C’est avec la maturité nouvelle que lui donne sa maternité que Brigitte Boisjoli aborde WOMEN, son nouvel album country en hommage à de grandes femmes de ce genre musical.

La maturité pour le country

Trois-Rivières — Un nouvel album, une tournée basée sur son album précédent qui maintient un bon rythme, un spectacle à préparer en fonction du nouvel album dont elle assure la promotion: la carrière de Brigitte Boisjoli est une tornade qui ne s’essouffle jamais.

Pourtant, ce n’est là que ce qu’on peut en voir. Derrière, se cachent toutes les responsabilités de la mère monoparentale qui prend soin de sa fillette de bientôt deux ans, cinq jours par semaine. Heureusement que la chanteuse est dotée d’une énergie indomptable. N’empêche, il faut ajouter à ses talents d’interprète celui de planificatrice sans lequel elle ne s’en sortirait pas.

«Il y a eu un temps dans ma carrière, raconte-t-elle, où je ne refusais rien, ce qui m’a appris à planifier. Depuis que j’ai eu ma fille, j’ai appris à dire non. Pas seulement pour elle: moi aussi, j’ai besoin de temps de qualité avec elle; c’est devenu ma priorité. J’ai besoin d’une certaine qualité de vie et c’est pour ça que je suis établie à Saint-Cyrille-de-Wendover. C’est là que je me sens bien, dans un environnement campagnard qui fait ressortir mes valeurs profondes. C’est là où je me sens le mieux même si pour le travail, ça peut être compliqué certains jours.»

Son statut de mère a changé au moins une chose dans sa carrière: désormais, c’est quand elle travaille qu’elle se sent en congé. «Les soirs de spectacle, je redeviens Brigitte la chanteuse tout à coup: je passe du temps avec mes musiciens, je vais manger avec eux après le spectacle, je prends le temps de me maquiller, de me pomponner pour aller sur la scène: ce n’est plus du travail.»

Voilà ce que donnent dix années de carrière intense: une sorte de confort, une assurance aussi.

Women

Une confiance telle que Brigitte Boisjoli a pu se permettre ce qu’elle n’aurait pas osé dans les premières années de son parcours professionnel: se consacrer au country. C’est elle qui a un jour appelé son gérant pour proposer WOMEN, un album en hommage à quelques grandes femmes ayant marqué ce genre musical. «J’étais rendue là, plaide-t-elle. Ma nouvelle vie va bien avec le country, avec les valeurs vraies et sincères que cette musique véhicule. Quand Charlie est née, ça a tout changé, incluant ma façon d’aborder le métier. J’ai appris à faire des choix plus posés, plus intelligents.»

«Ma façon de chanter aussi a changé. Je l’ai toujours fait avec mon cœur mais depuis que je suis maman, je chante avec une profondeur que je ne me connaissais pas. Le mot amour prend un autre sens. J’aime beaucoup plus la femme que je suis maintenant. Avant Charlie, tout était à mon rythme alors que maintenant tout est à son rythme à elle. Je suis passée de la quatrième vitesse à la première. Moi qui voulais toujours tout faire pour hier, je prends le temps de jouer dans le carré de sable, d’aller au parc. On prend le temps et ça me fait énormément de bien.»

Chanter Patsy Cline ou Tammy Wynette prend la dimension du partage avec d’autres mères de famille d’une autre époque. «Quand j’ai enregistré WOMEN, je venais de me séparer. Je commençais ma vie de mère monoparentale et de femme seule qui assumait sa carrière et plein d’autres choses. En me fermant les yeux et en chantant ces chansons créées par des femmes qui ont dû se battre, j’ai pensé à elles mais aussi à ma propre mère. Après son divorce, elle nous a élevées seule, ma sœur et moi. Je l’ai vue faire ça, se partir une business et c’est ce que je reproduis avec ma fille. Je voudrais qu’un jour, elle soit fière de sa mère et des choix que je fais dans la vie.»

