet est né du vivant de l’artiste et on ne pouvait évidemment pas imaginer qu’il nous quitterait si subitement, ce qui ajoute une dimension émotionnelle supplémentaire. Honnêtement, on a le sentiment qu’il est là, sur scène, avec nous. Il est très présent, il nous accompagne.»