Fred Pellerin a accueilli lundi matin la conteuse en résidence à Saint-Élie pour le mois d’avril en entier. Il s’agit de Céline Jantet.

La maternité déboulonnée

TROIS-RIVIÈRES — C’est à Céline Jantet, qui avait enregistré les contes de la Féerie de Noël du village en décembre dernier, que le Regroupement du conte du Québec a accordé la 6e résidence de création à Saint-Élie-de-Caxton. Cette résidence durera tout le mois d’avril au cours duquel la conteuse travaillera sur son projet intitulé Maman est un mythe.

Rappelons que la résidence est rendue possible par la contribution de Fred Pellerin qui accueille le ou la récipiendaire dans une maison qui lui appartient au centre du village. Céline Jantet succède ainsi à Claudette L’Heureux, Yves Robitaille, Mafane, les Prétendants et Françoise Crête. La conteuse profitera non seulement du logement mais également d’une bourse de 2000 $ de la part du RCQ grâce à un partenariat qui implique un appui financier de la part du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Une quinzaine de demandes ont été présentées pour l’obtention de cette résidence cette année.

Céline Janet s’est engagée à une série de rencontres hebdomadaires avec des mamans de tous âges de Saint-Élie-de-Caxton avec lesquelles elle échangera sur la maternité ou plus précisément sur la (dé)construction des mythes concernant la maternité, épine dorsale de son projet d’écriture.

«Je pense qu’on connaît une nouvelle vague de féminisme et si on ne parle pas de maternité, ça ne peut pas marcher, soutient-elle. Je pense que les femmes ont besoin de parler de leur maternité, aussi bien en rapport au corps qu’en fonction de sa place dans la société. C’est ce dont Maman est un mythe va parler. La maternité, c’est très sociopolitique: ça concerne le système de santé, les garderies, les différences sociales, etc. C’est très engagé comme sujet. C’est un beau projet parce que je veux en faire un spectacle d’espoir. Je rencontre plein de femmes à chaque étape de son élaboration et là, j‘ai vraiment hâte de rencontrer des mères de Saint-Élie. Je veux que ces rencontres soient des moments de détente, des moments vrais.»

Pour ce qui est du projet d’écriture, il est encore un peu flou quant à sa forme définitive. «Est-ce que ce sera un conte? C’est le mystère du mois qui vient. Me connaissant, je sais que ça va faire un tout à la fin mais ça se peut qu’il y ait plusieurs histoires. En 2019, il faut encore déboulonner des mythes sur la maternité et se rendre compte qu’il y a plein de réalités différentes. De l’entendre conter, ça peut faire avancer les choses. Je ne compte pas partir d’ici avec un spectacle dans les mains mais j’espère avoir un angle, une structure, une histoire et peut-être même un spectacle écrit. On verra.»

La nouvelle résidente temporaire de Saint-Élie a admis que son arrivée dans le village se fait dans un contexte encore un peu tumultueux dans la mesure où une certaine tension règne toujours entre Fred Pellerin et les autorités politiques en place. «C’est sûr que pour moi, c’est plein d’émotions, des difficiles comme des joyeuses, confie la conteuse. Je vais connaître le village que j’ai visité dans le passé. À l’automne, je me suis retrouvée au cœur d’un tourbillon qui ne me regarde pas parce que je ne suis pas résidente. Là, je vais faire connaissance avec les gens, les lieux.»

Pour ce qui est du tourbillon dans lequel elle a été entraînée au moment de la Féerie des Fêtes, il ne se reproduira pas cette année. «C’est un contrat qu’on m’a offert. Je n’ai pas signé pour remplacer Fred, j’ai signé parce qu’on avait besoin d’une conteuse pour la Féerie 2018. Ç’a été une belle expérience sans prétention autre que de faire passer un bon moment aux familles. Au moment du tourbillon médiatique, je n’étais déjà plus là. C’est comme si j’avais été invitée à un party de Noël dans lequel la chicane a pogné. Alors moi, j’ai laissé mon cadeau, mon CD enregistré, et je suis partie. Si on me le demandait de nouveau cette année, ce serait non, évidemment.»

«Saint-Élie a besoin de grandir à travers tout ce qui s’est passé. C’est précieux, un artiste qui s’implique dans la communauté. Maintenant, une richesse, ce n’est pas facile à gérer. J’espère que ç’a été une prise de conscience sur combien Fred est précieux.»

L’arracheuse de temps

Fred Pellerin continue d’entretenir plusieurs projets simultanément et lundi, aussitôt la conférence de presse terminée, il prenait la route vers Montréal pour présenter devant un comité de la SODEC la toute dernière version du scénario tiré de son conte L’arracheuse de temps dans l’espoir d’obtenir de l’organisme provincial la seconde portion du financement d’un long métrage.

L’autre portion, en provenance de Téléfilm Canada, a d’ores et déjà été acceptée. Si l’organisme provincial accepte de financer le film, celui-ci pourrait se tourner à l’automne avec Francis Leclerc comme réalisateur.