La comédienne Debbie Lynch-White s’est tout de suite imposée en audition pour interpréter le rôle de La Bolduc.

La Bolduc, le rôle d’une vie pour Debbie Lynch-White

Mary Travers, alias La Bolduc, a habité littéralement la vie de Debbie Lynch-White pendant deux ans. Après avoir obtenu le rôle dans «La Bolduc», la comédienne de 32 ans s’est livrée à un long travail de préparation fait de cours de chant, d’harmonica, de violon et de… turlutte, bien entendu, histoire de coller au plus près au personnage, icône de la musique populaire des années 20 et 30.

En entrevue au Soleil, Debbie Lynch-White avoue que cette rencontre inespérée entre une actrice et un rôle qui lui était destiné n’arrive pas souvent dans une carrière. De surcroît lorsqu’il s’agit d’un baptême du grand écran. «Je voulais lui faire honneur et la faire revivre avec la plus grande vérité possible.»

Outre son travail en amont du tournage, Debbie Lynch-White a effectué un travail de terrain, sur le lieu de naissance de Mary Travers, à Newport, en Gaspésie, où elle a pu échanger avec des descendants de la chanteuse folklorique et visiter le musée de l’endroit qui lui est consacré. Elle est également allée à la rencontre de sa fille cadette, Fernande, à Granby.

Au cœur de la crise de 1929, Mary Travers a chanté l’espoir pour des milliers de familles d’ouvriers, de chômeurs et de laissés-pour-compte.

Des rencontres qui lui ont permis de peaufiner le personnage de la première chansonnière du Québec et lui donner le plus de réalisme possible. «Sa fille m’a appris qu’elle n’aimait pas se faire appeler La Bolduc. Pour elle, c’était péjoratif. Elle voulait se faire appeler madame Édouard Bolduc, le nom de son mari. On a trouvé une façon d’y faire un clin d’œil dans une scène, à la sortie de l’épicerie. On devait le faire, ne serait-ce que par respect. Elle m’a aussi dit que sa mère ne chantait jamais avec un chapeau.»

Féministe avant l’heure
Depuis sa rencontre avec son époux (Émile Proulx-Cloutier) en 1914, en passant par la perte de plusieurs enfants, ses premiers pas dans la chanson et son succès monstre, jusqu’à sa mort d’un cancer du rein, en 1941, à seulement 46 ans, La Bolduc, réalisé par François Bouvier, embrasse les grands pans privés et professionnels de Mary Travers. Sa fille Denise (interprétée en deux temps par Laurence Deschênes et Rose-Marie Perrault) qui l’accompagnait au piano et qui nourrissait des ambitions artistiques, joue un rôle pivot dans le scénario.

À une époque où la femme était dépendante de son mari, ne pouvant même pas avoir son propre compte en banque, Mary Travers s’est imposée malgré elle comme féministe avant l’heure, voire une révolutionnaire, au grand dam de son mari à l’ego froissé et du clergé.

«Elle a chanté les valeurs de l’époque, l’homme au travail et la femme au foyer, mais par la force des choses et par nécessité, elle s’est retrouvée à faire autrement. Elle s’est sentie coincée [entre sa carrière et sa famille]. Elle ressentait beaucoup de culpabilité lorsqu’elle partait en tournée.»

Au cœur de la crise de 1929, Mary Travers a chanté l’espoir pour des milliers de familles d’ouvriers, de chômeurs et de laissés-pour-compte. «Elle a été dans l’action, c’était une combattante, explique la comédienne révélée dans Unité 9. Elle a donné du courage aux gens à une période où ils en avaient grandement besoin.»

Debbie Lynch-White admire aussi sa grande authenticité et sa volonté de «rester fidèle à ses racines», à une époque où la culture était aux chanteurs français et au langage châtié. En puisant dans l’actualité, la chanteuse autodidacte a enregistré 46 disques (des 78 tours). La pièce favorite de la comédienne demeure La chanson du bavard.

«Elle y défend le joual et le parler ouvrier, bien avant Michel Tremblay et Les belles-sœurs. Je parle comme dans l’ancien temps / J’ai pas honte de mes vieux parents / Pourvu que je mets pas d’anglais / J’nuis pas au bon parler français», énumère-t-elle de mémoire, comme si son personnage n’était jamais très loin dans son esprit.

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UN PROJET LONGTEMPS SOUHAITÉ PAR FRANÇOIS BOUVIER

François Bouvier réalise, avec «La Bolduc», son premier biopic en carrière.

Le cinéaste François Bouvier a toujours cru que trois personnages emblématiques de l’histoire du Québec méritaient de voir leur vie portée au grand écran: Maurice Richard, Louis Cyr et Mary Travers, alias La Bolduc. Les deux premiers ayant déjà fait l’objet d’un film, la chance a voulu que ce soit lui qui hérite du privilège de donner vie à la célèbre chanteuse.

«Quand le producteur André Rouleau m’a approché, je n’ai pas hésité, car c’est quelque chose que j’avais à l’esprit depuis longtemps», explique le réalisateur de Paul à Québec et d’Histoires d’hiver. Et, par un drôle de hasard, deux autres projets de films sur La Bolduc étaient dans l’air au moment du dépôt de la demande de financement…

Pour son premier biopic en carrière, François Bouvier n’a pas eu à chercher longtemps la perle rare qui devait porter le film sur ses épaules. En audition, ­Debbie Lynch-White s’est tout de suite imposée. L’exercice a duré deux heures, le réalisateur étant soucieux de vérifier jusqu’où la comédienne pouvait pousser la machine. «Oui, Debbie avait le gabarit, mais même huit pouces moins grande et un peu moins forte, elle aurait eu le rôle pareil.»

En l’absence de documents audiovisuels sur La Bolduc, à l’exception d’une capsule d’Une minute du patrimoine, Bouvier s’est rabattu sur «quelques biographies souvent contradictoires». Il s’est souvenu du téléfilm d’Isabelle Turcotte, Madame la Bolduc (avec Jacqueline Barrette), sorti en 1992, mais n’a pas senti le besoin de le revoir.

«Comme tout le monde, je connaissais La Bolduc, mais comme tout le monde, je ne connaissais pas ses drames et son histoire personnelle. On l’entend de façon ponctuelle, dans le temps des Fêtes, car ses chansons font partie du folklore qu’on entend en background. En les écoutant mieux, j’ai découvert tout l’humour et l’intelligence d’une langue riche.»

À l’époque, poursuit-il, il en était autrement. La Bolduc a fait l’objet de mépris de la part de l’intelligentsia montréalais. «La chanson, comme le théâtre, c’était alors la grande chanson française. Elle était considérée comme vulgaire. Une femme de milieu modeste qui chante, c’était regardé de haut par l’élite intellectuelle.»  

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SUR LA SCÈNE, DANS UN AN

Amoureuse de musique, Debbie Lynch-White montera sur la scène pour la première fois dans un an, pour un spectacle baptisé Elle était une fois, où elle interprétera des reprises de chansons écrites et composées par des femmes. «Je n’ai pas l’ambition d’écrire des chansons, je n’ai pas ce talent-là. J’aime interpréter, j’aime le contact avec le public.» Ce spectacle, qui la mènera aux quatre coins de la province, fera la part belle au répertoire de chanteuses d’ici et d’ailleurs, mais le plan de match n’est pas encore établi. «Rien n’a encore été décidé. On commence à former le band.» La première aura lieu à la Place des Arts le 22 février 2019. Le spectacle à Québec est prévu pour le 23 avril. 

La Bolduc arrive en salle le 6 avril.