Maestro Jacques Lacombe dirigera son dernier concert trifluvien avant son année sabbatique loin de l’OSTR ce samedi soir avec la présentation de l’opéra Faust, de Gounod.

Jacques Lacombe: quitter sur une bonne note

TROIS-RIVIÈRES — Maestro Jacques Lacombe dirigera son dernier concert avec l’OSTR avant son année loin de l’orchestre trifluvien ce samedi 19 mai, à 20 h à la salle Thompson alors qu’il abordera l’opéra Faust, de Gounod.

Le chef entretient un sentiment ambivalent envers cette prestation. «Il y a évidemment un certain pincement au cœur du fait que ce sera mon dernier concert avant ma sabbatique, mais de la fébrilité aussi parce que c’est un nouveau défi que j’amorce à Mulhouse. Bien sûr, ça me fait quelque chose de quitter toute cette équipe et l’orchestre lui-même parce que je suis à la maison ici. Je connais bien les musiciens et vice-versa. Ce sont des conditions de travail très stimulantes que je délaisse à regret. Par contre, je sais que l’orchestre sera entre bonnes mains pendant mon absence et qu’il va continuer à bien évoluer artistiquement au cours de la prochaine saison.»

«Les musiciens vont connaître d’autres chefs et d’autres façons de faire pendant mon absence. Il n’y a pas une seule vérité en musique, mais des vérités et les musiciens en seront enrichis. Qui sait, au retour, si je ne vais pas retrouver un orchestre plus souple et encore meilleur qu’au moment de le quitter?»

Autre objet de préoccupation pour le directeur musical: la santé financière de l’orchestre, axe incontournable de son développement à venir. «Nous sommes dans une importante période de réflexion à la direction qui doit trouver des moyens pour assurer un avenir plus brillant encore pour l’OSTR. Je sais que le conseil d’administration travaille très fort à imaginer des formules qui vont inciter davantage au mécénat local. L’avenir passe par l’appui des partenaires financiers, du gouvernement, mais aussi des entreprises et du public. La survie et le développement de l’orchestre dépendent très sérieusement de cette participation. Je crois que l’OSTR a un rôle important à jouer dans la région et j’espère que le milieu des affaires et le public vont se serrer les coudes pour nous donner les ailes pour continuer.»

Malgré la constante fragilité financière d’un orchestre de l’ampleur de l’OSTR, il est acquis que Jacques Lacombe sera de retour dans un an. On en veut pour preuve son emploi du temps, planifié deux ans à l’avance, qui le ramène au pupitre de l’OSTR l’an prochain. «On a même déjà déposé un canevas de programmation jusqu’en 2020. On verra à la fin de l’été et en automne quels seront les moyens dont nous disposerons pour établir la programmation définitive de la saison 2019-2020.»

Quoi qu’il en soit, le chef quittera sur une note heureuse, un concert qui touche à une corde sensible et à une de ses spécialités: l’opéra. «De par mon nom et ma culture, je suis appelé à diriger beaucoup d’opéras français. D’ailleurs, j’aborderai Faust de nouveau à Berlin dans un mois. C’est une oeuvre que j’ai beaucoup dirigée et qui est une des grandes oeuvres du répertoire lyrique français.»

«Un opéra, c’est toujours une question de timing. Ça prend des voix particulières, adaptées aux rôles et qui sont disponibles à bon prix. Si je peux trouver un jeune chanteur prêt à aborder le rôle qu’on cherche et qui est disponible pour venir le casser ici avant d’aller le faire à New York ou à Paris, c’est la formule gagnante. C’est le cas de notre soliste cette semaine, Jean-Michel Richer, qui chantera son premier Faust. Le baryton qui chante Valentin est un Coréen qui se produit pour la première fois au Canada. C’est toujours une question de trouver les bons chanteurs pour l’opéra que je veux faire ou de trouver le bon opéra en fonction des chanteurs qui sont disponibles.»

«Depuis que je fais de la musique comme petit chanteur ou comme pianiste accompagnateur de classes de chant, j’ai développé une affection pour le chant et l’opéra. La voix m’a toujours accompagné dans mon parcours: j’ai fait plus d’une centaine d’opéras. Je mène depuis je ne sais combien d’années une carrière comme chef symphonique et comme chef lyrique. J’aime faire les deux qui, je trouve, se nourrissent l’un de l’autre.»

Pour ce qui est de la saison qu’il a élaborée comme une façon de se rappeler à notre bon souvenir au cours de la prochaine année, il l’estime à l’image de ce qu’il a fait avec l’OSTR depuis douze ans. «C’est une saison que j’estime assez originale ce qui n’est rien de nouveau pour nous parce qu’on présente des programmations originales depuis longtemps, mais je dirais aussi que c’est une saison brillante à bien des égards avec des oeuvres comme Les Planètes, Carmina Burana ou le concert dédié aux musiques de films. En même temps, il y a de la substance avec les concerts consacrés à l’intégrale des Concertos pour piano de Beethoven. C’est toujours un équilibre que j’ai cherché à présenter depuis des années en offrant des choses que le public aime entendre et des découvertes.»

«Exemple assez éloquent, je pense au concerto pour harmonica de Denis Lessard L’astronote que j’ai inclus dans le concert d’ouverture de la saison Aux frontières du cosmos avec Star Wars: Suite et Les Planètes de Holst.»

À noter par ailleurs que Jacques Lacombe sera aujourd’hui même l’objet d’un grand honneur puisqu’il recevra à Trois-Rivières, la médaille du Lieutenant-Gouverneur du Québec pour mérite exceptionnel.