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Jacques Lacoursière, historien et communicateur, est décédé à l’âge de 89 ans

La Presse canadienne
François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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MONTRÉAL - L’historien Jacques Lacoursière, coauteur notamment du manuel d’histoire «Canada-Québec» qui a accompagné de nombreux élèves au secondaire, est décédé mardi à l’âge de 89 ans.

Selon le directeur général et éditeur des éditions du Septentrion, Gilles Herman, M. Lacoursière serait décédé mardi matin auprès de ses proches. Il éprouvait ces derniers temps des troubles cognitifs sévères.

M. Lacoursière avait déjà été dans les années 1960 le cocréateur du «Boréal Express - Journal d’histoire du Canada», avec notamment son ancien professeur Denis Vaugeois et Gilles Boulet, à Trois-Rivières.

C’est avec le même Vaugeois et un autre grand historien, Jean Provencher, qu’il dirige la rédaction du manuel scolaire d’histoire «Canada-Québec», constamment revu et augmenté depuis la fin des années 1960.

M. Lacoursière avait aussi écrit au milieu des années 1990 une «Histoire populaire du Québec», en cinq volumes. Conscient de l’importance de la vulgarisation, il avait été recherchiste au contenu et narrateur de la série «Épopée en Amérique», réalisée par Gilles Carle et diffusée en 1997 à Télé-Québec.

En 2002, il publie «Une histoire du Québec racontée par Jacques Lacoursière», sorte de synthèse, en moins de 200 pages, de tous ses livres et manuels. Mais tout au long de sa carrière, l’historien vulgarisateur sera très présent à la télévision et à la radio, pour rendre l’Histoire vivante et incarnée dans les gens qui l’ont faite, petits et grands.

Au tournant des années 1970, il avait aussi coécrit avec Denis Vaugeois «Les Troubles de 1837-38» et «l’Acte de Québec et la Révolution américaine». Né à Shawinigan en 1932, Jacques Lacoursière avait aussi rédigé en 2001 l’histoire de sa ville natale alors centenaire.

L’historien avait reçu toutes les palmes, notamment en 2007 le prix Gérard-Morrisset, un des Prix du Québec, pour une carrière consacrée au patrimoine, puis la Légion d’honneur l’année suivante. Il a été fait Chevalier de l’Ordre de la Pléiade en 2015.

La Société historique de Québec a réagi au décès de Jacques Lacoursière en soulignant particulièrement «sa contribution à l’écriture de l’histoire du Québec et, surtout, au développement de l’intérêt pour le sujet au sein de la population, a éveillé plusieurs générations de Québécois à la richesse de leur passé.»

Vaugeois bouleversé

Son grand complice depuis 1959 Denis Vaugeois appréhendait la triste nouvelle depuis qu’il avait appris de sa conjointe la semaine dernière que l’état de santé de son ami s’était dégradé. «Nous étions des inséparables depuis que j’ai été son professeur à l’École Normale à Trois-Rivières en 1959. La nuit dernière, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu un mauvais pressentiment et ce matin, je consultais des documents venant de lui quand j’ai appris la nouvelle. J’avais beau m’y attendre, j’ai pleuré.»

«Jacques était un autodidacte mais il était très rigoureux. Il n’y avait pas de tabous pour lui: il était toujours prêt à aborder tous les sujets. Tout de l’histoire l’intéressait. Il était neutre en politique. On en parlait souvent et ça le passionnait, pas à la façon d’un militant mais d’un historien.»

Selon l’ancien ministre dans le gouvernement du Parti Québécois, Jacques Lacoursière aura toujours su faire aimer l’histoire par le grand public. «J’estime que c’était ça, sa vocation. Il était passionné d’histoire et voulait la faire apprécier du plus grand nombre tout en demeurant rigoureux dans son approche. Si un historien a eu un impact sur la connaissance que les Québécois ont de leur histoire, c’est bien lui. Il n’a pas eu d’équivalent à ce titre, à mon avis.»

«Si on lui offrait la possibilité de présenter une conférence, quel que soit le sujet, il était partant et toujours parfaitement préparé. Il n’y avait pas de mauvais sujets pour lui: il aimait parler de la grande histoire comme de celles des familles ou de petits villages avec la même passion.»

«Oui, c’est un autodidacte mais il a quand même reçu deux doctorats Honoris Causa et je peux dire qu’il a fait son entrée à la Société royale du Canada la tête très haute.»

Jacques Lacoursière était, on l’a compris, un communicateur de grand talent. «Il savait rendre l’histoire fascinante, soutient son ami. Il a eu énormément de succès comme recherchiste ou conseiller pour beaucoup de projets et dans tous les médias. Quand il a travaillé avec Denys Arcand sur la série Duplessis, il savait aller chercher certains aspects juteux qui allaient intriguer le public sans dénaturer le propos. Il possédait un savoir extrême et il a connu de gros succès de vente avec de nombreux ouvrages historiques. Il était notamment derrière l’exposition Mémoires qui a mis au monde le Musée des civilisations.»

Denis Vaugeois se félicite d’avoir publié chez Septentrion en 2018 le livre Faire aimer l’histoire en compagnie de Jacques Lacoursière qui constitue une forme d’hommage à son collègue et ami depuis plus de 60 ans. «En plus, même s’il était déjà diminué par la maladie, il en a signé la préface. J’en suis très fier.»

Dans la région

Dans sa ville natale de Shawinigan, le choc du décès de l’historien est aussi ressenti. Le maire Michel Angers a commenté sa perte en ces termes: «C’est une grande perte pour la communauté. C’est toujours triste de voir des gens qui racontent l’histoire de notre ville s’éteindre. C’est un pan de notre histoire, justement, qui tombe. Mes pensées sont avec sa famille et ses proches».

Pour sa part, la directrice générale du Salon du livre de Trois-Rivières Julie Brosseau considérait Jacques Lacoursière comme un invité chouchou de l’évènement. «On lui a remis le Prix Adagio en 2007 pour célébrer l’ensemble de sa carrière, un prix amplement mérité. C’était un invité qui était toujours énormément apprécié par les visiteurs du Salon. On pouvait l’écouter raconter l’histoire pendant des heures. Sans compter qu’il était d’une très grande simplicité et d’une constante gentillesse.»

Ce qu’elle retient surtout, ce sont ses talents de communicateur. «Sa façon de parler de notre histoire et de la rendre tellement passionnante était unique. Il était excessivement généreux, toujours super intéressant et très sympathique. Il savait vulgariser sans abandonner sa rigueur et il faisait aimer l’histoire aux gens qui l’écoutaient. À chaque fois, le recevoir au Salon était un immense plaisir.»