Le quintette mauricien Perséide présente son tout nouvel album intitulé Parmi les arbres et lancé officiellement le 11 octobre dernier à l’église St. James. Les créateurs en sont, de gauche à droite: Olivier Durand, Samuel Millette, Louis-Philippe Cantin, Guillaume Trépanier et Daniel Quirion.

Invitation au voyage intérieur de Perséide

TROIS-RIVIÈRES — L’innovation a ceci de fascinant qu’elle ramène souvent à la vie le passé pour en faire ressortir la pertinence. La démarche du groupe musical mauricien Perséide en témoigne avec éloquence à travers l’album Parmi les arbres que le quintette vient de lancer.

S’il faut lui accoler un style, parlons de rock psychédélique et/ou progressif qu’on pourrait croire sorti directement de la fin des années 60 ou début 70. Avec les sons typiques de l’orgue Farfisa, du Mellotron, de guitare électrique à douze cordes ou de sitar et la nature immersive et méditative de la musique, on a l’impression de plonger 50 ans en arrière. Pourtant, il s’agit de la démarche de cinq musiciens mauriciens dans la vingtaine à la recherche d’un son qui corresponde tant à leurs valeurs qu’à leurs goûts. Les protagonistes du projet sont Louis-Philippe Cantin, Olivier Durand, Samuel Millette, Guillaume Trépanier et Daniel Quirion.

«J’aime plein de styles musicaux, explique Louis-Philippe Cantin, mais quand j’ai entendu des groupes psychédéliques des années 60 et 70 ou d’autres qui font revivre cette musique comme Temples, The Black Angels, The Brian Jonestown Massacre, ça a vraiment provoqué un déclic dans mon cerveau. C’est comme si je comprenais d’emblée comment écrire cette musique et que je ne voulais pas écrire autre chose.»

Le style a toujours eu ses fans relégués pendant quelques décennies à la marginalité. La résurgence de valeurs qui avaient cours il y a cinquante ans dans un mouvement de contre-culture lui redonne une légitimité. «C’est une musique immersive qui propose un voyage intérieur. C’est d’abord apparu dans le cadre d’un courant social qui prônait davantage d’ouverture d’esprit dans une volonté de contrecarrer des événements comme la guerre du Vietnam. On vit aujourd’hui encore une époque assez oppressante qui justifie une volonté de décrocher du système, de prendre le temps de vivre au rythme de la nature, de simplement contempler un arbre.»

«J’ai écrit les paroles des chansons dans cet esprit selon l’idée d’un dialogue entre des personnages dont l’un prend l’autre par la main et l’entraîne dans le bois pour savourer un moment de répit: ne plus se poser de question et adopter un rythme contraire à celui que la société nous impose. Ça se traduit notamment par de longues chansons pas mal à contre-courant de ce qui se fait un peu partout.»

«En même temps, c’est un mouvement musical qui se manifeste à travers le monde avec des groupes comme Tame Impala ou Corridor, ici au Québec. De gros événements musicaux internationaux se consacrent à la musique psychédélique: c’est énorme comme mouvement à l’échelle de la planète.»

Le psychédélique de Perséide se nourrit d’abord d’une attitude qui trouve notamment son carburant dans la recherche d’un son au plus près de ce qu’on connaissait il y a cinquante ans. Les jeunes musiciens ont trouvé des instruments d’époque avec les contraintes qu’ils imposent. «On pourrait reproduire le son fidèlement avec la technologie d’aujourd’hui mais la recherche du vintage participe à notre vision un peu romantique de cette musique, soutient l’auteur. C’est aussi une façon de créer l’attitude qui donne naissance à cette musique.»

Le processus de création du groupe est initié par Louis-Philippe Cantin, parolier, qui arrive auprès de ses camarades avec des squelettes de chansons auxquelles les autres apportent leur contribution. C’est pourquoi toutes les musiques sont officiellement collectives alors que la réalisation a été confiée à David Bujold. Entre le premier album EP de 2016 et aujourd’hui, le groupe a défini son identité, affermi son style grâce notamment à l’apport de Daniel Quirion, claviériste. «Le groupe avait déjà son univers auquel j’ai complètement adhéré, explique celui qu’on a vu dans d’autres groupes dont Cosmophone. On apporte tous nos idées jusqu’à ce qu’on trouve ce qui fonctionne vraiment bien. C’est difficile à définir mais on peut buter longtemps sur un passage, une transition qui n’est pas à notre goût, avant de tomber sur une forme qui nous met d’emblée tous d’accord.»

Le nouvel album, lancé officiellement le 11 octobre dernier à l’église St. James, sera notamment disponible sous la forme vinyle le 25 octobre qui trouve ici sa pleine justification. «Ce n’est pas simplement un rappel des albums des années 70 mais le format en a influencé la confection. Comme il y a deux faces, chacune a sa personnalité propre. C’est comme une œuvre en deux actes distincts mais complémentaires. On a ajouté à l’enregistrement des sons captés en stéréo à l’extérieur, dans la nature. À la fin de l’écoute, si on laisse le disque tourner, on entend les sons de la forêt qui, si on ne lève pas l’aiguille du disque, reviennent en boucle. Ça ancre l’album quelque part.»

Parmi les arbres est disponible sur les principales plateformes numériques et sur le site Bandcamp du groupe. Par ailleurs, pour une expérience plus complète, une centaine de copies vinyles seront mises en vente mais rien ne vaut évidemment le spectacle en direct.