Le rappeur Koriass a présenté une conférence basée sur la notion de persévérance malgré les difficultés à quelque 600 élèves de l’école secondaire des Pionniers de Trois-Rivières jeudi après-midi. L’événement a été rendu possible par le FestiVoix.

Koriass: être sincère pour toucher le cœur

Trois-Rivières — Le FestiVoix continue d’imprimer son influence dans la communauté par un volet de conférences offertes dans des écoles trifluviennes. Jeudi, ils avaient choisi le rappeur Koriass pour qu’il parle aux jeunes de l’école secondaire des Pionniers de son parcours, de la création dans sa vie et du bienfait qu’elle peut apporter.

Le sujet était judicieux, la façon de le présenter, convaincante. Koriass s’est adressé à deux groupes différents pour un total de 600 élèves. Il s’est montré simple, direct et inspirant ouvrant aux jeunes un volet sur sa vie et sur la place qu’y a prise la création, façon privilégiée de transformer le négatif en constructif.

Ce qu’on retient notamment de son approche et qui devrait favoriser la communication, c’est que Koriass a parlé sans tabou d’aspects de sa vie personnelle pouvant avoir une résonnance chez les jeunes du premier cycle du secondaire qui constituaient son public. Sans en faire un sujet de vain potinage, il a parlé tout naturellement de problèmes de consommation de drogues qu’il a connus et aussi d’une dépression qui l’a accablé. À chaque fois, pour lier ces souffrances à une chanson ou un album, preuve qu’on peut transformer l’obstacle en quelque chose de positif par la création. Dans les oreilles d’adolescents qui apprennent à conjuguer avec la douleur morale, le discours sonnait particulièrement juste et pertinent.

Ce n’est pas à la sortie de l’amphithéâtre qu’on peut déceler si Koriass a pu faire une quelconque différence mais il est permis de croire qu’il a semé quelque chose qui pourrait être précieux. Si ça ne devait être que pour un seul de ces jeunes, très attentifs à son discours jeudi, ce serait déjà un petit miracle.

Le rappeur n’a pas parlé que d’émotions mais aussi de passion, celle qu’il entretient pour l’écriture depuis l’adolescence. Passion providentielle qui lui a permis de donner forme à ce qu’il vivait intimement. «Pour moi, la base de la création, c’est de prendre nos émotions et les façonner pour en faire une œuvre. C’est Picasso qui a dit que tous les enfants sont naturellement des artistes; la difficulté, c’est de le rester en vieillissant.»

«Je pense que si on ressent des émotions, c’est qu’elles expriment des besoins au fond de nous. Si on ne trouve pas une façon de les exprimer quand ils se manifestent, ça s’accumule jusqu’à sortir d’un coup de façon inappropriée. Créer permet de canaliser les émotions dans une expression positive. Et ce qui est bien, c’est que créer est à la portée de n’importe qui.»

Ainsi, tout son album Rue des Saules est né d’une dépression qu’il a vécue et il a créé un album qui épouse l’évolution de la maladie. Comme quoi, même les pires épisodes de nos vies peuvent se traduire en œuvre édifiante. Preuve peut-être que le message a été entendu, lors de la période de questions, un jeune lui a demandé s’il avait des conseils à offrir sur la façon d’aborder les moments difficiles dans la vie. «C’est une bonne question et il n’y a sans doute pas de recette mais ce que je te dirais, c’est de savoir apprécier le moment présent pour ce qu’il est. Et quand il est souffrant, il faut l’affronter tout en sachant que tout est temporaire et que la souffrance finit par passer. Le ciel bleu va toujours succéder aux nuages.»

Le directeur adjoint de l’école secondaire des Pionniers Jean-Pierre Veillette n’avait pas entendu ce message mais demeurait convaincu, au terme de la conférence, que ce type d’activité demeure très pertinente.

«Le message général sur la persévérance malgré les obstacles, c’est quelque chose qui va porter auprès de nos élèves du premier cycle du secondaire, croit-il. On les a ciblés particulièrement parce qu’au second cycle, ils ont déjà des ateliers qui vont dans ce sens. Au niveau de la sensibilisation, on sait que c’est du travail à moyen et long terme et que l’important, c’est de passer un message qui va faire son chemin. Quand le message est véhiculé par quelqu’un qui constitue une figure significative pour eux, ça vient amplifier un propos qu’on tient constamment de notre côté.»

Du côté du FestiVoix, le directeur général Thomas Grégoire se réjouit de pouvoir offrir cette collaboration aux écoles. «Nous, on arrive avec un produit déjà bien ficelé, ce qui limite les exigences pour l’école elle-même. Comme on s’adresse à un public friand de hip-hop, Koriass était parfait. On ne veut pas donner des leçons, simplement faciliter l’accès des élèves à ces artistes qui ont des choses inspirantes à leur dire.»

«Il y a un aspect de persévérance malgré les difficultés dans son propos mais aussi une promotion de la langue française qui n’est pas négligeable. On croit que c’est précieux et c’est une fierté pour nous de l’offrir. Ça fait partie de notre mandat que de s’impliquer dans la communauté. On le fait aussi dans les milieux communautaires dans lesquels on distribue beaucoup de billets gratuits pour le FestiVoix au même titre qu’au SANA qui s’adresse aux nouveaux arrivants qui peuvent ainsi s’intégrer dans leur culture d’accueil.»