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Le chercheur Frédéric Laurin a publié les résultats d’une étude portant sur les impacts de la crise de la COVID-19 sur le secteur des arts et de la culture et la transformation des organisations culturelles.
Le chercheur Frédéric Laurin a publié les résultats d’une étude portant sur les impacts de la crise de la COVID-19 sur le secteur des arts et de la culture et la transformation des organisations culturelles.

La culture très fortement affectée par la pandémie [ARTICLE AUDIO] 

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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Les résultats de deux études menées par des professeurs de l’UQTR et publiées ces derniers jours indiquent d’une part que le secteur des arts et de la culture est l’un de ceux ayant subi les plus forts impacts économiques au cours de la pandémie au Québec et, d’autre part, que même si les spectateurs des arts de la scène ont changé leur consommation culturelle durant la pandémie, ils désirent renouer rapidement avec leurs anciennes habitudes.

Les deux études ont été publiées par l’organisme Synapse C en prévision de la première édition de Data Echo Culture, un événement virtuel portant sur les données de la culture qui se tiendra les 27, 28 et 29 avril prochains. La première étude a été réalisée par Frédéric Laurin, professeur en économie en collaboration avec Mitacs et l’Institut de recherche sur les PME et la seconde, conjointement par Hervé Guay, professeur du Département de lettres et communication sociale en collaboration et le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture.

L’étude du professeur Laurin a été réalisée entre le 5 octobre et le 12 décembre 2020 et porte sur 596 organisations et travailleurs autonomes dans le secteur des arts et de la culture au Québec.

On y note que près de 70 % des organisations ont connu une diminution de plus de 50 % de leurs activités au cours de la pandémie. 84 % d’entre elles ont subi une baisse des revenus autonomes, dont 53 % avec une chute de plus de 75 %. Près de la moitié (47 %) ont vu fondre l’apport de fonds privés qui incluent les commandites, les dons de philanthropie, etc. Encore près de la moitié des organismes sondés ont procédé à des licenciements, même que 27,4 % ont dû se départir de plus de 40 % de leurs employés.

On note par ailleurs que si les revenus autonomes et les fonds privés ont diminué considérablement (20,6 % des organisations culturelles ont enregistré des baisses de plus de 76 %), le financement public s’est généralement maintenu.

Par ailleurs, chez les travailleurs autonomes, les chiffres concernant leurs revenus sont assez sombres puisque 58,9 % d’entre eux ont vu une réduction de plus de 50 % de leurs revenus. Plus du tiers (37,9 %) ont connu une baisse de plus des trois quarts.

En termes d’emploi, on note que près de 30 % des organismes culturels ont procédé à des licenciements touchant jusqu’à 5 travailleurs et 20,6 % ont dû se départir de plus de 5 personnes. En moyenne, les licenciements représentent le quart de l’emploi si on se base sur le nombre d’employés de 2019. Un cinquième des employeurs ont licencié plus de 41 % de leur personnel. Cela dit, l’étude met en relief un chiffre un peu plus encourageant puisque 50 % des organisations culturelles ayant des employés en 2019 n’ont licencié personne.

L’incertitude dans laquelle la crise a plongé le Québec fait en sorte qu’un grand nombre des répondants ont de la difficulté à prévoir leurs activités dans les prochains mois. 67,3 % des répondants (organisations ou travailleurs autonomes) pensent réduire, reporter ou abandonner des projets ou des productions et plus de la moitié prévoient qu’ils devront laisser tomber plus de 50 % de leurs projets des prochains mois.

Dans le contexte, on ne s’étonne pas que 48,5 % des répondants se montrent plutôt pessimistes quant au développement de leur organisation alors qu’à l’opposé, 26,3 % sont plutôt optimistes.

Chiffre plutôt encourageant dans les circonstances, on constate que 45,6 % des répondants estiment avoir peu ou pas de risque de faillite ou de fermeture et 37,9 % disent ne pas avoir de problèmes graves de liquidités.

L’étude s’est aussi arrêtée aux programmes mis en œuvre par les divers paliers de gouvernement et elle indique que 70 % des répondants ont bénéficié de l’une ou l’autre des mesures d’aide. Or, bien que le secteur des arts et de la culture soit un des plus touchés parmi tous les secteurs d’activité au Québec, le pourcentage des bénéficiaires est nettement en dessous d’autres secteurs pourtant moins affectés par la crise. Les répondants estiment, dans une proportion de 37,2 %, que les programmes n’ont pas la capacité de répondre à leurs besoins particuliers alors que seulement 19 % disent qu’ils le font.

Le professeur Laurin indique qu’il a constaté une grande proactivité stratégique du milieu quant aux actions de transformation et d’adaptation face à la crise notamment en ce qui concerne la transformation numérique, le développement de nouveaux projets et services ou la modification du plan d’affaires.

L’autre étude portant sur le changement de comportement chez les spectateurs des arts de la scène a, de son côté, été menée entre octobre et décembre 2020 auprès de 2248 répondants. Il est intéressant de noter que le sondage s’adressait à des habitués des arts de la scène et non pas au grand public.

Écoutez cet article en version audio.

On y note qu’environ 60 % des spectateurs ont changé considérablement leur consommation culturelle durant la pandémie et que 80 % des spectateurs pensent retourner voir des spectacles en salle au moins au même rythme qu’avant. Même que 40 % d’entre eux indiquent qu’il seraient prêts à y retourner dès demain. Par ailleurs, 30 % des spectateurs sondés disent que la pandémie leur a causé un tel impact financier qu’ils sont susceptibles de modifier leur consommation culturelle.

Le professeur Hervé Guay indique que l’offre de spectacles numériques a assouvi la soif de contenu culturel des spectateurs pendant la pandémie, mais que ces derniers souhaitent vivement retourner voir des spectacles en salle. «L’avenir nous dira dans quelle mesure les spectacles virtuels ont leur place dans l’offre culturelle, dans un contexte où les représentations en salle reprennent le haut de l’affiche», indique le chercheur.

Messieurs Laurin et Guay feront partie des conférenciers invités dans le cadre de Data Echo Culture. La participation à l’événement est gratuite. Les artisans de la culture sont invités à s’y inscrire via le site de Data Echo Culture.