Joël Legendre sera à la salle Thompson le samedi 17 février.

Joël Legendre: tel qu’en lui-même

Trois-Rivières — Après six Bye Bye, plusieurs comédies musicales, du doublage pour le cinéma, de l’animation, un album de chansons, il ne manquait plus à la carrière de Joël Legendre qu’un spectacle solo. Le voici. Ça s’intitule Showtime en référence à un spectacle du même type qu’a présenté Dominique Michel dans les années 70 et ce sera offert au public trifluvien le samedi 17 février à la salle Thompson.

Quand on dit du même type, c’est qu’il s’agit d’une avenue assez peu fréquentée par nos artistes: la variété. Joël Legendre l’explique ainsi: «J’estime que je ne suis excellent dans rien mais pas pire dans tout alors, c’est un spectacle de pur divertissement où je mets à profit les différentes choses que je sais faire. Plus précisément, je dirais que je cherche à divertir mais aussi à émouvoir. J’estime qu’il doit y avoir 95 % de rires et 5 % d’émotions mais celles-ci donnent une dimension supplémentaire essentielle.»

Pourquoi lui a-t-il fallu trente ans de carrière avant de se lancer dans pareille aventure? «C‘est un appel intérieur que j’avais, je pense. Cela dit, ce n’est pas vraiment mon initiative mais une demande qui m’a été faite de présenter un spectacle dans le cadre du Zoofest à Montréal. J’ai accepté parce que je me disais que c’était l’occasion unique de faire toutes ces choses que j’aime faire sur scène. On m’a ensuite proposé d’en faire un spectacle en tournée. J’aimais l’idée de faire un bilan de mes trente années de carrière et de cinquante ans de vie. Montrer où j’en suis rendu.»

Trente ans de scène qui lui ont permis de développer une expertise multiforme: la danse, le chant, l’imitation, le jeu en scène. «En même temps que j’ai développé tout ça, j’ai aussi cultivé beaucoup d’autodérision et ça marque le spectacle. Ça fait du bien de rire de soi.»

Il reste un élément qu’il n’a pas osé prendre sur ses épaules: les textes. «Je suis parfaitement conscient que je n’ai pas le talent d’écrire des textes en punchant aux 20 secondes comme savent le faire les scripteurs d’humour. J’ai donc réuni une équipe de quatre auteurs que j’ai dirigés. Je voulais raconter une histoire, la mienne, avec une certaine courbe dramatique pour lui donner un sens. J’ai travaillé en relation très étroite avec eux.»

On connaît évidemment son talent pour les imitations, celle de Céline Dion étant devenue un classique du genre, ou alors la chanson et la danse mais une facette de lui que Showtime fera découvrir aux spectateurs, c’est son talent d’humoriste de stand-up. «C’est sûrement la partie qui a été la plus difficile à apprendre. J’ai fait appel à un humoriste pour m’aider. Il faut savoir maintenir une certaine tension, conserver l’attention du public dans le texte comme dans les silences, trouver le bon rythme, puncher, développer des mimiques, etc. C’est tout un art. En plus, il m’a fallu créer un personnage de stand-up. Ça a beau être mon histoire, ça prend un personnage avec une couleur particulière pour le livrer. La mienne, c’est celle du gars toujours dépassé par les événements. Juste ma famille est assez unique: je suis en couple avec un gars, j’ai deux jumelles in vitro, un garçon adopté en Chine... C’est beaucoup pour un même gars!»

Il a cependant tenu à ce que derrière l’image de gars souvent dépassé, se dessine l’émotion de l’homme, sa vérité. «Je tenais à ce que ça aille au-delà de l’image pour toucher les gens. Derrière ce qu’on connaît de ma vie publique, il y a un côté sensible dans lequel le public peut se reconnaître.»

Une bonne vingtaine de représentations ont été offertes jusqu’ici, assez pour que le spectacle évolue et l’homme à tout faire aussi. «Je dirais que ce qui s’est le plus amélioré, ce sont les imitations. À la télévision, quand on est maquillé, avec une perruque, ça aide pour imiter mais sur scène, sans artifice, c’est plus difficile et je trouve que ça va de mieux en mieux. L’autre amélioration, c’est que j’ai de plus en plus de souffle. Ça n’a l’air de rien mais je me démène beaucoup et je ne peux pas compter sur quelqu’un d’autre pour me donner un break pendant la soirée.»

Joël Legendre se fait plaisir avec Showtime, c’est évident dans le seul ton de sa voix au téléphone mais il y a un aspect de cette aventure qu’il trouve difficile: la solitude. «Dans la loge avant le spectacle, je me sens très seul: je suis habitué de travailler en gang. J’admire les humoristes qui font ça constamment. Une chance qu’il y a le contact avec le public qui me comble tellement.»