Bryan Perreault, directeur général et artistique à Culture Shawinigan
Bryan Perreault, directeur général et artistique à Culture Shawinigan

La crise et... les diffuseurs: une date, et vite!

Après deux mois de paralysie des activités officielles dans le monde des arts et de la culture, Le Nouvelliste a pu discuter avec divers intervenants de la région parmi les plus touchés par la crise dans la région: des diffuseurs, des représentants des institutions muséales et des artistes. Ils nous font part de leurs réflexions sur la situation actuelle.

TROIS-RIVIÈRES — C’est sans doute le secteur des arts de la scène qui est le plus profondément atteint par la présente crise. La part d’inconnu y est plus dense et plus globale qu’ailleurs. Dans cette incertitude, les diffuseurs piaffent d’impatience de connaître le moindre paramètre qui puisse orienter leur travail et leur réflexion.

«Non seulement les directives ne sont pas claires mais celles qui ont été dites se sont contredites à certains moments, nous dit Mélanie Brisebois, directrice des arts de la scène à Culture Trois-Rivières. De plus, il est présentement très difficile d’avoir des retours de la part des instances gouvernementales. Ce qui compte pour nous, c’est d’avoir le plus rapidement possible une date de reprise des activités de diffusion de spectacles et les conditions dans lesquelles elles pourront se faire.»

Mélanie Brisebois, directrice des arts de la scène à Culture Trois-Rivières

Bryan Perreault, directeur général et artistique à Culture Shawinigan va dans le même sens. «Je vais simplifier les choses: donnez-nous simplement une date de reprise et on va s’arranger. Si on sait à quel moment ça va reprendre, on va trouver le moyen d’être prêts pour n’importe quelles conditions qui seront imposées. On a déjà plein de scénarios élaborés.»

«Si le gouvernement décide qu’on ne peut pas reprendre les choses de façon sécuritaire avant janvier 2021, je n’ai pas de problème avec ça mais au moins, qu’on nous donne un horizon sur lequel s’orienter.»

Le Shawiniganais pousse plus loin sa réflexion. «Ce qui me contrarie le plus dans la situation actuelle, c’est que le monde politique nous envoie le message de nous renouveler, qu’il faut réinventer la culture. Je veux bien, mais je ne peux pas me réinventer si je n’ai pas de paramètres. Est-ce qu’on prévoit une reprise, même partielle, des activités en septembre? Si c’est le cas, je vais me réinventer en fonction d’un retour à ce moment-là. Si ce n’est pas en septembre, ce n’est pas forcément un problème, mais dites-moi quand.»

En attendant d’en savoir davantage, les gestionnaires travaillent à assurer au mieux les besoins actuels. «Il faut gérer le travail de l’équipe qui est toujours en place, jongler constamment avec les reports de spectacles, les annulations mais aussi le contact avec la clientèle, explique Mélanie Brisebois. Il ne faut pas oublier que les reports nous affectent mais qu’ils ont un gros impact sur la clientèle avec laquelle nous avons la responsabilité d’assurer le suivi.»

Au tout début, les instances gouvernementales avaient instauré un report jusqu’à la mi-avril. Ensuite, on a parlé du mois de mai. Les dernières indications semblaient pointer vers le 31 août sans qu’on précise si cette interdiction des rassemblements de plus de 250 personnes touchait aussi les salles de spectacles. «Dans notre domaine, les programmations sont faites dix-huit mois à l’avance alors, notre automne était déjà pas mal occupé avant la crise. On a trouvé des disponibilités pour reporter certains spectacles malgré tout. Si jamais on ne rouvre pas les salles à l’automne, je devrai reporter certains spectacles une deuxième fois quelque part en 2021 en fonction des disponibilités des artistes.»

«Il y a des spectacles dont la tournée a été annoncée et programmée d’avance, poursuit-elle, alors qu’ils n’ont même pas encore été montés. Dans leur cas, ils doivent aussi retarder la conception même de l’événement, ce qui repousse encore plus loin sa présentation. Ça nous amène à l’été ou l’automne 2021.»

Arrive alors une autre inconnue: quelle va être la réaction du public devant la perspective de payer aujourd’hui un billet pour un spectacle qui ne sera présenté que 12 ou 18 mois plus tard? «Je peux comprendre que le consommateur soit hésitant alors que c’est si loin. Et quand il s’agit de spectacles reportés deux fois, on pourrait comprendre le consommateur de laisser tomber et de demander un remboursement.»

«Par ailleurs, intervient Bryan Perreault, il faut bien penser aussi qu’au moment de sortir graduellement de cette crise, peut-être que les consommateurs vont sentir davantage le besoin de dépenser pour acheter des biens de première nécessité que de dépenser leur argent dans du divertissement.»

Nos deux interlocuteurs nous disent que jusqu’ici, le public se montre particulièrement compréhensif. «Ils vivent la même incertitude que nous et sont bien conscients que nous n’y sommes pour rien quand les spectacles sont reportés, alors, ça se passe bien pour le service à la clientèle.»

La gestion quotidienne consiste aussi à élaborer des plans pour un éventuel retour aux activités malgré l’incertitude. «Par exemple, illustre Bryan Perreault, j’ai élaboré un plan pour Un été signé Shawinigan avec des activités d’animation conformes aux mesures sanitaires. On ne sait pas si ça va avoir lieu mais on a quelque chose entre les mains si jamais on nous indique qu’on peut aller de l’avant.»

Il reste que les diffuseurs constituent un élément d’une grande chaîne dans cette industrie et qu’ultimement, ils dépendent de décisions gouvernementales. Aussi bien Mélanie Brisebois que Bryan Perreault estiment qu’on entend leurs récriminations aux plus hauts échelons mais que même là-haut, les données ne sont pas claires. «Quand on s’adresse à la ministre de la Culture et des Communications, elle comprend nos préoccupations mais elle dépend des décisions de la santé publique, explique Bryan Perreault. Ça finit par être un problème politique parce que le maintien de la fermeture des salles de spectacles va impliquer une compensation financière pour les diffuseurs.»