Dans le cadre du lancement de la websérie Prendre paroles, on retrouvait notamment, autour du slameur David Goudreault, Léonie Meunier, participante, Samia-Jade Lessard, participante, Jasmine Savignac, participante et le réalisateur Nino Mancuso.

La passion à travers les mots et la scène

SHAWINGAN — On a lancé officiellement mardi à la Place Biermans la websérie Prendre paroles, une oeuvre entièrement shawiniganaise née d’un projet de slam/poésie mené par le poète et romancier David Goudreault avec des jeunes de l’école secondaire des Chutes.

Le projet dans son ensemble remonte à un an et demi. À l’époque, le slameur d’origine trifluvienne a proposé un projet aux élèves de l’école secondaire des Chutes. Il les invitait à prendre part à des ateliers de création dans le but de monter Shawinigan Bleu, un spectacle de poésie et musique, spectacle à être présenté à Montréal et à Shawinigan.

Le spectacle n’a mis en scène que des participantes puisqu’au départ, sept jeunes s’étaient lancés dans l’aventure, dont un garçon, mais celui-ci a été contraint de se désister. Il n’est donc resté que six filles pour mener le tout à terme. Ce sont: Maribelle Rondeau, Léonie Meunier, Samia-Jade Lessard, Jasmine Savignac, Cynthia Thellend et Aryane Francoeur

Le processus a duré six mois et a été documenté par le réalisateur Nino Mancuso qui a suivi chaque étape du projet. L’année suivant la présentation des deux spectacles a été consacrée à réaliser le montage de la série web, travail réalisé par Pierre Duplessis. Mardi, artisans, participants et proches étaient réunis pour assister à la toute première présentation de ce document. Elle se présente en cinq épisodes d’une durée entre 15 et 20 minutes chacun. Pour l’instant, aucune entente n’a été conclue quant à sa diffusion mais des pourparlers sont en cours de sorte qu’elle sera probablement disponible pour visionnement bientôt.

Cela dit, la projection a permis de découvrir un document riche et touchant qui se déploie en plusieurs volets dignes d’intérêt. Il témoigne du travail minutieux et passionné de David Goudreault qui crée un vrai lien avec ses jeunes. On y voit aussi l’évolution de ces derniers qui semblent sortir de leur cocon d’insécurité adolescente pour s’épanouir en accéléré devant nos yeux. La série est aussi un hommage au pouvoir des mots, libérateurs et porteurs d’émotions. Le tout, enrobé dans une démarche artistique qui se termine dans l’apothéose de deux spectacles bien ficelés, dont un à Montréal, que les jeunes participantes savourent avec une touchante fébrilité à l’écran.

David Goudreault explique ainsi son approche du projet: «Il y avait deux objectifs aux ateliers que j’ai offerts: arriver à la fin avec un spectacle qui se tienne assez pour mériter d’être présenté au grand public et la websérie. Non seulement tout le processus a été documenté mais en plus, la série ajoute des entrevues faites avec les jeunes de sorte qu’on peut savoir ce qu’ils ressentent et vivent au fur et à mesure que les choses avancent. Pour moi, c’était intéressant non seulement du point de vue de l’artiste mais aussi du point de vue du travailleur social que je suis. Ce sont les idées de la construction identitaire et de l’affirmation de soi qui prennent une dimension particulière quand, à 14, 15 ou 16 ans, tu vas te mettre les tripes sur la scène devant 150 ou 200 personnes.»

«Ne sachant pas d’avance qui seraient les participants, j’ai dû m’adapter à ce que ces filles avaient à exprimer. Je voulais répondre à leurs besoins. Oui, c’était un travail de création mais la plus grosse partie du boulot a été de leur apprendre à s’approprier la scène, je dirais. On était beaucoup dans la performance.»

Dans le spectacle, aux textes écrits par les filles se sont ajoutées quelques chansons tirées du répertoire de Fred Pellerin et Ingrid Saint-Pierre pour conserver une saveur régionale à tous les niveaux.

Même un an plus tard, les participantes conservent de l’expérience un souvenir vivace comme c’est le cas pour Léonie Meunier, de Shawinigan. «Moi, je m’implique déjà beaucoup à l’école et comme c’était un projet de scène et que je suis une fille de scène, ça m’allait bien. Sincèrement, le slam, je ne savais pas trop ce que c’était alors, j’ai sauté un peu les pieds dans le vide et ça a vraiment dépassé mes attentes. Ç’a été une très belle expérience de vie. Ça m’a permis de mieux m’exprimer à l’écrit, de créer de beaux liens avec David et les autres filles. Je n’en retiens que du positif.»

«J’ai écrit un texte sur ma grand-ère qui est décédée et qui était quelqu’un de très importante pour moi et j’avoue que ça m’a permis de libérer quelque peu mes émotions. À la fin, je suis sortie de tout ça très fière de moi. J’aimais déjà la scène mais c’est maintenant plus clair que c’est ce que je veux faire dans la vie», de commenter la jeune fille de troisième secondaire.

Au terme de la projection, Jasmine Savignac n’était pas moins enthousiaste. «C’était une surprise parce que je n’en avais rien vu. On a revécu toute l’aventure et je vous avoue que j’ai pleuré en voyant ça. Voir à quel point on a évolué, c’est assez impressionnant. Je suis vraiment fière de ce qui s’est passé au cours de cette aventure mais aussi du produit qui en reste. Ç’a été une très grosse expérience qu’on a vécue avec deux spectacles, un à Montréal et l’autre à la Maison de la culture Francis-Brisson et en compagnie de David Goudreault dans les deux cas. Alors que je ne savais même pas ce que c’était que le slam au départ, aujourd’hui, je continue à en faire dans différents spectacles. J’ai vraiment trouvé une passion.»