Les comédiens ont apprivoisé un décor particulièrement imposant lors des dernières répétitions avant la première de la pièce Mois d’août: Osage County qui aura lieu jeudi soir à la Maison de la culture.

La famille et ce qui vient avec

Trois-Rivières — La famille, intarissable sujet de préoccupation. Que lui doit-on? Quelle part de nous tient d’elle? Peut-on s’en affranchir? Doit-on seulement le faire? Le metteur en scène Marc-André Dowd n’a aucunement la prétention de répondre à l’une ou l’autre de ces questions par la pièce "Mois d’août: Osage County" qu’il dirigera au TGP à partir du jeudi 5 décembre mais il est assurément fasciné par le thème.

Le texte qu’on doit à l’auteur américain Tracy Letts présente une famille plutôt progressiste vivant en Oklahoma. Le père vient de mourir et ses trois filles reviennent à la maison pour épauler leur mère dans son chagrin. Or, le père était loin d’être exemplaire et son épouse n’est guère en reste puisqu’elle est dépendante aux médicaments alors qu’elle affronte un cancer. Cette réunion familiale dans de douloureuses circonstances entraîne tous les membres de la famille dans une remise en question qui amène les filles à régler des conflits qui, jusque là, avaient couvé sous le non-dit. Malgré l’âpreté des confrontations, tout peut-il trouver sa résolution?

Pour illustrer la puissance du texte, Marc-André Dowd raconte l’anecdote de sa rencontre avec la pièce. «Je l’ai vue au Trident, à Québec, en 2014. J’avais acheté un billet à la dernière minute et mon siège était au bout d’une rangée d’où je ne voyais pas complètement une partie du décor où se déroulait une scène de souper de famille. Les dialogues de cette scène sont si extraordinaires qu’en sortant de la pièce, j’ai immédiatement acheté un billet pour la représentation suivante pour bien revoir cette scène-là.»

La pièce est assez monumentale. Par sa durée, trois heures, incluant un entracte mais aussi par son imposant décor qui représente cinq pièces d’une maison sur deux étages et, surtout, sa distribution de 13 comédiens. Dowd, un des metteurs en scène les plus fidèles à la compagnie, a misé sur plusieurs interprètes aguerris. «Le rôle de Violet, la mère, est vraiment un personnage en or. Je ne voyais personne d’autre que Rollande Lambert pour l’incarner. Pour ses filles, je me suis aussi tourné vers des comédiennes dont je connais bien le talent avec Marie-Andrée Leduc et Cindy Rousseau. Pour la troisième, c’est lors des auditions annuelles du TGP que j’ai trouvé Annye Villemure. Elle m’a épaté et j’avoue que je me suis fié à mon intuition pour lui confier le rôle. Les répétitions m’ont démontré que je ne me suis vraiment pas trompé.»

Autour d’elles, un groupe imposant fait de plusieurs vétérans de la scène trifluvienne comme Martin Francoeur, Luc Martel, ou Jean-François Pinard auxquels se mêlent nouveaux-venus et vieux habitués. «On peut dire que c’est une pièce de femmes, affirme le metteur en scène, et les comédiennes héritent de rôles très payants mais les seconds rôles, surtout masculins, sont très drôles. En fait, la pièce est en montagnes russes: des dialogues très durs sont tempérés par d’excellents traits d’humour. D’autres scènes sont particulièrement touchantes. Certains parlent de comédie noire mais j’ai tendance à la voir davantage comme une comédie dramatique avec un humour très caustique.»

Le texte original dure trois heures et demie mais le metteur en scène a procédé à des coupures dans des portions qui ne touchent en rien au propos, histoire de ramener la pièce à quelque chose comme 2 h 40. «Le texte est assez exceptionnel et le savant dosage d’humour allège beaucoup les choses, analyse-t-il. C’est important parce que l’émotion est parfois très intense. Avec les comédiens et mon assistant Éric Langevin, j’ai beaucoup travaillé les intentions pour donner tout son impact au texte surtout qu’on passe souvent du drame à l’humour en un rien de temps.»

«La plupart du temps, j’aborde une mise en scène en me demandant ce que j’ai personnellement à dire sur le sujet. Dans ce cas-ci, le texte est tellement fort que je me suis mis à son service. Je raconte simplement une histoire peuplée de personnages absolument magnifiques. Des femmes en quête de l’amour de leur mère, c’est quand même universel comme thème. Les spectateurs vont forcément se reconnaître à travers l’un ou l’autre des protagonistes, au moins dans certains aspects d’eux.»

«La famille, avec ses conflits, ça nous concerne tous, évidemment. Ce sont les conflits qui rendent la pièce intéressante parce que dans la noirceur, la moindre lumière filtrant de la fente d’un mur capte toute notre attention. Une petite pointe de tendresse dans une réplique a un énorme impact.»

La pièce sera présentée sept fois en tout, les 5, 6 7, 12, 13 et 14 décembre à 20 h ainsi que le 8 décembre à 14 h à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture trifluvienne.

Mentionnons également que les dons recueillis par la vente de programmes de soirée seront remis à Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.

Par ailleurs, on instaurera une première au TGP alors que les meubles composant le décor de la pièce seront vendus dans un encan dont les profits iront au même organisme. Plus d’informations dans le programme de la soirée.