Dans la peau de Cyrano, ce géant doté d’une infinie tendresse, Hugo Giroux trouve un défi exaltant. La pièce sera présentée à Shawinigan le 8 novembre prochain.

Hugo Giroux: le rôle de ses rêves

TROIS-RIVIÈRES — C’est un interprète extrêmement fébrile et heureux que les amateurs de théâtre de la région verront sur la scène du Centre des arts de Shawinigan le 8 novembre prochain en assistant à la présentation de Cyrano de Bergerac avec Hugo Giroux dans le rôle titre.

On l’imagine volontiers, c’est un personnage que le gaillard rêvait d’interpréter depuis longtemps. «Je l’ai découvert quand j’avais à peu près 13 ans alors que j’ai lu la pièce. À cette époque, je ne me trouvais pas beau et ce magnifique personnage est arrivé comme une révélation. C’est demeuré une de mes pièces préférées avec Bérénice de Racine et d’autres de Rabelais. En plus, ça tombe parfaitement à point dans ma carrière: j’avais besoin d’un défi comme celui-là.»

Dire que le comédien en est heureux est un euphémisme: il semble intarissable tant sur la pièce que sur le personnage. Sa carrière roule pourtant à plein régime avec des rôles importants et populaires à la télévision (O’, District 31) mais il pourra interpréter ce rôle de rêve pendant plus d’une centaine de représentations grâce à la compagnie La Comédie humaine. «La compagnie produit des spectacles qui sont offerts aussi bien au public étudiant qu’au grand public. Ça nous donne la chance de jouer beaucoup et partout à travers le province. On a débuté la tournée il y a quelques jours et les réactions sont vraiment extraordinaires.»

«Ce qui est fabuleux de ce personnage, c’est qu’il offre tout ce qu’un comédien veut jouer: il y a des combats à l’épée, un texte magnifique, de la grandiloquence mais surtout, beaucoup d’émotions. Cyrano est aussi flamboyant et héroïque qu’il est vulnérable. C’est un être plus grand que nature mais aussi un être d’une infinie tendresse derrière son enveloppe extérieure.»

La pièce a toujours été une préférée du public depuis sa création au XIXe siècle. Or, elle est tout aussi pertinente et peut-être même davantage aujourd’hui soutient le comédien. «D’abord, c’est une pièce sur l’amour, un sujet qui transcende les époques. En cette ère où l’apparence prend tant d’importance, je trouve que c’est plus actuel que jamais. Cyrano estime qu’il n’a pas le droit d’aimer cette femme dont il rêve parce qu’il est trop laid. Il découvrira pourtant, mais trop tard, que l’amour lui était accessible.»

Le rôle a été défendu par les plus grands interprètes. Au Québec, Guy Nadon en a offert une incarnation mémorable, comme Patrice Robitaille plus récemment. «J’ai vu plein d’acteurs interpréter le personnage et j’ai été renversé par leur version mais sans prétention, je ne suis pas intimidé par ça. Chacun lui apporte ce qu’il a à lui donner et je fais mon Cyrano à moi, différent des autres, forcément. Pour moi, c’est l’émotion du personnage qui prime. Je veux que les spectateurs soient émus par sa vulnérabilité d’amoureux malheureux. Il y a de beaux moments d’émotions également dans ses confidences auprès de Le Bret, son ami.»

Le texte, que présente cette adaptation de Martin Lavigne mise en scène par Michèle Deslauriers, a été raccourci pour le faire passer des trois heures de la version originale à une heure et demie. «On n’a touché à rien d’essentiel, assure Giroux. Tout ce qui est important est là. On a coupé dans les scènes avec Raguenot à la pâtisserie, par exemple, ou dans les interactions avec la Compagnie des Gascons qui ne modifient rien à l’intrigue mais ça n’altère jamais quoi que ce soit d’essentiel. Des spectateurs nous ont même dit qu’ils n’avaient pas constaté les coupes sauf pour ce qui est de la durée.»

Pour ce qui est des textes en alexandrins, ils n’ont pas constitué de défi tellement important pour l’interprète. «J’ai été formé au Cégep de Saint-Hyacinthe où on a travaillé nos classiques. Pour moi, le secret, c’est de transcender l’aspect technique de la déclamation pour se concentrer sur le sens des paroles. C’est un texte magnifique mais dans un français très accessible. Tout ce que je veux, c’est que ce soit beau et que le public en arrive même à oublier que ce sont des vers. On a déjà fait le spectacle devant des écoliers et je peux dire qu’ils sont touchés. C’est ce qui compte à mes yeux.»

«Je suis un gars plutôt modeste, les gens du métier vous le confirmeront, et c’est sans prétention que je peux dire que j’étais prêt pour ce rôle, pour le nourrir de ce que j’ai à lui donner. C’est un immense bonheur de le présenter à chaque fois.»