La présidente et directrice artistique de la BIEC Élisabeth Mathieu invite la population à visiter les expositions dans divers lieux de Trois-Rivières jusqu'au 10 septembre.

La Biennale internationale d'estampe contemporaine déploie ses charmes

L'estampe est une forme d'arts visuels qui peut surprendre. Forte de sa tradition millénaire, elle peut allier les techniques, les raffiner, les défier. Les 300 oeuvres proposées par la 10e Biennale internationale d'estampe contemporaine (BIEC) de Trois-Rivières démontrent la richesse de cette création qui joue avec la tradition et le futur.
Officiellement inaugurée le 18 juin, la BIEC regroupe les oeuvres de 51 artistes provenant de 19 pays dont la France, le Royaume-Uni, la Pologne, les États-Unis, la Belgique, la Suède, la Slovaquie, la Norvège, l'Italie, la Corée du Sud, l'Ukraine, l'Argentine et le Canada, pour ne nommer que ces exemples.
Leurs créations peuvent être vues jusqu'au 10 septembre au Centre d'exposition Raymond-Lasnier, à la Galerie d'art du parc, au Musée Pierre-Boucher et à l'ancienne gare ferroviaire, en plus des expositions parallèles tenues dans d'autres lieux.
L'ouverture de la biennale a notamment été marquée par le dévoilement des prix qu'elle accorde. Les lauréates de ces distinctions illustrent la variété des techniques et des inspirations des estampistes internationaux.
Le Grand prix de la biennale a été attribué à Sabine Delahaut, une Française d'origine belge qui manie le burin, la roulette et la pointe-sèche dans un travail figuratif mariant le vêtement ancien, la figure animale et l'humain.
«Elle fait un travail très personnalisé par rapport à ses préoccupations. Il y a beaucoup de profondeur, d'habileté technique, et son propos est intéressant. Elle remet en question des valeurs actuelles quant à la représentation des personnes, nos petits côtés fragiles, la manière dont on se perçoit et dont les autres nous perçoivent», décrit la présidente et directrice artistique de la BIEC Élisabeth Mathieu.
Le deuxième prix a été décerné à la Polonaise Agata Gertchen. «Elle a travaillé des formes abstraites, on est complètement dans un autre univers. Ce sont des formes noires qui viennent habiter les surfaces de blanc. Elle utilise les techniques de la manière noire», explique Mme Mathieu, qui en profite pour évoquer la particularité de l'abstraction. 
«L'abstraction permet à la personne qui regarde de s'approprier l'oeuvre. Dans l'abstrait, tu peux lire ce que tu veux. C'est toi qui vas chercher l'interprétation dans ton bagage personnel.» 
Et que ce soit en contemplant une oeuvre figurative ou abstraite, Mme Mathieu considère que «quand tu es devant l'oeuvre d'un artiste, au moment où tu la regardes, l'oeuvre t'appartient. Elle n'appartient plus à l'artiste. C'est à toi de vivre l'émotion, d'aller chercher les références dans ta vie, dans tes connaissances. On n'a pas besoin d'avoir fait un cours d'histoire de l'art pour apprécier les oeuvres».
Pour en revenir aux prix, la jeune artiste Sarah Galarneau a mérité le prix Télé-Québec, réservé à un estampiste québécois. Son installation de linogravure explore les essences d'arbres et les stades de leur développement de la semence à la transformation. «C'est une artiste de la relève», précise Élisabeth Mathieu en mentionnant que les lauréats de prix à la BIEC connaissent souvent un essor de leur carrière après leur passage à Trois-Rivières.
«Pour plusieurs, à cause de la renommée de la biennale, du moment où ils ont eu un prix ici, leur carrière internationale a pris un envol, ils ont été invités dans d'autres biennales ou à siéger sur des jurys internationaux. Le catalogue survit à l'exposition, il circule à travers le monde. C'est une manière de se démarquer et d'attirer l'attention d'autres jurys et d'autres galeries», note Mme Mathieu.
Trois mentions ont été accordées à autant d'artistes, soit à la Française Catherine Gillet, qui privilégie l'abstrait, à l'Américaine Ellen Heck, qui propose la représentation féminine à travers d'émouvants personnages, ainsi qu'à l'Allemande Heike Negenborn, qui présente des paysages évoquant le travail d'architecture.
Le jury de la biennale a sélectionné 51 dossiers d'artistes parmi les 420 dossiers soumis. 
«Le jury ne recherche pas la prouesse technique, mais plutôt la richesse de la production de l'artiste, l'authenticité. Comme c'est une exposition d'art contemporain, il faut aussi qu'il y ait un apport actuel aux préoccupations. Il faut mettre en valeur les techniques classiques de l'estampe, mais un artiste peut avoir une oeuvre hybride avec plusieurs techniques, incluant les plus contemporaines comme l'impression numérique. Il faut quand même qu'on sente une technique classique comme la lithographie, la sérigraphie, l'eau forte, ou le bois gravé», détaille Élisabeth Mathieu en donnant par le fait même un aperçu de ce qu'on peut voir à la biennale gratuitement tout l'été.