L’auteure, compositrice et interprète Jordane Labrie a eu recours aux services de Jeannot Bournival pour enregistrer son dernier album intitulé 12 jours. Elle sera de passage au Rond Coin à Saint-Élie le 9 février, 20 h.

Jordane Labrie: le folk dans le sang

Trois-Rivières — Si les voyages forment la jeunesse, peut-être que les déplacements en train forment les musiciens. C’est assurément le cas de Jordane Labrie qui, à la suite d’un périple d’une douzaine de jours par la voie des rails d’un bout à l’autre du Canada, lance un album inspiré essentiellement de cette expérience. Son titre? 12 jours, tout simplement.

La jeune femme originaire des Escoumins s’est notamment fait connaître en participant à La Voix VI où son intensité et l’expressivité de sa voix ont conquis les juges l’hiver dernier. Depuis, la chanteuse profite d’un engouement qui la comble, elle qui affirme qu’elle n’a jamais eu d’autre plan professionnel dans la vie que de faire de la musique.

Pour ce qui est de 12 jours, qui a été officiellement lancé le 18 janvier, il est né d’une expérience professionnelle assez unique. Jordane Labrie et son acolyte, le guitariste Clément Desjardins, ont été choisis par Via Rail dans le cadre du programme «artistes à bord» pour effectuer une tournée pancanadienne en train, offrant des récitals quotidiens aux voyageurs dans le véhicule comme sur les quais des gares où s’arrêtait le convoi. Cette traversée du pays a inspiré les créateurs qui ont écrit une vingtaine de chansons dont les onze qui ont finalement composé l’album. «On offrait trois spectacles par jour et parfois jusqu’au à cinq quand on avait des arrêts dans les gares. C’est un voyage qui nous a marqués.»

Sans plan précis, les artistes avaient apporté leurs instruments, évidemment, mais également un micro et des cahiers de composition au cas où. «Tout a été composé dans le train. C’est sûr qu’on a été inspirés par les paysages canadiens, cet espace incroyable, par l’«américanité» mais aussi par des thèmes plus personnels comme l’idée de la femme d’aujourd’hui qui prend sa place sans victimisation, par le mouvement #Me Too, etc. Pour moi qui suis vraiment une fille de folk, c’était l’idée du continent américain en entier qui m’a inspirée. C’est pourquoi deux des titres de l’album font directement allusion à des villes américaines: Chicago et Manhattan.»

«Nous avons été énormément sur la route au cours de la dernière année pour faire des spectacles un peu partout, on écoute beaucoup de musique en voiture et surtout de la musique folk: Cohen, Gillian Welch, Alela Diane, etc. Au moment de composer sur le train, c’est vraiment ce style qui s’est imposé sans qu’on se pose seulement la question.»

Quand est venu le temps de la réalisation de l’album, c’est encore les séances d’écoute en voiture qui ont inspiré le duo puisqu’un certain Fred Pellerin constitue un de leurs choix préférés. Or, qui dit Fred dit aussi Jeannot Bournival et son studio à Saint-Élie. «Je viens aussi d’un village et je me sens vraiment proche de l’esprit qu’on retrouve sur les albums de Fred Pellerin. La simplicité de la prise de son, le côté vrai et organique des choses. On a donc contacté Jeannot qui nous a d’abord dit qu’il n’avait pas le temps puis, après avoir écouté nos chansons, il a libéré de la place dans son agenda pour faire l’album.»

L‘entente a, semble-t-il, été exceptionnelle, le réalisateur saisissant très précisément les envies des créateurs. «J’ai été étonnée qu’il nous comprenne si bien, poursuit Jordane, qui chante sous son seul prénom. On a des influences communes de sorte qu’il comprenait toujours exactement ce qu’on cherchait et nous arrivait avec des idées qui fonctionnaient parfaitement. Il était totalement en phase avec nous. Le choix des instruments, par exemple, c’est beaucoup lui.»

Lui aussi qui est allé chercher les nuances vocales les plus subtiles sur les enregistrements, assurément une des richesses de cet album. «Il me disait d’en mettre moins en termes d’ampleur pour faire ressortir la vérité des paroles et ça me convenait tellement. Je suis peut-être un peu à contre-courant mais j’aime les voix pures, subtiles, très près du texte dans lesquelles on peut percevoir les émotions les plus délicates. Jeannot nous disait que la fonction qu’il préfère sur sa console de son, c’est le piton MUTE. Avant de faire des effets, on se posait toujours la question à savoir si ça servait ou non la chanson et la plupart du temps, on répondait par la négative.»

L’album a commencé à faire son chemin dans le milieu de la musique et les réactions seraient très positives. «Nous avons fait la première partie de Serena Ryder dans sa tournée québécoise avec des chansons de 12 jours. La toute première fois qu’on les a cassées en public, c’était justement à Trois-Rivières, à la salle Thompson. Je n’avais jamais vu ça: on a eu des ovations debout alors qu’on n’était qu’en première partie! C’était formidable et ç’a été le cas lors de tous les spectacles. On a déjà une trentaine de spectacles programmés pour l’été et l’automne prochains et ça ne fait que commencer. J’offre vraiment la musique que j’aime et ça semble rejoindre beaucoup de gens: c’est extrêmement valorisant.»

La chanteuse avoue un véritable attachement à la Mauricie où elle est revenue une vingtaine de fois depuis l’enregistrement. Il ne s’agit sans doute pas de vains mots puisqu’elle a décidé de faire un spectacle de lancement d’album au Rond Coin, à Saint-Élie, le 9 févier prochain.