Le vernissage de l’exposition Lumière sur les francs-maçons a réuni ces personnalités au Musée des cultures du monde mercredi. Ce sont, de gauche à droite: Hervé Gagnon, commissaire de l’exposition, George Contaxakis, Grand Maître des cérémonies de la Grande Loge du Québec, Christian Marcotte, directeur du Musée, Dominique Boucher, présidente du conseil d’administration du Musée, Josée Wingen, responsable des expositions, Marc C. David, Grand Maître de la GLQ et Georges Laraque, porte-parole de l’exposition.

La franc-maçonnerie démystifiée au Musée des cultures du monde

Nicolet — Le Musée des cultures du monde entreprend son existence avec une exposition très intrigante qui s’inscrit parfaitement dans la lignée de ce à quoi son prédécesseur, le Musée des religions du monde, nous avait habitués. Lumière sur les francs-maçons, ouvre une porte sur un univers très méconnu qui va sans aucun doute surprendre les visiteurs, et ce, à plus d’un égard.

L’exposition démystifie cette fraternité initiatique avec tant d’efficacité qu’on en sort en se demandant comment l’organisation a pu faire l’objet de tant de théories plus ou moins farfelues et de conceptions erronées. L’idée de base des concepteurs, à l’époque où le musée nicolétain se consacrait exclusivement à la religion, était non seulement de faire connaître les francs-maçons mais d’en faire un prétexte à établir la distinction entre une secte et une société secrète. Le principe est resté, il demeure parfaitement légitime et nous fait prendre conscience de ce que la méconnaissance peut engendrer comme dérapages.

Essentiellement, qu’on se le dise, les francs-maçons cherchent à s’améliorer eux-mêmes comme individus et à améliorer le monde. On y prône la charité, la tolérance, la liberté, l’égalité, l’amour fraternel l’entraide, la droiture, la rectitude, le courage, l’humilité et le respect. Combien savent que les hôpitaux Shriners qui offrent des soins gratuits aux enfants dans plus d’une vingtaine d’établissements en Amérique du Nord, dont à Montréal, existent grâce aux francs-maçons qui les subventionnent?

Autre surprise pour plusieurs: le porte-parole de l’exposition, parce que c’est sa voix qui accompagne les visiteurs au cours de leur découverte de l’exposition, est Georges Laraque, ancien porte-couleurs des Canadiens de Montréal. Laraque est franc-maçon depuis 2016. Il l’est devenu à la suite d’un incident dans un parc de Montréal alors qu’il avait livré aux policiers un homme qui venait de tenter d’enlever un enfant. À la suite de l’incident qui avait été médiatisé, un franc-maçon est entré en contact avec lui pour le féliciter de son geste et l’inviter à joindre les rangs de la confrérie. Le gaillard a été conquis par la mission de l’organisme.

Le commissaire de l’exposition est l’historien Hervé Gagnon. «Je dirais, affirme celui-ci, que la franc-maçonnerie est très connue mais très peu comprise. Elle est née chez les tailleurs de pierre du Moyen-Âge qui donnaient à leur travail une valeur sacrée. Avec le temps, la confrérie s’est ouverte aux bourgeois et aux nobles tout en gardant l’aspect philosophique du mouvement. Au sein d’une loge, tous sont égaux et on refuse d’y discuter de ce qui sépare les hommes: l’argent, la politique et la religion.»

«Comme commissaire, j’ai voulu faire ressortir l’aspect historique de la chose et son aspect contemporain. Il n’y a pas de religion chez les francs-maçons mais il y a beaucoup de philosophie. On a établi des contacts avec la Grande Loge du Québec à laquelle on a emprunté des objets qui viennent illustrer le tout. Je pense que ça fait une exposition assez percutante.»

Si la franc-maçonnerie a été nimbée d’un secret qui lui a peut-être nui parce qu’il a donné libre cours à toutes sortes de conceptions, l’exposition fait preuve d’une ouverture étonnante. On découvre l’identité de nombreux francs-maçons célèbres mais aussi des pratiques et rites symboliques qu’on croyait exclusivement réservés aux initiés. Et cela n’indispose en aucune façon Marc C. David, Grand Maître de la Grande Loge du Québec. «C’est formidable, dit-il même. L’exposition répond à un objectif stratégique que nous avons de démystifier l’organisation face à la population québécoise. Ça s’inscrit dans un mouvement global en Amérique du Nord. Ça permet de répondre à la décroissance de la participation dans des organisations comme la nôtre. On veut que les gens connaissent nos objectifs de développement personnel selon certaines valeurs morales et caritatives. On croit que dans la société d’aujourd’hui, une organisation comme la nôtre répond vraiment à un besoin dans la population. Il faut se faire connaître pour contrer les visions négatives qui se multiplient sur Internet et dans la fiction.» Au début des années 1960, on comptait environ 50 000 francs-maçons au Québec, selon Hervé Gagnon; ils ne seraient plus que 3500 aujourd’hui.

Le Grand Maître n’avait, au moment de l’entrevue, même pas encore vu l’exposition à laquelle il a pourtant accepté de prêter des objets sans avoir son mot à dire ni sur leur utilisation ni sur le contenu du tout. «C’était important pour nous de laisser la liberté au Musée de décider de l’image qu’il voulait projeter. Notre but n’est pas de vendre notre organisation, mais de la faire connaître de façon objective.» Selon Marc David, la branche québécoise de l’organisation a distribué à elle seule quelque 150 000 $ l’an dernier à diverses organisations caritatives.

Le nouveau directeur général du Musée Christian Marcotte cautionne entièrement cette exposition à la conception de laquelle il n’a pas du tout été mêlé. «C’est une exposition qui me plaît beaucoup et que j’aurais très bien pu programmer moi-même. Ça démystifie ce qu’est la franc-maçonnerie de façon intelligente et divertissante et je me verrais très bien en présenter de semblables dans le futur. Elle m’a d’ailleurs donné des idées pour d’autres sujets.»

L’exposition sera présentée jusqu’en juin 2021 et cohabitera cet été avec Maudite boisson qui demeurera jusqu’en octobre, avec l’exposition sur l’immigration juive au Canada suite à la Deuxième Guerre mondiale ainsi que l’exposition permanente. «Je trouve que c’est une excellente programmation qui a tout pour attirer beaucoup de monde», estime le directeur général.