Alain Caron a peint le piano public qui sera installé au parc de l'île Saint-Quentin cet été. Derrière lui, on peut reconnaître Marie-Andrée Adam, qui l'a aidé, et le maire de Trois-Rivières Yves Lévesque.

La belle histoire d'un piano public

En décembre 2015, Marie-Andrée Adam a été touchée droit au coeur par la vue d'un homme assis par terre devant la salle J.-Antonio-Thompson, offrant le journal de rue La Galère aux passants.
Alain Caron
Un an et demi plus tard, Mme Adam et l'homme en question, Alain Caron, étaient réunis pour une conférence de presse à l'organisme Point de rue, où l'on dévoilait le piano public peint par M. Caron.
C'est par son implication au sein de La Galère qu'Alain Caron a bénéficié des services de Point de rue, une ressource de soutien aux personnes vivant l'exclusion sociale. Les intervenants parlent de «situation de rue» pour décrire l'état de ces gens qui à un moment de leur vie, se retrouvent coupés de presque tout lien. 
Alain Caron est natif de Sept-Îles et a migré vers la Mauricie il y a plus de 20 ans. Il a découvert le dessin en 1998 et a commencé à exploiter de façon autodidacte le talent qu'il décelait en lui-même. Quand les circonstances de la vie l'ont rapproché de Point de rue, plusieurs de ses illustrations ont été publiées dans La Galère et le logo du bateau représentant le journal a été créé par lui. 
«C'est grâce à La Galère que j'ai connu mes clients sur la rue des Forges. Je me suis bâti une clientèle avec le journal. Puis j'ai eu l'idée de montrer mes oeuvres avec le journal, en même temps, et ça a bien fonctionné», raconte celui qui dessine, peint et sculpte.
C'est au bout de quelques années de vente du journal de rue au centre-ville trifluvien que Marie-Andrée Adam est entrée dans la vie d'Alain Caron.
«C'était en décembre 2015. J'étais sur la rue des Forges avec ma soeur et j'ai vu cet homme dehors, pas suffisamment habillé. Je lui ai donné de l'argent et il m'a demandé pourquoi je faisais ça. Je lui ai répondu que si c'était moi à sa place, j'aimerais que quelqu'un m'aide», se souvient Mme Adam.
«Je lui ai dit que je reviendrais le lendemain pour qu'on lui achète des vêtements. Je crois qu'il ne m'a pas crue, parce qu'il a été surpris de me revoir le lendemain!», poursuit la bonne Samaritaine qui a acheté des vêtements chauds, des bottes, des tuques et des bas à cet homme visiblement démuni. «J'étais vraiment content! Je n'ai pas eu froid cet hiver-là», apprécie Alain Caron.
Avec la complicité de son époux, Mme Adam est restée en contact avec M. Caron et le couple a continué à l'aider. Dès le début, Mme Adam avait vu les oeuvres de son protégé. «J'ai vu tout le potentiel. J'ai vu qu'il y avait quelque chose qui lui permettait de se sortir la tête de l'eau», image-t-elle.
L'artiste continue le récit: «J'ai expliqué à Marie-Andrée que je voulais faire des oeuvres d'art pour la Ville. J'ai expliqué que j'aimerais ça rencontrer le maire. Elle a dit: ''Je vais t'arranger ça'', et j'ai reçu un appel quelques jours après!»
Quelques rencontres plus tard, il fut convenu qu'Alain Caron allait peindre le piano public qui serait installé au parc de l'île Saint-Quentin cet été. Un défi qu'il a réussi à relever, non sans quelques moments de découragement, de son propre aveu. Par exemple, celui qui aurait aimé créer une oeuvre en relief a dû se soumettre aux règles de création établies par la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières, qui chapeaute le projet.
La mère d'Alain Caron était présente au dévoilement du piano dans les locaux de Point de rue. Son fils a tenu à la remercier, en lui attribuant la transmission de son goût pour les arts.
«L'art est une très belle thérapie. J'ai réussi à m'en sortir aujourd'hui grâce à l'art», n'hésite pas à dire Alain Caron, qui avait participé à différents projets artistiques à Point de rue.
À Point de rue, l'expression artistique est l'un des canaux par lesquels les intervenants guident les personnes en situation de rue vers une reconstruction de l'estime de soi, entre autres. Divers ateliers sont proposés, de la musique à la photographie en passant par l'écriture et les arts visuels, pour stimuler la créativité et l'expression de soi des gens qui fréquentent l'organisme.
On se souviendra que l'artiste Jean Beaulieu a pendant plusieurs années coordonné la création de vitraux représentant des personnalités de divers domaines. Le projet avait été interrompu faute de financement.
Un total de six pianos publics seront installés à Trois-Rivières cet été. 
Les citoyens pourront s'exécuter sur ces instruments au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières sur Saint-Laurent (près de Boréalis), au Musée québécois de culture populaire, au Dairy Queen de la rue Fusey, à l'église St. James (du 9 juin au 9 juillet) et à la place Pierre-Boucher (à partir du 10 juillet) ainsi qu'au parc de l'île Saint-Quentin.