Nouveau poids lourd de l’humour québécois, Julien Lacroix présentera une seconde supplémentaire de son premier spectacle solo, intitulé Jusqu’ici tout va bien, le 29 mai prochain à la salle Thompson.

Julien Lacroix: la vedette qui monte

TROIS-RIVIÈRES — Le monde de l’humour n’est pas différent des autres secteurs de l’industrie du spectacle: c’est une roue qui tourne. Aux ténors d’hier ont succédé ceux d’aujourd’hui qui laisseront la place à de nouveaux. Julien Lacroix est un de ces nouveaux. Et un ténor, sans doute.

C’est dans le cadre de la présentation d’une supplémentaire de son premier spectacle solo, Jusqu’ici tout va bien que l’humoriste de 27 ans a offert une entrevue au Nouvelliste. Vingt-sept ans, pour un athlète, c’est souvent l’apogée d’une carrière. Pour un humoriste, c’est le début de l’apogée.

À quelques heures du spectacle, il se disait nerveux. Il n’en était qu’à la troisième représentation après une pause d’un mois pendant les Fêtes. «Je me garde une bonne quinzaine de minutes d’improvisation dans le spectacle alors, je me mets en danger à chaque soir. Ça me garde aux aguets. Ce serait facile de tomber sur le pilote automatique et de simplement réciter un texte. Je veux éviter ça.»

Ce premier spectacle de scène officiel après un autre monté en collaboration avec Mehdi Bousaidan est encore, après près de 150 représentations dont plus de 120 en rodage, un défi. «Les gens me connaissent par ce que j’ai fait sur le web et par le film avec Adib Alkhalidey mais c’est ma première carte de visite en stand-up. Ce qui a été difficile dans l’écriture, c’est de m’assurer de dire ce qui me tient vraiment à cœur. C’est pour ça que j’ai fait tellement de rodage: j’avais des insatisfactions que j’ai corrigées et là, je suis totalement fier de tout le contenu.»

On connaît déjà son style, plutôt grinçant, à la limite de la provocation mais sans agressivité. «J’aime les propos un peu délicats, soumet-il, mais les sujets que j’ai finalement choisis ont tous un angle intéressant. Je parle de handicap, d’homosexualité mais d’une façon qui m’est propre. Il y a même des sujets que j’ai abandonnés parce que je n’avais pas d’angle original et pertinent pour les aborder.»

La représentation du 16 janvier à la salle Thompson, une supplémentaire, a fait salle comble. Lancé en septembre, son spectacle roule déjà à fond de train. Il sera de retour à Trois-Rivières le 29 mai. «Je suis vraiment chanceux: on a atteint le cap des 110 000 billets vendus et on n’a pas fait tellement de promo. C’est un rêve de p’tit gars de faire une tournée comme mes idoles quand j’étais plus jeune. Évidemment, je veux que ça continue mais ça veut dire donner le meilleur de moi-même à chaque soir.»

Il peut être tentant, pour continuer de surfer sur la vague, d’offrir au public ce qu’il veut ou ce qu’on pense qu’il veut. «Si j’essayais de me fondre dans ce qui rejoint un très large public, j’enlèverais précisément ce qui fait que la salle Thompson est pleine ce soir. Mon équipe et moi, on juge que mon originalité est mon meilleur allié.»

Cette originalité, il la définit en deux mots: rose et noir. «C’est mon casting. Il y a quelque chose de propret dans l’image que je dégage mais quelque chose de cru, sans être vulgaire, et même de noir dans mes propos. C’est ce qui résume le mieux mon spectacle.»

S’il surfe sur le succès, il le fait également sur une frontière ténue entre humour et impertinence dans les interactions improvisées avec le public. «Je suis pas mal en équilibre dessus, analyse-t-il. Jusqu’à maintenant en près de 200 spectacles, ça n’a jamais causé de problème sauf une seule fois, où j’ai interpellé un enfant dont un papa a pris la défense; ça a créé un petit malaise. Je l’ai récupéré en revenant très souvent là-dessus pendant le spectacle et ça a tout désamorcé. Par exemple, quand je cible une personne âgée et que je l’insulte, ça passe toujours très bien. Les gens visés viennent toujours me voir pour une photo après le spectacle. C’est comme si mon cerveau a compris avant moi où est la ligne à ne pas franchir et la respecte. Ce n’est pas que je cherche à créer le malaise mais c’est dans ma nature. Ça rend le spectacle vivant.»

«C’est certainement quelque chose qui bouge tout le temps. Le stand-up, ça ne vieillit vraiment pas bien: tu écoutes certaines blagues d’avant #Me too qui ne passent carrément plus. Pourtant, c’est très récent. C’est fondamental de toujours défendre les bonnes personnes et de m’attaquer aux bonnes cibles. C’est aussi important d’être l’imbécile dans certaines blagues parce que ça justifie plein de trucs. C’est sûr que c’est délicat mais je me pose beaucoup de questions en jouant et en écrivant et jusqu’ici, ça tient bien.»

S’il réfère souvent à l’écriture, c’est qu’il considère qu’il est d’abord et avant tout un auteur. «Mais comme j’écris toujours pour me mettre en scène, je m’oblige à être aussi un interprète de scène. Je pense que je pourrais ne pas être auteur mais je ne pourrais pas arriver à me priver de la scène.»