Dans la pièce Antarctique Solo, Rémi-Pierre Paquin offre une performance convaincante.

Incursion au coeur de la tempête

C'était un beau défi que de reproduire, en plein été, l'aventure de Frédéric Dion en Antarctique. Un peu fou même. Pourtant force est d'admettre que l'exercice, aussi ambitieux soit-il, donne un résultat plutôt intéressant.
Frédéric Dion, le vrai, était d'ailleurs dans la salle pour assister à la première qui racontait une partie de ce périple complètement surhumain qu'il a fait pour atteindre le pôle d'inaccessibilité. La pièce s'ouvre au moment où l'aventurier originaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel perd son traîneau. Celui-là même qui contient tous ses vivres, sa tente et sa nourriture. S'amorce alors une course contre la montre dans un climat sans pitié. Vingt minutes le séparent d'une mort certaine s'il ne retrouve pas son traîneau qui sera rapidement enseveli sous la neige. Même si l'intrigue n'est pas de savoir s'il survivra ou non, la tension entourant cet enjeu demeure bien palpable tout au long de la pièce. Difficile de savoir avec exactitude l'état mental dans lequel on peut se trouver dans un moment aussi critique, mais on peut tenter d'imaginer.
La performance de Rémi-Pierre Paquin est convaincante. Même si on voulait passer à côté, c'est impossible. Impressionnant pour ce soir de première où il a livré avec un aplomb déconcertant la douzaine de milliers de mots écrits par Bryan Perro. La nervosité, on peut l'imaginer comme un loup noir affamé, n'a transparu à aucun moment de sa performance de 90 minutes.
Lorsque le comédien aura quelques représentations dans le corps, il est aisé de penser que la qualité du spectacle sera encore plus relevée, mais il est déjà impressionnant.
Pour raconter une épopée aussi spectaculaire dans une contrée aussi inhospitalière, il fallait bien faire les choses pour captiver le spectateur et surtout reproduire de manière convaincante l'environnement qui est, en quelque sorte, un important personnage de l'histoire. Ce n'est pas un décor classique ou familier. Peu ont mis les pieds sur ce continent, mais on peut bien s'imaginer les conditions. C'est comme un mois de janvier sur les stéroïdes. Terrible, n'est-ce pas?
La plateforme, qui sert de décor, a été ingénieusement confectionnée par les ateliers Némésis. Une réalisation assez convaincante pour faire croire au spectateur qu'il est en pleine tempête de neige dans un continent désertique... même si on est, ici, en pleine saison estivale... à tout le moins en théorie! Il convient de souligner toutes les astuces qui ont été mises en place pour permettre de donner vie au récit. Les désirs du metteur en scène, Pierre-François Legendre, se sont matérialisés habilement tout en évitant de tomber dans une création qui surexploite la machine à neige. Cette dernière est utilisée très modestement et efficacement.
Puisque l'histoire se promène beaucoup dans le temps et dans différents lieux, il fallait donc une scénographie efficace pour appuyer le tout. Pierre-François Legendre est assez expérimenté pour savoir que plusieurs écueils l'attendaient sur la route. Il les a habilement évités et, malgré quelques améliorations mineures qui seront sans doute apportées, la préparation méticuleuse rapporte gros.
Bon, ceci étant établi, il faut maintenir l'intérêt tout au long de ce récit. Le texte de Bryan Perro est ficelé d'informations qui permettent au spectateur de ne pas se sentir trop ignorant quand il y a des références très précises tirées du monde peu accessible des aventuriers.
Ces parenthèses altèrent un peu le rythme qui se bâtit mais demeurent essentielles pour suivre le fil de l'histoire.
Plus la pièce avance et plus on s'habitue à cette mécanique qui devient de plus en plus familière. La fin de vie de Green boots ou le Clean Air Sector sont sûrement bien connus des initiés mais pour le commun des mortels, les explications sont nécessaires. Elles sont à l'occasion accompagnées de projections vidéo sur le décor. Malheureusement, elles sont d'une efficacité inégale, surtout lorsqu'on prend place dans le fond de la salle.
