Après 22 ans de loyaux services, Jo Ann Lanneville a décidé de laisser sa place au sein du comité organisateur de la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières. Elle pourra ainsi se consacrer davantage à sa pratique artistique personnelle.

Jo Ann Lanneville: pour explorer ses propres horizons

Trois-Rivières — Après 22 années consacrées à la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières, Jo Ann Lanneville quitte l’organisation pour se consacrer davantage à ses projets artistiques personnels.

La nouvelle a une grande portée à plus d’un égard. Symbolique, d’abord, puisque l’artiste était cofondatrice de l’événement né en 1997. Elle a occupé tous les postes d’importance au sein de l’organisation, agissant à titre de présidente, vice-présidente, directrice artistique et jurée. Si elle n’occupera plus de fonction officielle, elle demeurera une précieuse conseillère auprès de l’équipe actuelle incluant Élisabeth Mathieu qui en assure la direction générale et artistique. «Le conseil d’administration lui a attribué un titre de membre honoraire et on considère qu’elle a une carte chouchou pour s’inviter à toutes les activités. Elle ne va pas arrêter de penser à la Biennale et de toute façon, on va recourir régulièrement à son inestimable expertise.»

«Après 22 ans d’implication, a indiqué la principale intéressée en entrevue, j’ai estimé qu’il était temps pour moi de me consacrer à ma propre pratique. La Biennale, ça ponctuait ma vie; toute ma famille y était associée à travers moi. J’ai dû mettre beaucoup de projets personnels de côté à cause du temps et de l’énergie qu’impliquait le travail à la BIECTR. Or, je reçois de plus en plus d’invitations et d’offres et ça me brisait le cœur d’être obligée de refuser. D’ailleurs, j’ai une grosse année devant moi avec deux expositions en solo, une à Ottawa en mai et l’autre en juin à l’Atelier Piroir de Montréal. En septembre, je vais aussi participer à un projet collectif au Musée de la Bibliothèque Alexandrina, en Égypte, avec quatorze autres artistes canadiens.»

«Je trouve que c’est important de savoir quitter au bon moment et je sais que la Biennale est entre bonnes mains et en excellente santé. Sa survie à long terme me tient vraiment à cœur. Je vais avoir une période de sevrage à vivre mais je suis chanceuse d’avoir un agenda chargé. La seule chose que je n’ai pas faite dans cet événement, c’est d’y être en tant que participante et j’avoue que j’y réfléchis. Ce serait intéressant de travailler une série d’œuvres tout à fait uniques en fonction de ça.»

S’il est une chose qui va manquer à l’actuelle équipe de travail, c’est l’énergie de l’ancienne directrice artistique. «Elle a tout fait sans jamais calculer son temps, indique Élisabeth Mathieu. Elle était toujours très enthousiaste, impliquée dans les décisions artistiques et les réflexions mais elle était là aussi pour le travail physique, parce qu’il y en a beaucoup. Elle a notamment toujours eu très à cœur d’assurer un bel accueil aux artistes invités; elle en a même hébergé plusieurs chez elle au fil des ans.»

«Disons que quand des artistes provenant de Serbie ou du Japon ne parlaient ni anglais ni français, ça créait des situations assez cocasses au niveau de la communication avec les membres de ma famille», de rigoler la jeune retraitée.

Facteur primordial du succès de cet événement artistique pourtant niché: la participation du public. Au cours des 22 dernières années, Jo Ann Lanneville a vu le grand public se prendre d’affection pour la BIECTR. «C’est vrai qu’au début, les gens étaient néophytes mais très curieux. Ils ont découvert avec étonnement la magie de l’estampe et sont devenus fidèles. Les visites guidées qu’on offre à chaque édition y ont contribué. Au même titre que les allocutions des artistes invités à chaque ouverture alors qu’ils présentent leur travail. C’est très riche parce que même en écrivant des textes ou à travers des vidéos, on est incapables de traduire la nature du rapport intime de l’artiste à leurs œuvres. Il y a des choses qui se disent là qui ne se disent pas autrement.»

Au chapitre des fiertés, elle mentionne le fait que le propos des artistes soit constamment demeuré l’axe central à la BIECTR. «Les plus jeunes qui s’impliquent aujourd’hui conservent la même préoccupation de sorte que la mission n’a jamais changé au fil du temps. Bien sûr, la venue du numérique a beaucoup influencé la façon dont on présente les œuvres, mais le propos demeure la priorité. Ce qui est extraordinaire, c’est de constater, à chaque édition, à quel point les préoccupations des artistes sont les mêmes d’où qu’ils viennent dans le monde. On a pu le voir encore à la dernière édition alors que la question de l’environnement était omniprésente.»

L’artiste en elle a toujours été inspirée par le contact privilégié avec des artistes de partout sur la planète. «Un artiste, c’est une éponge, perméable à toutes les influences. Il est par ailleurs essentiel de se mettre constamment en danger comme artiste mais aussi comme organisateur d’un événement comme celui-là. Le plus grand danger, ce serait de se répéter. D’où l’importance d’aller voir ce qui se fait ailleurs, de constater les innovations qui marquent le domaine et dont témoigne toujours la Biennale.»

«On l’a fait tout en conservant le mot d’ordre qu’on s’était donnés à la fondation avec Guy Langevin et Louise Désaulniers: mettre en valeur les techniques classiques de l’estampe. Aujourd’hui, Trois-Rivières est vue à l’international comme un véritable pôle de l’estampe. D’ailleurs, quand on l’a créé, on n’aurait jamais pensé que ça puisse devenir un événement aussi gros que ça l’est aujourd’hui.»