Le créateur d’Amos Daragon, Bryan Perro, ainsi que le président d’IceWorks animation, Sylvain Viau, déplorent la décision de Québec de ne pas accorder de garantie de prêt afin de permettre la création de 26 épisodes supplémentaires de la série Amos, chasseur de masques.

IceWorks s’insurge contre le refus de Québec

Même si la Coalition avenir Québec supportait la cause d’IceWorks animation, elle a finalement rejeté la demande de soutien financier que l’entreprise lui a adressée il y a quelques mois de cela. Plusieurs acteurs du milieu magogois ont témoigné mercredi de leur frustration à l’égard de la décision du gouvernement provincial dans ce dossier. Mais le dernier acte de cette saga n’est peut-être pas encore joué.

« Nous avions espéré l’appui du nouveau gouvernement Legault, d’autant plus que certains de ses membres avaient laissé entendre, avant d’être élus, que nous pouvions compter sur eux. Il semble toutefois que le ministre se fasse conseiller par de hauts fonctionnaires qui ne comprennent pas les enjeux de notre secteur d’activité », a déclaré le président d’IceWorks, Sylvain Viau.

M. Viau a réuni une équipe de 45 personnes, à Magog, pour créer les 13 premiers épisodes d’une série d’animation inspirée par le personnage d’Amos Daragon, mis au monde par l’écrivain Bryan Perro et connu mondialement. Radio-Canada et TFO se sont déjà engagées à diffuser ces épisodes.

Afin d’ajouter 26 épisodes supplémentaires à la série Amos, chasseur de masques, le président d’IceWorks animation souhaitait obtenir une garantie de prêt de 2,9 millions $ de la part d’Investissement Québec, un organisme rattaché au gouvernement provincial.

« S‘il n’y a pas de revirement d’ici un mois, nous devrons abandonner ce projet à Magog et évaluer d’autres options comme offrir cette propriété purement québécoise à des intérêts étrangers. Cette solution entraînerait la mise à pied de 45 professionnels très qualifiés et extrêmement créatifs », déplore Sylvain Viau.

Bryan Perro a pour sa part confirmé qu’il est prêt à vendre les droits de la série Amos, chasseur de masques à l’étranger. « Au besoin, je vais faire travailler des Coréens, des Japonais ou des Chinois. Les 13 magnifiques épisodes en création seront fantastiques pour trouver un acheteur hors Québec », a-t-il lancé, en révélant que des représentants de 17 pays ont déjà démontré de l’intérêt envers la série d’animation.

Mairesse de Magog, Vicki-May Hamm n’a pas caché sa déception lors de la conférence de presse organisée pour dénoncer la décision des autorités gouvernementales. « Je ne comprends pas comment on peut penser développer les régions si le gouvernement bloque les projets économiques mobilisateurs et créateurs d’emplois de qualité au sein de celles-ci », a-t-elle affirmé.

De l’avis de Mme Hamm, le potentiel de développement du produit Amos Daragon est aussi intéressant que celui d’Harry Potter, un autre personnage issu de la littérature jeunesse qui se passe aujourd’hui de présentation.

La déception de Vicki-May Hamm est partagée par Richard Bélanger, président de Magog technopole. « Il serait inconcevable que le gouvernement n’appuie pas un projet supporté par des investisseurs privés croyant à son très grand potentiel et à sa portée sur la scène internationale », déclare-t-il.

Magog technopole est à l’origine de la croissance rapide du secteur des technologies de l’information et des communications à Magog. Dès son implantation en sol magogois, IceWorks a pu compter sur le « soutien constant » de cet organisme créé par la Ville de Magog dans le but de diversifier l’économie locale.

Culturel ou économique

Le président d’IceWorks prétend que la demande de garantie de prêt qu’il avait acheminée a été refusée parce que son entreprise œuvre dans l’univers de la culture. « Mais on est à la fois culturel et économique », affirme-t-il.

À ce sujet, M. Viau a envisagé de réclamer une aide auprès d’un fonds culturel du gouvernement provincial. Il a cependant constaté qu’il ne pourrait pas obtenir la garantie de prêt désirée grâce aux programmes gouvernementaux élaborés pour supporter le milieu de la culture.

« On m’a aussi dit qu’il n’y a pas d’argent privé dans mon projet de série d’animation. Pourtant, monsieur Guy Lamarre a injecté de l’argent dans celui-ci, tout comme moi et Bryan Perro. »

Dans la foulée, Sylvain Viau a décrié le soutien financier accordé à des compagnies concurrentes provenant de l’étranger. « Investissement Québec est capable de donner des sommes astronomiques à des entreprises étrangères venant s’installer ici, mais pas aux Québécois, et nous on dépérit peu à peu. Il y a une erreur de jugement là-dedans. Des gens pensent qu’on n’est pas en mesure d’amener de l‘économie », juge-t-il.

Cela dit, la communauté n’a pas complètement perdu espoir. La mairesse de Magog mentionne d’ailleurs croire encore à un revirement de situation. « Je suis de nature positive. Le gouvernement a sûrement de la marge de manœuvre », lance Mme Hamm.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec

La porte demeure ouverte, assure Fitzgibbon

Le gouvernement du Québec pourrait vraisemblablement adopter un décret afin d’octroyer directement à IceWorks la garantie de prêt qu’elle souhaite obtenir. Mais le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, laisse entendre qu’une telle approche risquerait de créer une forme de précédent et il juge que cela « ne serait pas justifié ».

Concernant Investissement Québec, M. Fitzgibbon assure que cet organisme n’est pas en mesure d’accorder lui-même à IceWorks la garantie de prêt qu’elle désire dans le cadre de ses « programmes normés ».

Toutefois, cela ne signifie pas que le gouvernement provincial demeurera les bras croisés devant les difficultés de l’entreprise magogoise. En effet, il n’est pas impossible que Québec puisse jouer un rôle dans ce dossier, mais il est trop tôt pour se prononcer à ce sujet.

« J’ai discuté avec un représentant de Magog technopole récemment et je lui ai dit que nous serions peut-être capables d’aider si des enjeux de capital existaient dans ce dossier. Mais c’est difficile de savoir si c’est une solution adaptée. Personne au Ministère n’a vu les états financiers de cette entreprise, dont le projet semble porteur », explique Pierre Fitzgibbon.

Dans la foulée, M. Fitzgibbon note que le dépôt d’une demande au Fonds capital culture constitue une autre avenue pour IceWorks. Il soutient que ce fonds pourrait être d’une réelle utilité pour la PME culturelle.

Quant à lui, le député d’Orford, Gilles Bélanger, assure qu’il continuera à suivre le dossier de près. « Ça fait deux ans que je m’intéresse à IceWorks. J’ai participé à la création de 500 emplois à Magog ces dernières années. Je n’ai pas l’intention de lâcher et je vais poursuivre mes efforts », promet-il.

M. Bélanger est cependant forcé d’admettre qu’il n’aura pas le dernier mot dans ce dossier. « Je n’ai pas de budget discrétionnaire qui me permettrait de tout régler. Mais je suis allé en politique pour créer plus d’emplois dans ma région et ça reste mon but », dit-il.