Éric Contant (Hugolin Chevrette) et Émile Schneider (Steeve L’Heureux) font régner l’ordre à Montréal avec un zèle exemplaire.
Éric Contant (Hugolin Chevrette) et Émile Schneider (Steeve L’Heureux) font régner l’ordre à Montréal avec un zèle exemplaire.

La loi c’est la loi: surveiller et punir!

Ce vendredi, la planète Web fera officiellement la connaissance de Steeve L’Heureux et Éric Contant, un duo de flics imaginé et interprété par Émile Schneider et Hugolin Chevrette. Profilage racial, zèle, discrimination, corruption, brutalité, abus de pouvoir... rien n’est à leur épreuve, pas plus que le gros bon sens. Bienvenue dans l’univers déjanté de La loi c’est la loi.

L’été dernier, alors en pleine écriture, Émile Schneider avait décrit ce projet comme une comédie satirique de situations sur les déroutes du pouvoir. Teinté d’humour noir, le résultat sera diffusé sur TV5Unis.ca, à raison de cinq épisodes d’environ 10 minutes. Télé-Québec devrait pour sa part présenter la websérie l’hiver prochain.

Visiblement fier de sa création, Émile Schneider lève son chapeau à son complice Hugolin, mais aussi à tous les artisans qui ont travaillé sans compter sur La loi c’est la loi. «C’est un peu la consécration des dernières années de réflexion. Ça rassemble plein de gens que j’admire et que j’aime», affirme le natif de Shefford.

Tournée l’automne dernier en neuf jours dans plusieurs quartiers de la métropole, avec un budget de moins de 300 000 $, cette série est un «projet d’amour», confie Émile. «Je n’ai pas fait ça pour l’argent. Je l’ai fait pour que la carrière se développe, pour poser le premier jalon et montrer ce qu’on peut faire. On a écouté notre coeur, on a travaillé comme des cinglés pour ça. Même nos vies personnelles en ont mangé un coup.»

«Un de mes désirs en création, c’est d’inclure un certain angle politique, poursuit-il. Dans la série, on se questionne sur les dérives du pouvoir, sur la formation des policiers en santé mentale, sur les droits des riches par rapport à ceux des pauvres... L’humour est la plus belle façon de transformer la tragédie en comédie.»

Deux inséparables «héros»

L’humour y est, en effet, abondamment utilisé. Bien vite, on comprend que nos deux inséparables «héros» proviennent de milieux opposés, mais aussi malsains l’un que l’autre. Pas pour rien qu’Émile Schneider parle de Contant et L’Heureux (!) comme de «grands traumatisés» psychorigides, obsédés par l’application de la loi.

Fasciné par la science de l’absurde, Émile s’est payé la traite en habillant la série de plusieurs couches. Clins d’oeil, trucs cachés, références à peine voilées, le public a intérêt à ouvrir l’oeil pour ne rien manquer.

«Au début, les personnages étaient encore plus clownesques, mais on est allés vers quelque chose de plus ancré dans le réel. Nos réactions sont surdimensionnées, mais toutes les situations dans la série se peuvent», dit-il.

Convaincants et convaincus, les auteurs ont même réussi à attirer dans l’aventure de grosses pointures comme Pascale Bussières, Anne-Marie Cadieux, Alain Zouvi et Marc Beaupré, entre autres.

On devrait tous les revoir dans une possible deuxième saison, présentement en cours d’écriture.

L’ultime clown

Si le nom d’Hugolin Chevrette vous est plus ou moins familier, c’est qu’il a surtout fait carrière dans le milieu du doublage. Devant la caméra, il occupe pourtant tout l’espace. Son personnage d’Éric Contant lui a permis, dit-il, d’unir tout ce qui le passionnait, comme le jeu physique, ses questionnements sur la société et son immense intérêt pour l’humain.

«Éric, c’est mon ultime clown», dit-il en rappelant son respect pour les Louis de Funès et Charlie Chaplin de ce monde. Mais n’allez pas croire qu’il ridiculise ici les représentants de l’ordre. Qui aime bien châtie bien...

«J’ai énormément de respect pour le travail des policiers. Je joue à la police depuis que je suis tout petit, mais je n’aurais pas pu faire ce métier, car j’ai tendance à tout remettre en cause! C’est mon petit côté anarchiste.»

Le projet La loi c’est la loi est arrivé à un moment «très symbolique» de son existence, ajoute l’acteur. Lui et Émile se connaissaient depuis le berceau et se vouaient une admiration mutuelle. Mais c’est le départ tragique, en 2018, de la mère d’Hugolin — et marraine d’Émile — qui a allumé entre eux le feu de la création.

Les deux presque frères se sont lancés dans l’écriture avec l’énergie du désespoir. Et du drame est née une comédie unique en son genre. «C’est le plus cadeau de ma vie, après la naissance de mes enfants!»

Retour à la terre

L’entente entre Hugolin et Émile est à ce point cordiale qu’ils seront bientôt voisins... à Dunham.

«On déménage tous les deux là-bas. On a un gros projet de boîte de production en campagne, avec un studio de son et de doublage. Après 10 ans en ville, je me rapproche de ma famille et de la nature. Ça va faire du bien», annonce Émile Schneider.