Pierre-Yves Lord reprend la partie francophone de l'animation des émissions de Radio-Canada entourant les célébrations du 1er juillet.
Pierre-Yves Lord reprend la partie francophone de l'animation des émissions de Radio-Canada entourant les célébrations du 1er juillet.

La Fête du Canada de Pierre-Yves Lord: se rassembler, sans se «conter de menteries»

Pierre-Yves Lord a hâte de renouer avec les festivités du 1er juillet, à l’antenne de Radio-Canada. Le Québécois coanimera, compagnie de la chanteuse Serena Ryder, les deux émissions radio-canadiennes soulignant le 153e anniversaire du Canada.

Ce que Pierre-Yves Lord avait fait une première fois l’an passé, en direct de la colline du Parlement à Ottawa. Il partageait alors le micro avec Angeline Tetteh-Wayoe.

Cette fois, les choses sont un peu différentes, puisque le grand spectacle sera virtuel, à l’image du reste des festivités nationales.

Un «défi» supplémentaire, convient-il. Mais rien pour inquiéter Pierre-Yves Lord, qui a multiplié les animations et interventions tout au long de la pandémie de COVID-19.

Durant ces derniers mois de confinement, il a, depuis le studio  qu’il a installé dans son antre familiale, pris un grand plaisir à «reconnecter les gens dans la solitude» de leurs foyers, en proposant de sympathiques «5 à 7» et en jouant au DJ sur les ondes de Radio-Canada – en attendant de pouvoir retrouver la barre de l’émission 100 Génies, qu’il animait.

«L’an passé, on avait la foule immense d’Ottawa, alors on profitait de son énergie. Cette année, c’est différent, on essaie de reproduire une ambiance festive de façon virtuelle». Les deux coanimateurs s’appuieront sur de nombreuses capsules pré-enregistrées, surtout pour l’émission de l’après-midi. 

Intitulée La fête du Canada à travers le pays, cette émission bilingue sera l’occasion de métisser de nombreux artistes canadiens.

«Depuis un studio, on va proposer une tournée virtuelle du Canada; les artistes vont nous dire un mot de leur réalité, nous  parler de leur coin de pays.» De Moncton à Yellowknife, en passant par Calgary, Sudbury, Montréal, Québec et Winnipeg, le voyage reflètera «la grande diversité musicale» du pays. Au détour de cette traversée coast to coast, les téléspectateurs pourront entendre l’Orchestre du Centre national des Arts d’Ottawa (OCNA), ainsi que la Gatinoise d’origine Laurence Nerbonne.

«Ça va être le fun, on va avoir toutes sortes de rencontres artistiques surprenantes», dont une chorégraphie de ballet sur la musique [cajun] de Salebarbes», illustre-t-il. «On va terminer avec l’hymne national, avec Marc Hervieux, Julie Nesrallah et l’OCNA.»

L’émission prendra l’antenne de 13 h à 14 h (de l’Est) et sera retransmise sur CBC, la CPAC et les plateformes numériques de Patrimoine canadien.

Dans leur ton convivial et rassembleur, les deux émissions soulignant l'anniversaire du Canada seront «dans la continuité» de l'émission <em>Il est toujours 5h quelque part</em>, que Pierre-Yves Lord anime sur les ondes de Radio-Canada.

«Besoin de se rassembler 

Pierre-Yves Lord ne doute pas du succès de la formule. L’émission répond parfaitement à ce «besoin de rassemblement» qu’exprime la population, après des mois de confinement, dit-il.

«Tout tourne autour de «grands thèmes rassembleurs: l’espoir, la famille, la solidarité». Dans le ton convivial, « ça va être dans la continuité de ce que je fais en ce moment en ondes à Radio-Canada».

Je vais parler en français aux Canadiens francophones, ceux du Québec et ceux hors-Québec», avec le mandat, cette fois, de  «mettre en lumière le talent des Autochtones et celui des Canadiens de partout , poursuit-il». «C’est un territoire extrêmement vaste, il y a énormément de courants et de styles musicaux; et c’est beau de voir toutes ces influences qui contribuent à faire le portrait de ce grand pays.»

Et même si la dimension live est largement atténuée, cette année, «les téléspectateurs se sont habitués à une certaine sobriété télévisuelle». L’animateur demeure donc confiant.

Qu’il soit diffusé en direct ou constitué de segments pré-enregistrés, le spectacle du soir (quant à lui prévu de 20 h à 22 h de l’Est) demeure «un feu roulant d’artistes de partout au pays», comme par le passé, observe Pierre-Yves Lord, en mentionnant la présence de Charlotte Cardin et du rappeur Loud, puis celle de nombreux autres têtes d’affiche. 

On y verra passer Alanis Morissette, Avril Lavigne, Sarah McLachlan, mais le Canada francophone ne dépâlira pas, au fil de prestations de Roxane Bruneau, Alex Nevsy, Corneille, Alexandra Stréliski, Radio Radio, Damien Robitaille, et la participation de Guillaume Côté, du National Ballet of Canada.

«L’heure est à la fête, au rassemblement festif», mais «ce sera aussi l’occasion pour plusieurs voix de se faire entendre», ajoute le coanimateur, en référence aux Inuits et Premières Nations. Le spectacle du soir sera notamment l’occasion d’entendre la parole de Natasha Kanapé Fontaine et du groupe The Jerry Cans.

Les festivités de 2020 sont aussi l’occasion de souligner «le rôle déterminant» qu’a joué la Nation métisse dans l’entrée du Manitoba dans la Confédération il y a 150 ans.

La chanteuse Séréna Ryder coanimera avec Pierre-Yves Lord les deux émissions radio-canadiennes destinées à célébrer le 1er juillet.

Sans se voiler la face

Célébrer ce Canada multiculturel, parler de «vivre ensemble» et de paix sociale sous le drapeau unifolié ne signifie pas se voiler la face sur certains problèmes que pose la cohabitation des cultures, signale toutefois Pierre-Yves Lord.

Difficile pour lui, né en Haïti (il a été adopté par une famille québécoise dans sa prime enfance), de ne pas tenir du «contexte social et politique» actuel, dit-il en référence aux manifestations provoquées par la mort de l’Afroaméricain George Floyd, qui a aussi relancé le débat sur le racisme systémique et le mouvement Black Live Matters.

«Bon, on est juste des présentateurs, mais, en tant que Noir, ç’a été clair dès le début: je ne pourrais pas ne pas en parler. Et Sérena est une femme engagée, très consciente du monde dans lequel on vit. On ne peut pas faire abstraction de cette réalité, ni faire semblant que tout est parfait et que tout va bien.»

Idem pour la situation économique du Canada et de ses artistes, précarisés par la crise de la COVID. «C’est sûr qu’il y a des choses qui doivent être dites», martèle Pierre-Yves Lord. 

«Les temps sont durs. Oui, on sort doucement du confinement, on est dans une période d’espoir, mais il ne faut pas se conter de menteries: c’est pas évident, socialement et économiquement et ça va l’être pendant encore quelques temps». D’où l’importance, plus que jamais, «de se rassembler» et de se serrer les coudes entre concitoyens, croit-il. Quitte à serrer des coudes virtuels.

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