Sans surprise, c’est par un côté ludique et humoristique mais pas dénué de propos sérieux que Boucar Diouf, deuxième à partir de la gauche, fait son entrée au Musée POP en compagnie des sculpteurs Gaétan Berthiaume (extrême gauche) et Marie Annick Viatour (deuxième à partir de la droite) dans la nouvelle exposition Quand Boucar Diouf s’intègre au bois... Ils sont en compagnie de la directrice du Musée Valérie Therrien.

Humour et sagesse

TROIS-RIVIÈRES — L’humoristique sagesse de Boucar Diouf a trouvé son pendant visuel avec la rencontre du duo de sculpteurs Viatour-Berthiaume et cette union les a entraînés tous trois au Musée POP dans une exposition intitulée Quand Boucar Diouf s’intègre au bois... qui sera présentée jusqu’au 11 novembre prochain.

L’exposition s’inscrit parfaitement dans la programmation du Musée par son côté léger, ludique qui n’arrive pas à faire oublier un propos intéressant, fort pertinent et qui porte à la réflexion. À la base, convient-il de préciser, les sculpteurs Marie-Annick Latour et Gaétan Berthiaume ont été inspirés par les propos de Boucar Diouf tant dans ses spectacles que sur les différentes tribunes dont il profite. Eux qui se spécialisaient déjà dans les sculptures inspirées de jouets en bois ont trouvé chez le scientifique humoriste une approche et un contenu qui leur a donné plein d’idées.

Dans le processus créatif menant à l’exposition, Diouf a été appelé à boucler la boucle créative en composant un court texte inspiré par chacune de la quinzaine d’œuvres que compte l’exposition comme les sculptures avaient elles-mêmes été inspirées par ses textes.

Au final, on a un original amalgame de deux cultures alors que les origines sénégalaises de Boucar Diouf se marient à son identité québécoise désormais pleinement assumée. On pense à une pièce phare, celle d’un petit troupeau de bovidés minuscules dispersés sur ce qui apparaît comme des dunes de sable et qui, avec le recul, forment une arachide. Dans une autre, les sculpteurs ont créé un zébu avec de petites branches de bois mais dont une partie du tronc est formé par une canette de sirop d’érable.

Tout cela est plein de fantaisie, d’idées, d’humour qui n’empêchent en rien le message. On y parle d’intégration de l’étranger, de rencontre avec la différence, de protection de l’environnement, de la pollution, de la force du collectif.

«Nous sommes allés piger dans tout ce que Boucar fait, explique Gaétan Berthiaume, et on a réfléchi à son matériel. C’est finalement tout son univers qui nous a inspirés parce qu’on ne parle pas de lui spécifiquement mais plutôt de ses thématiques.»

«C’est un mariage, ajoute Marie-Annick Viatour. Nous, nous amenons le côté ludique de nos sculptures. Bien sûr, nous travaillons toujours le bois mais c’est aussi typique de notre travail de donner beaucoup de couleurs aux œuvres. Ce sont justement ces couleurs qui donnent, je crois, l’impression que ce sont des jouets alors que ce sont véritablement des sculptures.»

«Je me dois d’ajouter qu’elles ont une grande profondeur, aussi, de spécifier Boucar Diouf, muse des artistes visuels. Moi aussi, j’écris avec une approche très ludique, mais dans cette exposition, on a d’abord l’impression qu’il s’agit de jouets mais quand on s’approche pour regarder de plus près, on remarque une profondeur dans le propos et une recherche importante.»

«Nous avons déjà abordé des thèmes dramatiques dans notre travail comme quand nous nous sommes inspirés du livre Ru de Kim Thuy, mais encore là, avec nos sculptures jouets, nous les avons abordés avec un côté ludique. Dans ce cas, les touches d’humour de Boucar nous donnaient une inspiration qui nous permettait d’y aller vraiment à fond.»

«Moi, poursuit Boucar Diouf, je vois tout ça comme de petits pans de mon histoire et j’ai écrit des textes pour dire ce que je ressens en voyant les œuvres. Je me sens très privilégié que ce que je fais soit souligné par ces artistes mais je le vois essentiellement comme une tape dans le dos de la part de voisins qui me disent: «Boucar, tu es des nôtres.»»

À noter que l’exposition comporte également un film qui documente le travail des sculpteurs et qui constitue, selon ces derniers, la meilleure introduction à l’exposition qui prend, après le visionnement, un tout autre sens.