Babanou (Gabriel Godbout), en génie et Léa (Amélie Morissette) de disputent le vase magique dans la comédie Le génie amoureux que le Théâtre des Nouveaux Compagnons présente à la Maison de la culture.

Idéal pour chasser la grisaille

CRITIQUE / Après avoir notamment exploité le drame noir et lourd au cours de la saison avec Le Pillowman, c’est sur une note à l’autre bout du clavier que les Nouveaux Compagnons ont décidé de laisser leurs spectateurs cette saison avec la comédie légère Le génie amoureux, mise en scène par Robert Turcotte.

Une belle idée. Et d’avoir puisé dans le répertoire québécois en était une autre. Pas de problème de ton, de références, d’interprétation; juste du divertissement. Or, le pari est plutôt bien relevé.

Dans cette pièce typique du théâtre d’été, les spectateurs s’amusent, les comédiens aussi et on a aussi l’impression que le metteur en scène s’est également payé du bon temps avec quelques propositions loufoques et des éléments de mise en scène particulièrement réussis.

Situons d’abord les choses. Léa et Lili, deux adeptes de nage synchronisée, se retrouvent dans une maison où les attend leur entraîneuse. Lili a acheté un vase quelconque dans un encan. Or, il en sort un génie qui n’apparaît que pour celui ou celle qui a frotté le vase. Quand il aperçoit Lili qui, elle, ne le voit pas, le génie tombe raide amoureux. Mais il n’a pas le droit à l’amour humain sous peine de perdre ses pouvoirs. Par contre, il a le droit de tenter de répondre aux vœux des personnages qui peuplent cette maison. La pièce est donc faite de quiproquos, d’amour à conquérir et d’humour. Surtout d’humour.

Pour en revenir à la mise en scène, quelques effets et scènes méritent qu’on s’y attarde. Les apparitions du génie avec la fumée de circonstance ne réinventent rien mais fonctionnent impeccablement. Quelques effets combinés d’éclairage et de son pour donner forme à la magie sont assez remarquables également. La scène du premier baiser que s’échangent Lili et le génie, Babanou pour les intimes, est particulièrement jolie et réussie. C’est plein de tendresse puérile et touchante.

Et puisque c’est d’abord et avant tout une comédie, chapeau bas pour la trouvaille du tapis volant un peu indiscipliné. C’est aussi drôle qu’astucieux.

Bien sûr, pareille comédie fantaisiste fonctionne d’abord et avant tout par ses interprètes parce que la marge de manœuvre des comédiens est très grande. Adamo Ionata a parfaitement compris le genre et survole littéralement cette distribution en jouant son personnage de Louis avec tout ce qu’il faut d’excès et d’outrance vaudevillesque. Non seulement tire-t-il le meilleur parti de son personnage mais il rend les autres meilleurs, semant même à certaines occasions une certaine folie sur la scène.

Un des meilleurs moments de la pièce arrive en fin de première partie dans un duo loufoque entre son personnage de Louis et Babanou. Les deux se relancent à qui mieux mieux sous la gouverne quand même de Ionata, brillant meneur.

Gabriel Godbout offre un génie bien maîtrisé. J’ai quand même trouvé qu’il pourrait se laisser aller davantage dans le cabotinage. Un personnage de pure fantaisie offre un cadre si large qu’il laisse à son interprète énormément d’espace pour s’éclater sans souci de la vraisemblance. Godbout maîtrise le texte et le rôle, il ne lui reste plus qu’à s’abandonner un peu plus dans le pur aspect comique de son Babanou. Il s’offre d’ailleurs un numéro de bravoure dans une danse déjantée qu’il livre à sa belle où il est franchement très drôle.

Autour de ces deux pivots de la pièce, la distribution tient le coup avec une mention très spéciale pour Camille Beauchemin, en Lili, qui démontre une présence vraiment très juste. Elle est la seule qui n’a pratiquement pas de responsabilité comique mais elle offre une candeur de jeune première franchement convaincante.

Si le texte prend du temps à trouver un rythme humoristique en début de pièce, une fois que le personnage de Louis prend les choses en main, on sent que ça débloque. La seconde partie est nettement plus rythmée et avec juste un peu plus d’abandon des interprètes, quelque chose qui va se développer au fil des représentations, on aura une comédie fort réjouissante. Les 75 personnes présentes à la première ont manifestement beaucoup apprécié. C’est vrai que Le génie amoureux fait beaucoup sourire et rire franchement à quelques occasions. Ça fait du bien.

La pièce sera présentée de nouveau vendredi et samedi à 20 h de même que dimanche à 14 h 30 alors qu’on reprendra les représentations les 19, 20 et 21 avril en soirée à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.