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Au sein du spectacle <em>Les Immortels</em> qui sera présenté au Théâtre du cégep de Trois-Rivières ce dimanche, Julie Massicotte renoue avec la scène dans le répertoire de Dalida.
Au sein du spectacle <em>Les Immortels</em> qui sera présenté au Théâtre du cégep de Trois-Rivières ce dimanche, Julie Massicotte renoue avec la scène dans le répertoire de Dalida.

Julie Massicotte: plonger en soi pour rencontrer l’autre

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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C’est toujours le cœur battant que Julie Massicotte revient chanter à Trois-Rivières, chez elle. Son prochain retour, le 6 juin dans le cadre du spectacle Les Immortels, est teinté d’une fébrilité plus intense encore après quatorze mois pénibles pour l’industrie du spectacle.

«Comme tant d’autres, avec Les Immortels, on a vécu l’annulation de plusieurs représentations pendant la pandémie, confiait la chanteuse au Nouvelliste la semaine dernière, mais là, on sent vraiment que les choses reprennent tranquillement. Ça fait tellement de bien!»

On ne peut évidemment pas parler d’un retour à la normale puisque les salles sont encore limitées à un maximum de 250 spectateurs, mais de communier à l’énergie d’un public en chair et en os demeure un privilège qui galvanise tout interprète. «C’est très étrange de voir les gens portant le masque devant soi dans la salle mais on sent très clairement que le public est comblé de pouvoir assister à un spectacle.» Elle aurait pu dire participer parce que la privation de représentations en présence a fait comprendre que le public fait aussi partie de tout spectacle de scène.

Les Immortels mise sur la corde éternellement sensible de la nostalgie en offrant au public les grands succès de géants défunts de la chanson française: Dalida, Édith Piaf, Gilbert Bécaud, Joe Dassin, Johnny Halliday. «C’est ce qu’on peut appeler un ''feel good show'', résume Julie Massicotte qui prête sa voix au répertoire de Dalida. Le public rit, chante et surtout, vit des émotions et je pense que c’est très exactement ce dont les gens ont envie en revenant dans les salles. Ils ont terriblement besoin de se laisser bercer par des airs qu’ils aiment.»

Si elle s’offre en solo des classiques comme J’attendrai, Il venait d’avoir 18 ans ou Gigi L’Amoroso, le spectacle repose également sur les très professionnelles épaules d’autres interprètes de haut niveau en Rita Tabbakh, David Thibault, Martin Giroux et Philippe Berghella. «On est tous tellement heureux de reprendre ce spectacle-là. La dernière année nous a fait réaliser plein de choses dont l’importance de se faire du bien et de partager avec le public.»

«Personnellement, j’ai un fun fou à chanter Dalida. Ça va chercher toutes sortes de facettes de l’émotion. À l’âge que j’ai, avec le métier que j’ai, je prends toute la mesure de son personnage et de son propos. On a tendance à prendre son répertoire à la légère alors que ce sont souvent des chansons lourdes de sens et d’émotions. Par exemple, quand on s’attarde aux paroles de Il venait d’avoir 18 ans, on y perçoit la douleur intime de la femme qui se voit vieillir. Malgré les masques lors des représentations, je peux voir dans les yeux des femmes du public combien ces chansons viennent les toucher. C’est un vrai cadeau que d’interpréter ce répertoire.»

Le plaisir est décuplé par la formule mise de l’avant en ce contexte de pandémie qui implique une place plus prépondérante des interprètes; ils ne sont accompagnés que par deux musiciens, un bassiste et une claviériste. «On a expérimenté ça quand on a présenté le spectacle au Club Tropical, en Floride il y a un certain temps et ça a très bien marché. Ça ramène les œuvres à l’essentiel. On se rend compte qu’une bonne chanson reste une bonne chanson et qu’elle n’a pas forcément besoin d’un gros enrobage.»

Une bonne période

Le paradoxe chez Julie Massicotte, c’est que malgré cette pandémie qui n’en finit pas, elle vit de beaux moments professionnels. Son spectacle Je ne suis qu’une chanson consacré au répertoire de Ginette Reno repart à l’automne et les billets s’écoulent à bon rythme. Il y a entre elle et le répertoire de la grande dame, il convient de le dire, une connivence comme on n’en voit pas si souvent. «Chaque semaine, j’ai de nouvelles dates qui s’ajoutent. Ça va super bien. C’est un autre répertoire qui ma va très bien.»

Elle a aussi profité de la pandémie pour mettre sur pied un petit projet personnel. Ça s’appelle les Jeudredis avec Julie. En direct sur sa page Facebook elle crée ce qu’elle appelle son «petit show de TV» tous les jeudis à 17 h 30 dans un contexte qui s’apparente à une rencontre entre amis. Elle jase avec les visiteurs, leur chante des bouts de chanson, déguste tranquillement l’apéro avec eux. «Trente minutes chaque semaine pour apprendre à se connaître», annonce sa page Facebook. Julie Massicotte adore cette proposition. Elle a son petit groupe de fans qui doivent beaucoup aimer puisqu’ils reviennent fidèlement chaque semaine depuis qu’elle a instauré le tout en février.

«J‘aime les gens, plaide-t-elle comme si ce n’était pas évident. Après les spectacles, je vais toujours les voir, pas par obligation, parce que j’aime ce contact. En temps normaux, je leur fais des câlins mais là, on fait autrement. Je ne fais pas des spectacles pour faire des spectacles ou pour me faire applaudir. C’est toujours une volonté de partage que je manifeste et c’est aussi ce que je fais avec mes Jeudredis avec Julie.»

Autre jolie nouvelle: elle a été invitée à participer à une courte résidence de création dans le coin de Ham-Nord au Centre-du-Québec. Deux jours consacrés à écrire des chansons, un tout nouvel embranchement dans son parcours d’artiste. «J’ai écrit un petit peu déjà, surtout des choses à saveur humoristique mais, en participant à un atelier Libère ta parole avec Mathieu Lippé, j’ai ouvert certaines portes. J’ai en moi plein de créativité qui ne demande qu’à s’exprimer et j’ai envie d’explorer cette facette. Ça fait partie de ce que la pandémie m’a apporté.»

«Je dois dire que je me retrouve dans une zone très positive présentement: j’ai envie d’explorer des choses, de me faire confiance. Je veux nourrir plus profondément la rencontre et le partage; c’est comme ça que j’aborde la création. Je ne sais pas où ça peut me mener mais je me lance. Ce qui compte à ce stade de ma vie, c’est de faire les choses avec amour. Je veux être fidèle à la vérité que je porte en moi et la partager.»

Elle propose la chose sans prétention. Elle sait qu’elle plaira à certains, pas à d’autres; qu’importe. L’important, c’est d’être elle-même, de l’offrir avec bienveillance, de communier avec ceux et celles qui se reconnaissent en elle. Plonger en soi-même pour entrer en contact avec l’autre. Elle en est là dans son parcours. Nourrie par davantage que le talent qu’on lui reconnaît depuis toujours, elle a la confiance et la maturité pour en faire l’instrument de liens avec ceux qui sont, comme elle, disponibles. Gratuitement. Pour l’intime satisfaction de l’échange vrai, de cœur à cœur. Comme elle chante: de cœur à cœur.