Jeannot Bournival reprendra jeudi soir au Centre des arts de Shawinigan la plupart des chansons présentées lors de son spectacle à la Maison de la culture trifluvienne en octobre dernier.

Jeannot Bournival: un spectacle aussi intime que généreux

Il y a chez Jeannot Bournival une fibre qui n'existe pas chez la majorité des humains ou alors, elle est inactive. Le musicien semble constamment en ébullition créative comme en témoigne son tout nouvel album, Musique mécanique, pour lequel le spectacle de jeudi soir au Centre des arts de Shawinigan servira de lancement officiel.
Le nouvel opus arrive plus ou moins un an après le premier, P. 36 (musique à numéro) mis en nomination au dernier gala de l'ADISQ comme meilleur album instrumental. Voilà un rythme de production assez exceptionnel. Mais l'histoire de la création de l'album en présente une nouvelle dimension, rendant le constat plus impressionnant encore.
En septembre 2016, Bournival avait presque terminé l'enregistrement de son nouvel album. Quelques semaines plus tard, le musicien jetait au panier tout le matériel enregistré pour repartir à zéro.
«Je suis allé en Chine à l'automne pour prendre contact avec des producteurs de spectacles là-bas, raconte-t-il. J'écoutais mes enregistrements dans l'avion et je trouvais que je n'avais pas encore déniché ce que je voulais pour cet album. J'ai profité du séjour pour faire une journée de studio avec un ingénieur de son chinois. Au lieu d'y poursuivre l'album comme prévu, j'y ai entamé la création d'un autre, différent.»
Ce que Jeannot Bournival cherchait sans le savoir précisément, c'est quelque chose qu'on pourrait appeler l'intimité. Il l'a fait naître grâce à un vieux piano mécanique retapé sur lequel il a enregistré son album en conservant très présents les bruits des mécanismes internes de l'instrument.
«J'ai trouvé une poésie à l'objet lui-même comme si on découvrait son caractère. Mes compositions ont aussi un côté mécanique parce que ma musique est basée sur la relation des notes entre elles. Une note en inspire une suivante ou un thème en induit naturellement un autre.» 
Ajoutez à cela que le musicien, décalage horaire aidant, a travaillé de nuit avec cette magique impression d'être seul au monde pendant quelques heures et on saisit complètement l'inspiration de Musique mécanique. L'album est particulièrement homogène, guidé de bout en bout par un doux piano rêveur et un peu nostalgique avec une touche très vivante, volontairement imparfaite. 
«Autant mon premier album témoignait d'une étape tumultueuse de ma vie, autant celui-ci témoigne d'une période paisible. Ça rejoint mon côté contemplatif.»
«En plus du piano et des sons de ses mécanismes, les arrangements mettent en valeur un côté organique propre à d'autres instruments. Le bruit de l'archet sur la corde du violoncelle ou le souffle du clarinettiste qu'on entend au même titre que la note de l'instrument. On est totalement dans l'intime.»
Comment arrivera-t-il à transposer cette démarche résolument introspective en spectacle?
«D'abord, je vais jouer l'intégral de mes deux albums. Certaines chansons ont été réorchestrées pour leur donner de l'ampleur qui ne les dénaturera pas. D'ailleurs, c'est arrivé que je sacrifie des instruments au moment de l'enregistrement pour favoriser l'homogénéité de l'album. Dans ma tête, ces chansons-là existent toujours avec d'autres instruments qu'elles vont retrouver. On se donne le défi de mettre en valeur l'intimité en l'exaltant.»
Jeannot sera sur scène avec cinq musiciens, les mêmes que ceux qui l'ont accompagné à la Maison de la culture de Trois-Rivières l'automne dernier. Petite différence: le violoncelle cédera la place à une clarinette basse.
«Je suis entouré de musiciens tellement extraordinaires, c'est un cadeau. En répétition cette semaine, ça sonnait de façon exceptionnelle. C'est une musique qui est très écrite mais chacun a de petits moments pour s'exprimer: notre espace d'expression va se trouver dans la subtilité et les nuances.»
Pour ce qui est de l'album, il est présentement disponible en format numérique sur toutes les principales plateformes et les spectateurs de jeudi soir au Centre des arts pourront aussi mettre la main sur le bon vieux format CD.