Jean-Pierre Ferland et ses invitées ont foulé les planches de l'Amphithéâtre Cogeco.

Jean-Pierre et les femmes, éternelle passion

TROIS-RIVIÈRES — Jean-Pierre Ferland a consacré beaucoup de son très grand talent à l’amour et aux femmes au cours de son exceptionnelle carrière et c’est ce que célébrait son spectacle Toutes les femmes de ma vie présenté vendredi devant quelque chose comme 3000 personnes à l’Amphithéâtre Cogeco.

C’était une foule telle qu’on n’en voit pas souvent à l’Amphithéâtre formée pour beaucoup de gens d’un certain âge qui ont eu la chance de connaître Jean-Pierre Ferland à son apogée et qui en gardent un souvenir assez ému pour vouloir le raviver.

C’était une soirée dédiée à la femme et c’est à Geneviève Leclerc qu’on a confié la tâche de faire patienter le public à partir de 20 h mais c’est plus qu’une prestation accessoire qu’elle a offerte. En une vingtaine de minutes, elle s’est livrée à une démonstration impressionnante. Il ne fait guère de doute qu’elle possède une des plus grandes voix d’interprète au Québec actuellement. S’il existait ici une industrie de la comédie musicale permettant aux interprètes de s’y adonner à temps plein, elle en serait une des stars.

Elle aurait dû choisir des chansons francophones dans les circonstances et je suis dubitatif sur l’orientation qu’elle a donnée à certaines interprétations, mais j’ai été très impressionné par son haut niveau de technique vocale et sa présence scénique très assumée.

Jean-Pierre Ferland s’est présenté sur une scène inondée d’éclairages grandiloquents; on savait d’emblée que ce serait quelque chose comme un événement. On se refuse à dire que ça pourrait être la dernière présence du grand auteur et compositeur sur une scène trifluvienne parce qu’avec lui, on ne sait jamais, mais ça n’empêche pas de le penser.

Première chanson: Le petit roi avec Ferland seul. Enfin, quand on dit seul, c’est relatif alors qu’il était entouré d’un pianiste, d’un quatuor à cordes, de trois cuivres en plus du batteur, du guitariste, du bassiste et de trois choristes.

À partir de là, neuf femmes se sont succédé pour retourner la faveur à celui qui leur a chanté la pomme pendant toute sa carrière. Florence K (Les courtisanes, Si on s’y mettait), Nanette Workman (Sing Sing, La route 11), Laurence Jalbert (Fleur de macadam, Avant de m’assagir), Yama (Le Showbusiness, Au fond des choses le soleil emmène au soleil), Mélissa Bédard (Je reviens chez nous), Julie-Anne Saumur (Quand on se donne, Que veux-tu que je te dise?), Luce Dufault (La musique, Les immortelles), Diane Tell (T’es mon amour, t’es ma maîtresse, Si j’étais un homme) et Isabelle Boulay (Qu’est-ce que ça peut bien faire?, Je ne veux pas dormir ce soir).

Bien des classiques du répertoire de celui qui a marqué à tout jamais de sa tendresse la musique québécoise, en somme. Chacune l’offrant avec un aplomb que Jean-Pierre Ferland ne peut plus guère revendiquer, compensant par sa bonhomie et une relation très intime avec la scène.

Il peut paraître un petit peu chancelant à l’occasion et assurément, il n’est plus le fougueux interprète qu’il a déjà été mais il peut toujours retrouver son équilibre en s’appuyant sur un fabuleux répertoire. Vendredi soir, il pouvait aussi compter sur des complices plus que solides pour porter les chansons.

L’honnêteté me force à dire que les transitions entre les chansons ont été souvent laborieuses, Ferland n’ayant plus la vivacité d’esprit d’antan. Son humour constant est souvent sympathique mais pas toujours à propos. Il est difficile de dire si on doit à la licence qu’il se donne dans l’interprétation de sauter quelques vers ici et là ou s’il les a carrément oubliés mais ce n’est pas si important. Il reste qu’à l’occasion, les omissions ont été plus flagrantes et moins pardonnables: il a carrément peiné dans son duo avec Diane Tell sur Si j’étais un homme.

N’empêche, si la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié, on peut dire que la présence sur scène, c’est ce qui reste quand l’âge nous a volé une partie de nos moyens. Ferland en est une des plus convaincantes expressions. Il est encore totalement chez lui sur une scène où on le sent gamin, heureux, allumé. Il sait encore insuffler l’essentiel charme à la plupart de ses chansons. Il émeut encore avec Une chance qu’on s’a, la chanson préférée du public, qu’il a remarquablement interprétée seul en fin de spectacle. Et puis, la finale avec Un peu plus haut, un peu plus loin qui réunissait toutes les interprètes a été un très beau moment.

Avec toutes ses imperfections, Toutes les femmes de ma vie portait la marque d’un très grand artiste qui peut encore et toujours, avec la seule puissance de son répertoire magnifique, attirer plusieurs grandes interprètes québécoises que sa musique élève encore davantage. Un peu plus haut...