La soprano trifluvienne Marie-Josée Lord incarnera le personnage de Carmen ainsi que d’autres sortis de l’oeuvre de George Bizet dans le spectacle "Le mystère Carmen" d’Éric-Emmanuel Schmitt qui sera présenté le 1er mai à la salle Thompson.

La maturité de la séduction

Trois-Rivières — Quand elle montera sur la scène de la salle Thompson le 1er mai prochain pour interpréter le spectacle musical "Le mystère Carmen", la soprano Marie-Josée Lord se sentira comme à la maison et pour plus d’une raison.

La première est que la chanteuse habite Trois-Rivières depuis maintenant trois ans. La raison fondamentale, c’est cependant que la chanteuse a atteint ce niveau de maturité qui fait qu’elle est parfaitement à son aise sur la scène, particulièrement dans la formule dépouillée que propose le spectacle qui la ramène à ses premières années de vie professionnelle alors qu’elle faisait beaucoup de récitals. Elle revient à la base de son métier, en somme, avec beaucoup de bagage et une absolue confiance en ses moyens.

Il importe de préciser quel est ce projet singulier intitulé Le mystère Carmen. On le doit d’abord et avant tout à l’écrivain et mélomane Éric-Emmanuel Schmitt qui a écrit la trame de ce spectacle dans lequel il raconte lui-même la vie et la carrière du compositeur Georges Bizet en émaillant son récit d’extraits de diverses œuvres. La posture de Schmitt c’est que l’opéra Carmen est son œuvre phare: pas simplement parce qu’elle est la plus connue mais parce qu’elle correspond à l’éclosion du génie longtemps réprimé de Bizet. En fait, le personnage libéré et flamboyant de Carmen, c’est lui qui sort du carcan dans lequel son éducation et la société dans laquelle il vivait l’avaient enfermé pour enfin manifester tout son talent.

La formule choisie par le créateur, c’est celle du spectacle musical. On retrouve Schmitt lui-même, en narrateur sur une scène ronde et plutôt dénudée autour d’un piano mais soutenu par l’interprétation d’airs marquants de Bizet par la soprano Marie-Josée Lord et le jeune ténor Jean-Michel Richer. La mise en scène a été confiée à Lorraine Pintal puisque c’est une création du Théâtre du Nouveau Monde.

Marie-Josée Lord et Éric-Emmanuel Schmitt font équipe pour le spectacle musical "Le mystère Carmen"

À écouter Marie-Josée Lord en parler, on dirait que la soprano n’aurait pu trouver projet plus agréable. «C’est, en quelque sorte, un opéra de chambre. Il y a une proximité avec le public qu’on ne peut avoir à l’opéra traditionnel quand on est soutenu par un orchestre. J’adore l’intimité que cela crée. Je pense que c’est particulièrement intéressant pour le public à cause de ce caractère intime grâce auquel on a l’impression d’un vrai partage.»

«Par ailleurs, Le mystère Carmen est une œuvre qui a des qualités pédagogiques qui nous font connaître Bizet lui-même et son processus de création. Ça permet de mieux apprécier sa musique, de la mieux comprendre et d’en savourer la beauté en l’inscrivant en parallèle de sa propre vie. Ça rapproche le public de l’opéra et je trouve que c’est une excellente chose: c’est important d’enlever ce côté hautain qu’on associe encore et toujours à l’opéra. À la base, ne l’oublions pas, l’opéra était un art populaire.»

Le fait d’interpréter des airs de Bizet dans un enrobage minimal, loin d’intimider Marie-Josée Lord, la stimule. Question de maturité. «D’abord, ça se rapproche de la formule du récital qui a occupé la plus grande partie de ma carrière. Par ailleurs, je suis très à l’aise avec ma voix, meilleure qu’elle ne l’a jamais été. La voix, c’est le reflet de tout notre être. C’est comme le bon vin: en vieillissant, elle s’équilibre, les défauts de la jeunesse s’atténuent dans un tout plus harmonieux, exprimant toutes ses subtilités. Après plus de deux décennies de carrière, je ne sens plus le besoin de prouver quoi que ce soit, je ne cherche plus qu’à donner le meilleur de moi-même en offrant de la vérité, une authenticité que je ne pouvais pas avoir dans ma jeunesse.»

Ce qui est vrai pour sa voix l’est aussi pour l’interprète qu’elle est. «Je me sens bien à chanter Carmen parce que c’est un personnage hyper intéressant, certes, mais également parce que je suis plus mature. J’ai assez de vécu scénique pour savoir lui donner toute l’énergie nécessaire mais il y a des aspects du personnage que seule l’expérience de la vie pouvait me faire comprendre. À 20 ans, on peut interpréter sa fougue et son pouvoir de séduction. À mon âge, c’est tout l’art de sa séduction qu’on peut exprimer avec ses multiples subtilités. Ça fait une grande différence et ça enrichit grandement le personnage qui demeure très actuel par l’audace de cette femme émancipée et indépendante. C’est très agréable de jouer une femme aussi forte et dominante.»

Par ailleurs, elle a trouvé en Éric-Emmanuel Schmitt un complice brillant et agréable. «C’est un conteur de grand talent, un amoureux des mots mais aussi de la musique puisqu’il a une formation musicale. C’est quelqu’un de très simple malgré sa grande culture et j’ai été surprise de voir à quel point il accepte de manifester sa fragilité. C’est un grand plaisir que de travailler avec lui.»