Hubert Lenoir n’a pas mis beaucoup de temps à s’approprier son personnage.

Hubert Lenoir: provocant, délirant et talentueux

TROIS-RIVIÈRES – Hubert Lenoir en était à son tout premier spectacle à Trois-Rivières vendredi soir au Cabaret de l’Amphithéâtre. Le baptême a été à l’image du personnage: déjanté, excessif, provocateur et, ma foi, pas mal intéressant à vivre.

La première partie a été assurée par Anatole, un choix qui ne tient pas au hasard. L’auteur et compositeur a des points en commun avec la star de la soirée. Même présence en scène exaltée, même attitude quelque peu suffisante, même volonté d’habiter la scène plus que les chansons. S’il n’a pas révélé un talent musical similaire à celui qu’il précédait, il a fait les choses avec un certain panache.

Une vraie mise en bouche pour Hubert Lenoir, en somme. Quoique, quand on parle de mise en bouche dans son cas, ça peut suggérer pas mal de choses...

Reste qu’on ne pouvait pas être parfaitement préparés à recevoir Hubert Lenoir. Et quand on dit recevoir, c’est dans le sens de le recevoir en pleine gueule.

Le p’tit gars de Beauport n’avait pas attiré une très grosse foule mais les gens qui étaient là étaient, pour une grande majorité, des fans. Fans de lui, de sa musique mais surtout, pour une importante majorité d’entre eux, de ses excès.

Lenoir n’a pas mis tellement de temps à s’approprier son personnage. Arrivé sur scène la tête recouverte d’un fichu puis d’un chapeau et d’une blouse blanche. Chapeau et fichu ont pris le bord à la première chanson, Fille de personne II déjà et la blouse n’est partie qu’à la quatrième. C’était comme le signal qu’à partir de là, le yacht ayant pris sa vitesse, l’aiguille du tachymètre allait demeurer dans le rouge jusqu’à la fin.

Hubert Lenoir a dépensé l’énergie sauvage qui l’habite autant sous la forme de la révolte brute que du plaisir adolescent de choquer par pure provocation. Il y a assurément des deux chez lui. On sent clairement dans certains excès qu’ils se nourrissent d’une rage profonde. À d’autres moments, on constate qu’il cherche à choquer sans vraie justification.

Ce qui ressort constamment de ce grand jeu reste, malgré les dérapes musicales, pas mal réjouissant. Dans un monde formaté, dans une industrie lisse et désespérément sage, il apporte une jubilatoire rébellion. Il y a longtemps, semble-t-il, qu’on a vu quelqu’un brasser les conventions comme il le fait. Quand tout le monde dort, il faut bien que quelqu’un crie à un moment donné, ne serait-ce que pour s’assurer que si le feu prend vraiment, on saura se réveiller. Hubert Lenoir est un avertisseur de fumée au moment du changement d’heure.

Bonne nouvelle: une bonne part du public venu l’entendre a compris l’aspect libérateur de sa démarche et y adhère furieusement. Le monde n’est pas perdu!

Tant pis si Hubert Lenoir est, par moments, en déficit de sincérité. Quand il a dit au public qu’il chante sans arrêt depuis un an et qu’il en est écœuré, on ne pouvait pas le croire. Ce n’était qu’un prétexte pour inciter des gens à prendre le micro dans la portion n’importe quoi de la soirée. Des musiciens ont chanté, le responsable du son et même un spectateur, vieil ami trifluvien apparemment, est monté sur scène pour beugler des trucs incompréhensibles.

Dans ce qu’il a assumé par lui-même de la portion musicale, on a vu autant le talent du musicien que son besoin d’outrance pas toujours heureux. Son énergie indomptée était assez souvent réjouissante, mais parfois incontrôlée et adolescente. Provoquer pour provoquer a ses limites. Mais comment la respecter quand, justement, on assume l’excès?

Il reste que ce garçon a une méchante présence en scène, un talent musical que même la méchante industrie rétrograde n’arrive pas à lui nier et une complicité exceptionnelle avec ses quatre musiciens et sa choriste.

Autant il enflamme la scène avec un aplomb fou, autant il peut rendre de façon terriblement sympathique la ballade de son groupe The Seasons qu’il a interprétée en hommage à sa grand-mère trifluvienne décédée en 2018 pour mettre fin à sa soirée de délire.

Saura-t-il maintenir ce rythme fou? C’est à espérer.