Le comédien trifluvien Laury Huard propose une balade dans le bois comme vous n’en avez jamais faite dans le passé avec Immersion sylvestre.
Le comédien trifluvien Laury Huard propose une balade dans le bois comme vous n’en avez jamais faite dans le passé avec Immersion sylvestre.

Immersion sylvestre: une expérience singulière et riche

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – Le rendez-vous est fixé à la ferme Jardins Huard de Pointe-du-Lac. Laury Huard y attend les participants pour les entraîner dans une expérience très singulière qu’il a simplement mais très judicieusement intitulée Immersion sylvestre.

Il s’agit, somme toute, d’une balade dans le bois que mène le comédien diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2016. Pendant quelque 45 minutes, il entraîne ses invités à la découverte des habitants de la forêt mais aussi de la poésie et du conte.

C’est une promenade mais c’est aussi un spectacle théâtral, puisqu’il faut le catégoriser. Cela dit, il se démarque totalement de l’idée traditionnelle qu’on se fait du théâtre. Dans cette formule, les spectateurs sont participants. Ils sont invités par l’animateur à le suivre dans les sentiers plats, larges et dégagés mais chacun est libre de se laisser toucher par l’environnement dans lequel il se fond.

Laury Huard propose quelques histoires sympathiques sur lesquelles il saupoudre de petits éléments didactiques, joue quelques airs d’harmonica, déclame une poésie non narrative. Mais surtout, le concepteur laisse chacun à ses rêveries et impressions dans cette rare rencontre avec les êtres vivants qui nous sont peut-être les plus familiers mais qu’on ignore pourtant constamment : les arbres. Cette marche, c’est dans leur monde qu’on la fait; nous y sommes les étrangers.

Immersion sylvestre est un spectacle inattendu, détonnant, déroutant par moment mais baignant toujours dans la bienveillance. Quand la trame semble vouloir s’égarer dans l’abstraction, le comédien ramène son public au concret avec des histoires. Quarante-cinq minutes, c’est court, mais jamais n’a-t-on cette impression qu’on peut parfois avoir au théâtre traditionnel d’être captif de ce que les comédiens interprètent. Dans Immersion sylvestre, chacun est son propre auteur et même interprète.

Ce type de théâtre qui nous est plus familier en zone urbaine s’accommode volontiers de la nature. La poésie y devient plus pertinente, offrant des pistes de réflexion, de rêverie inspirée par le monde sylvestre que, pour ces quelques minutes de rencontre, on perçoit moins comme une ressource à assujettir que comme une présence à apprécier.

«Avec La Ruée, explique le concepteur et interprète, nous sommes beaucoup dans une nouvelle façon de concevoir l’expérience du spectateur non pas comme quelqu’un qui regarde et qui reçoit mais quelqu’un qui construit l’oeuvre avec le spectacle. Ce n’est certainement pas révolutionnaire mais pour Trois-Rivières, c’est une forme assez inédite, je crois.»

«Ça part d’un texte que j’ai appris pendant le confinement, le poème Arbres de Paul-Marie Lapointe et quand je suis revenu à la maison familiale cet été, j’ai senti que ça pouvait se développer dans un spectacle. Dans cette immersion, je suis quelque part entre le guide et le comédien. Je marche sur la ligne entre le guide d’une balade et le comédien qui interprète un texte et qui aborde le conte également.»

Comme son poème n’est pas narratif, il est une inspiration offerte aux auditeurs pour qu’ils créent leurs propres images. «La narration qui prend forme, elle le fait à partir de ce que le spectateur apporte et construit à travers ce qu’il perçoit de la forêt. L’idée n’est pas de le diriger mais d’être davantage un point de repère, l’initiateur d’une expérience intime de chacun avec la forêt.»

«Ça reste un spectacle qu’on a conçu très rapidement dans le cadre de la pandémie et qui va demeurer évolutif. Mis à part les moments de conte, il y a un flou dans lequel j’ose croire qu’il est agréable de se laisser aller.»

Présentement aux études pour l’obtention d’une maîtrise en dramaturgie en art et espace public à Marseille, où il retournera bientôt, le comédien trifluvien a trouvé dans Immersion sylvestre une application de son domaine d’étude qui rejoint non seulement un élément fondamental de notre identité québécoise mais également quelque chose de profondément personnel puisque cette forêt qu’il explore avec les visiteurs est celle qu’il a lui-même parcouru dans son enfance. D’où sa sympathique ferveur dans l’accompagnement.

Immersion sylvestre est une expérience unique qui ne sera réservée qu’à quelques chanceux puisqu’elle ne sera présentée encore que six fois, incluant samedi soir, mais les deux balades sont déjà complètes. Retour cependant les 14 et 15 août avec départs à 17h et 18h. On doit réserver en appelant au 819-377-5609.

Le plus étonnant dans tout ça, c’est que c’est gratuit.