Frédéric Dowd offre une version très humaine de Jésus qu’on voit ici discuter avec Marie, sa mère, interprétée par Lynda Leblond dans l’excellente pièce La Nuit des oliviers présentée dans les jardins du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à quelques reprises au cours de l’été.

La Nuit des oliviers: simple et de grande qualité

TROIS-RIVIÈRES — Il faudra bien trouver un nouveau sens à l’expression théâtre d’été puisque le Théâtre Expresso, en collaboration avec Culture 3R et le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap présente un théâtre qu’on ne peut présenter qu’en été et qui offre tout autre chose que des rires faciles. La Nuit des oliviers qu’Expresso présente dans les jardins du Sanctuaire est une très belle expérience qui fait la démonstration qu’on peut se divertir par la réflexion même en été.

La pièce a été présentée deux fois la fin de semaine dernière et sera de retour les 3, 4, 17 et 18 août. Certes, pour la première de vendredi, la météo ne pouvait être plus favorable. Des conditions idéales pour ce type de représentation qui compte autant sur l’environnement immédiat que sur la mise en scène pour donner de la force à un texte remarquable de beauté et d’intelligence d’Éric-Emmanuel Schmitt.

L’auteur vedette propose une fascinante relecture des Évangiles ou enfin de la vie de Jésus à la lumière de ce qu’on en sait. Je ne saurais dire quelle est la part d’invention qu’on doit à son imagination, mais elle est très importante. Fort heureusement, cette licence est mise au service d’un propos actuel et intrigant.

Schmitt suggère de regarder le destin du Christ de son propre point de vue intime, celui d’un homme en proie au doute. Il doute des miracles qu’on lui attribue. Devant l’évidence du retour à la vie de Lazare, il émet l’hypothèse que c’est là un signe de son Père du ciel qui veut lui faire comprendre ce qui l’attend. Parce que le Jésus de La Nuit des oliviers se sait privilégié, qu’il a trouvé au fond de lui une force qui domine sa vie terrestre. Il se sait habité par quelque chose de plus grand que lui et il finit par lui donner le nom de Dieu sans pour cela arriver à assumer parfaitement qu’il est le Messie que de plus en plus de gens voient en lui.

L’idée est fascinante et rejoint non pas seulement les croyants mais quiconque a une réflexion sur le sens de sa propre vie. C’est peut-être le plus grand mérite de ce texte: offrir une autre perspective sur les enseignements reçus pour que le message ne s’adresse pas qu’à ceux qui ont une foi religieuse. L’amour qu’il propose, c’est celui qui est la seule barrière à la violence qui accable notre monde. Sa notion de Dieu pourrait être un simple accès à des forces qui nous dépassent et nous habitent. Ce Jésus-là est plus un homme ordinaire qu’un Dieu et donc, nous rejoint.

Au début de la représentation, le metteur en scène Patrick Lacombe invite les spectateurs à se servir de ce texte comme outil de réflexion. Sage et généreuse proposition parce qu’il fait tout pour que ce soit le cas. Il propose et n’impose rien. Sa mise en scène est d’une assez exceptionnelle maîtrise. Rien ne dépasse. Pas un effet, visuel ou sonore, qui ne soit là pour autre chose que servir le propos. Bien qu’elle soit très dépouillée, la mise en scène est sophistiquée: des effets de lumière subtils mais pertinents, un jeu d’ombre sur un bâtiment qui s’inscrit parfaitement dans la narration et la favorise, un feu auquel Jésus se réchauffe qu’on peut voir comme la lumière qui l’habite ou l’éclaire. C’est une pièce vraiment très habilement présentée mais dont la qualité première reste de constamment appuyer le propos. Bravo.

Il faut, à ce titre, louer l’idée d’intégrer un trio de chanteurs a capella qui donnent une dimension dramatique à certains passages et, peut-être, une certaine facture religieuse à l’ensemble. Cela dit, on fait une utilisation particulièrement judicieuse des chanteurs à la façon d’un chœur qui vient amplifier certains passages du texte. Ça aussi, c’est très réussi.

Pour ce qui est des interprètes, il est rare qu’on n’ait vraiment rien à reprocher à des comédiens amateurs mais c’est ici le cas. Frédéric Dowd incarne un Jésus très humain, sans la moindre affectation, ce qui sied parfaitement à son rôle. C’est pourtant Stéphane Bélanger, dans le rôle du scribe qui relate la vie de Jésus qui m’a le plus impressionné. Son ton, la projection de sa voix, ses inflexions sont parfaits. L’histoire qu’il nous raconte mais surtout la façon qu’il a de le faire fascine, littéralement. François Laneuville apparaît meilleur que jamais dans divers rôles qu’il incarne avec une conviction et une sincérité rarement vues.

Ne vous y trompez pas: la pièce n’est pas religieuse à proprement parler. Bien sûr, il faut être ouvert à une certaine réflexion et le texte a une exigence mais que voilà une belle pièce, accessible et riche qui habite magnifiquement un lieu parfaitement approprié. C’est vraiment du très beau travail de création sans prétention qui fait que La Nuit des oliviers constitue pour les spectateurs un plaisir intelligent et raffiné.