Comme le décor est constitué de grandes toiles qui pourraient s'apparenter à des pétales de fleur, c'est ce qui forme la toile de projection, le relief fait parfois perdre la clarté des images. Le contraste devient évident quand Frédéric Dion (Rémi-Pierre Paquin) enregistre une vidéo qui est diffusée sur le fond de la scène. Sa grande qualité accentue le contraste avec certaines des autres utilisations qui en seront faites tout au long de la pièce. C'est l'une des rares faiblesses du spectacle.
Ce n'est certes pas du théâtre d'été conventionnel mais si la proposition vous intéresse, il y a fort à parier que vous aimerez. Même si la saison hivernale vous répugne, vous serez surpris par l'aventure et... vous en apprécierez que davantage le climat en sortant de la salle de la maison de la culture Francis-Brisson. C'est jusqu'au 19 août, les jeudis et vendredis à 20 h 30 et les samedis à 16 h et 20 h 30.
«Du bonbon»
«Quand tu prends du bon et du bon et que tu le mets ensemble, ça fait du bonbon.» C'est en ces mots que Frédéric Dion résumait sa joie de voir la pièce qu'il a inspirée être présentée, non seulement tout l'été à la maison Francis-Brisson,  mais aussi à une vingtaine de reprises à travers le Québec.
Il soulignait le travail de toute l'équipe qui a mis la main à la pâte pour mettre en scène cette aventure plus grande que nature.
«C'est fantastique, extraordinaire! Il y a eu plein de belles surprises ce soir.» Si l'aventurier a apprécié l'interprétation qui a été faite de ce moment angoissant où il a perdu le traîneau qui contenait tous ses vivres lors de son expédition solo en Antarctique, il avouait cependant ressentir un certain détachement.
«C'est comme si mon aventure ne m'appartenait plus. Un peu comme une chanson qui, une fois qu'elle est écrite, appartient à l'humanité et elle va être reproduite de différentes façons.»
Il y avait un petit côté éclaté à cette version écrite par Bryan Perro et mise en scène par Pierre-François Legendre. Quand on le questionne sur ce qu'il a pensé du travail de Rémi-Pierre Paquin, il souligne d'ailleurs ce petit côté... givré.
«Il y a une part de moi et une part de folie en moi, comme ça. Ce n'est pas moi», lance-t-il en riant. «C'est une belle folie, je me reconnais dans ce genre de folie là.»
C'est avec les épaules beaucoup moins lourdes que Rémi-Pierre Paquin s'est pointé après la première d'Antarctique Solo. «J'étais nerveux», ne cache pas le comédien d'expérience qui en était néanmoins à sa première interprétation solo.
«C'est un build up depuis des mois. Un show solo, c'est une montagne! C'est comme une petite maison. Tu enfonces chaque clou et quand tu constates que la planche tient, tu peux continuer. Un moment donné ça donne un tout. Ce soir, la draft de vent est arrivée et j'ai constaté qu'elle a tenu le coup. Je vais la fignoler mais ça marche.»
Un soupir de soulagement également partagé par Pierre-François Legendre qui l'a dirigé dans cette aventure. «Je l'ai trouvé vraiment solide. J'étais vraiment fier de lui. Il s'est planté les pieds et il a dit: ''Moi, je vais vous raconter une histoire.'' C'est un peu spécial ce qu'on fait comme show. Une histoire vraie qui mélange aventure, anecdote, émotion... et amour!»
Si le metteur en scène était particulièrement fier du résultat final, il confiait toutefois que les remises en question étaient du genre... tenaces.
«Un moment donné tu te demandes ce que tu es en train de faire là! Tu as le goût de tout laisser tomber pour faire une histoire qui se passe dans une cuisine. Un moment donné j'avais un peu le vertige. On a gardé le cap quand même et ce soir, j'ai réalisé que ça avait sa raison d'être. On raconte quelque chose qu'on voit rarement au théâtre, avec nos petits moyens.»
Au final, il était catégorique, après avoir tâté la réaction des gens, cette pièce avait totalement sa raison d'être.