Sélection naturelle

Tout ça ne peut qu’avoir influé sur le choix des douze chansons qui composent cet enregistrement. «C’est certain qu’il y a des incontournables. Stand By Your Man, de Tammy Wynette, c’est un monument à côté duquel on ne pouvait pas passer mais elle représente quelque chose qui me touche profondément. Elle a dit qu’elle l’avait composée en 15 minutes mais que ça lui a pris 15 ans pour la défendre. Elle ose y dire que les hommes ont des faiblesses ce qui était inacceptable dans le contexte de l’époque. Elle s’est fait détester pour ça. La petite histoire de chaque chanson y est pour beaucoup dans mes choix.»

«Ces femmes-là ont été sur la route avec des hommes dans des conditions qui n’ont rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui. Wanda Jackson a fait des tournées avec Elvis: ça devait pas être tendre! Je ne sais pas ce qu’ils consommaient mais ça devait pas être léger.»

«Tennessee Waltz, ça me fait penser à Elvis et Elvis, c’est ce qu’on écoutait à la maison avec mon père. Ce sont des souvenirs et une nostalgie. C’est même un peu triste. Rose Garden, je l’avoue, c’est mon gros coup de cœur de l’album. On dirait que je m’y décris dans mes anciennes relations amoureuses comme la femme émotionnellement complexe que je suis. C’est pour ça qu’on l’a faite très intime, guitare-voix, quasiment à l’inverse du succès original sur lequel on aurait pu danser à l’époque.»

Il faut quand même un certain front pour oser s’attaquer à de pareils classique. Forte de la maturité de ses 36 ans, Brigitte Boisjoli ne ressent pas de pression. «C’est quelque chose qui s’est réglé avec mon album en hommage à Patsy Cline. Quand j’ai décidé de chanter Crazy, je me suis demandé si j’arriverais à faire en sorte que les gens ne me comparent pas à l’original. Qu’ils ne disent pas: «Pour qui elle se prend, la petite?». Or, c’est devenu comme une marque de commerce pour moi. Même dans mes spectacles sur le répertoire de Luc Plamondon, les gens me réclamaient Crazy en rappel. J’ai compris là qu’on avait bien fait de reprendre cet immense classique. Pour cet album, la question ne s’est plus posée.»

Tout revient à une question de respect, explique l’interprète. «Carl Marsh, le réalisateur, qui a travaillé avec plein de grand artistes comme Kenny Rodgers ou Ike Turner, est vraiment allé dans le respect des mélodies, de la beauté du texte. Il a mis tout ça en avant-plan en ne dénaturant pas les pièces. Quand les chefs-d’œuvres sont repris dans le respect, ça donne de la liberté à l’interprète. Au moment de chanter, j’oublie que c’est un classique. Je me ferme les yeux et c’est mon cœur qui parle. Certaines des ballades de ces années-là vous déchirent le cœur. Il me semble qu’on ne retrouve plus ça aujourd’hui. Ça m’en prenait, comme ça me prenait des chansons rythmées qui nous ramènent aux débuts du rock’n roll.»

Le show

Fille de scène d’abord et avant tout, elle qui présente bon an mal an près de 75 spectacles, elle a imaginé d’emblée comment chaque chanson pourrait s’inscrire dans l’éventuel spectacle. Les bonnes combinaisons, les enchaînements efficaces.

La tournée de ce spectacle ne se mettra en branle qu’en 2020. Brigitte Boisjoli sait déjà qu’elle sera à la salle Thompson au mois de novembre 2020. Cependant, elle continue de présenter des spectacles de sa tournée suivant l’album consacré aux chansons de Luc Plamondon de même qu’un autre spectacle, acoustique celui-là, porté lui aussi par Plamondon mais dans lequel l’interprète incorpore d’autres chansons de son répertoire incluant même quelques-unes sorties de WOMEN. C’est ce spectacle-là qu’elle présentera au Moulin Michel de Bécancour le 27 avril, une salle qu’elle adore, assure-t-elle, et qui sera parfaite pour cette rencontre intime.