Le retour de Martin Matte sur scène avec son nouveau spectacle Eh la la..! tient du phénomène populaire. Il offre trois représentations consécutives à guichets fermés à la salle Thompson jusqu’à jeudi.

Inimitable Martin Matte

CRITIQUE / Martin Matte a été on ne peut plus présent auprès de ses fans au cours des dernières années par le biais de la télévision. Pourtant, son retour à la scène après sept ans d’absence constitue ni plus ni moins qu’un événement et mardi soir, il présentait le premier de trois spectacles consécutifs à guichets fermés à la salle Thompson avec Eh la la..! son nouveau bébé.

Le public n’a pas eu à attendre longtemps pour comprendre que le ton n’a pas tellement changé depuis Condamné à l’excellence. Le personnage de scène de Martin Matte est toujours l’incarnation de l’arrogance. Il a expliqué au tout début de la soirée que dès qu’il a décidé de refaire un spectacle solo, il a eu des doutes quand certains lui ont demandé comment il arriverait à surprendre le public. Il dit avoir trouvé la façon infaillible de surprendre: «En étant seulement moyen.» Le décor était planté.

Moyen, il ne l’est pas. Il est l’incontestable maître de l’ironie, son arme de prédilection, qui marque ce nouveau spectacle du début à la fin. Plus que jamais, peut-être. Il la pousse jusqu’au malaise, arrivant à chaque fois à dénouer le nœud par le rire. Il a eu beau s’éloigner des scènes, il a continué de peaufiner son art pour l’amener à un niveau plus élevé, quitte même à sacrifier un peu d’humour pur.

Un numéro reste en tête à la fin du spectacle parce qu’il l’illustre mieux encore que les autres. On n’en dévoilera évidemment pas la teneur mais disons que Matte parle de charité et de tous les prétextes qu’on se donne pour ne pas donner. Il en vient à comparer notre misère à celle d’Africains aux prises avec la faim. Il pousse l’audace à un point où il fait un gag terriblement grinçant sur la famine qu’il récupère immédiatement mais non sans laisser des traces. On le sent tester les limites et nous convaincre, du même coup, qu’il n’en a pratiquement pas. Il est à ce point habile et brillant.

Derrière cette ironie se cache une critique sociale qui n’est pas sans impact ni intérêt. Même que j’ai eu l’impression de reconnaître un peu de François Avard, son complice dans les textes. Autour de certains thèmes généraux, Matte raconte aussi des souvenirs plus personnels avec la scène surréaliste du mariage de son père à la toute fin de sa vie, un accident de vélo de son enfance ou sa vision de son rôle de père. Rien de tout cela n’est complètement vrai, bien sûr, et il embobine le public avec beaucoup d’adresse.

Évidemment, Martin Matte fait rire. Comme bien peu d’humoristes savent le faire, mais il a passé le stade de simplement divertir. Dans ses caricatures de notre mode de vie, il nous met la face dans notre bêtise. Oui il y a des grincements de dents mais c’est le prix que ça coûte. Quand il se lance dans son appréciation de Facebook et du vide qu’il génère souvent, bien sûr qu’on rit. Mais on ne peut pas ne pas être d’accord sur la vacuité d’un bonne part de contenu. Et quand il poursuit sur les menaces de mort dont il a fait l’objet pour des blagues idiotes mais sans conséquence, il faut bien être d’accord avec lui que ça fait parfois ressortir ce qu’il y a de pire dans l’être humain.

Mais la plus grande force de cet artiste, c’est son travail autour du texte. Les mimiques constantes, en cascades. Les mimiques multiples qui font passer toutes sortes de nuances au second degré. Martin Matte n’est pas revenu sur scène en dilettante: mardi soir, comme tous les soirs sans doute, il a travaillé comme une bête, enrobant chaque gag, chaque phrase, du ton et de la grimace nécessaires pour lui donner de l’impact. Il ne se donne pas une seconde de répit.

Sauf pour une pause de quelques minutes où il sort de scène prétextant un pépin technique, excuse pour présenter un sketch en vidéo où il tente de réparer son émetteur. Il nous ramène alors à sa série des Beaux malaises où ses tentatives de bricolage à la maison tournent à la catastrophe. Pas très original, donc, même si la scène est astucieusement introduite dans le spectacle.

S’agit-il du meilleur spectacle de Martin Matte? Je ne le crois pas. Son personnage constamment ironique finit par lasser un peu. Il est en déficit de sympathie auprès de ses spectateurs. On retrouve un peu trop le Martin Matte des Beaux malaises. Mais un succès aussi phénoménal que le sien ne peut mentir: il touche assurément une corde sensible dans le public et il ne fait aucun doute que personne ne joue cette corde mieux que lui. Personne.