Parmi les œuvres qui composent l’exposition rétrospective sur l’œuvre du sculpteur trifluvien Pierre Landry, on retrouve la monumentale Espace lumière géométrique au second plan de même que L’éclair. Les deux œuvres sont à la Galerie r3 de l’UQTR.

Hommage à un artiste méconnu

TROIS-RIVIÈRES — Pierre Landry aura été discret tout au long de sa carrière de sculpteur et peut-être, depuis l’au-delà, est-il un peu mal à l’aise de voir l’importance de l’exposition qui lui est consacrée simultanément à la Galerie d’art du Parc, à la galerie r3 de l’UQTR ainsi qu’au Centre d’exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture. Cette rétrospective intitulée Pierre Landry, sculpteur; 50 ans de création remet l’artiste trifluvien à sa juste place dans l’histoire des arts visuels dans la région.

S’il n’est pas plus connu du grand public, c’est un peu sa faute. Il était d’une très grande discrétion et n’a jamais cherché quelque gloire que ce soit dans la poursuite de sa vocation. Il a, toute sa vie, créé pour le pur plaisir de la démarche, laissant dans son sillage bon nombre d’œuvres demeurées inconnues. «Quand j’ai décidé de lui consacrer cette rétrospective, indique Christiane Simoneau, commissaire de l’exposition, je ne me rendais pas compte de l’ampleur du travail que cela signifiait. Pierre n’avait aucun répertoire de ses œuvres. Il en possédait plusieurs chez lui, exposées aux conditions extérieures, qui avaient grand besoin de restauration. Il a dû lui-même y travailler mais ça aura eu l’immense avantage de sauver ces œuvres d’une lente destruction.»

S’il avait l’ADN d’un ingénieur, extraordinairement méticuleux, inventif et d’une grande expertise technique, la rétrospective prouve sans conteste qu’il était au moins autant un artiste. Certes, il a enseigné pendant une trentaine d’années la sculpture à l’UQTR où il a d’ailleurs contribué à fonder le département des arts plastiques, mais il avait aussi une expression bien à lui.

À travers trente-sept sculptures et bon nombre de dessins et autres œuvres en deux dimensions se révèle un homme aux multiples facettes, un créateur habité par des questions auxquelles, malgré les apparences, il n’avait pas toujours réponse.

«Comme professeur, se rappelle Christiane Simoneau, Pierre était une référence extraordinaire parce qu’il adorait trouver des solutions techniques à des problèmes que ses étudiants rencontraient dans l’élaboration d’une œuvre. Il avait une âme d’ingénieur et trouvait toujours une solution mais comme artiste, il était habité par de grandes interrogations.»

Il était également un passionné de motos anglaises ce qui explique la présence, dans une salle de la Galerie d’art du Parc, d’une Triumph superbement restaurée.

Du même coup, on peut constater qu’une grande portion de son travail d’artiste s’est justifiée comme une réponse à une question n’ayant, elle, pas de réponse: qu’est-ce que la sculpture? L’artiste a énormément joué avec les concepts propres à cette discipline: l’idée du vide et du plein, de la nature même des matériaux, de la valeur pure de la matière installée dans l’espace, du rôle de la lumière, etc. Il avait également ses thèmes fétiches comme celui des autochtones ou du couple qui revient à plusieurs reprises dans des formes aussi épurées que possible. Des concepts réduits à leur plus simple expression plastique. C’est peut-être par ce dernier thème qu’il a touché le plus de spectateurs grâce à l’œuvre emblématique de l’UQTR intitulée Le couple mais qu’on connaît davantage comme «Les cubes» installés devant l’entrée du pavillon Ringuet. Pourtant, combien d’étudiants qui s’y sont fait photographier depuis son installation en 1978 savent que l’œuvre est de Pierre Landry?

Il a exploré le pouvoir de la matière, de celui de la couleur à la façon des plasticiens et a semblé prendre constamment plaisir à convertir le métal, un de ses matériaux de prédilection, pour lui donner une apparence de finesse et de souplesse qui rappelle le papier. «Il a exécuté une série d’œuvres métalliques en forme de rubans tordus, explique Christiane Simoneau. C’est comme s’il avait décollé une ligne jaune peinte sur la route pour en faire des rubans malléables. Il avait toujours un côté ludique dans sa création. Ça s’exprime aussi par la mobilité de plusieurs œuvres que les gens sont invités à toucher et à manipuler. Il aimait donner de la mobilité à ses œuvres tout en leur conservant un caractère très zen et épuré.»

Si on peut associer son travail à certains mouvements qui ont marqué l’histoire de l’art, il reste que son œuvre traverse le temps et certaines sculptures faites de matériaux récupérés ne pourraient être plus actuelles.

«J’estime que c’est très important de consacrer une exposition majeure à un artiste de son niveau, estime la commissaire. D’abord, c’est sa toute première exposition solo à Trois-Rivières puisqu’il n’a jamais exposé qu’avec d’autres artistes. Il a joué un rôle très important dans le développement des arts visuels à Trois-Rivières. En plus d’enseigner, il est à l’origine de la création d’une galerie à l’UQTR, il a travaillé pendant 33 ans au sein de ce qui est devenu la Biennale nationale de sculpture contemporaine, il a été le premier président de l’organisme La Fenêtre, etc. De plus, je trouve qu’il était essentiel qu’une œuvre de cette qualité ne sombre pas dans l’oubli. Il n’a malheureusement pas vécu assez longtemps pour assister au vernissage mais il vit désormais à travers nous.»

Pour avoir une perspective supplémentaire très pertinente sur l’artiste qu’était Pierre Landry, il est fortement conseillé de s’arrêter pour regarder le documentaire d’une quinzaine de minutes qui lui est consacré et qui a été réalisé par Carolane Saint-Pierre présenté dans une salle de la Galerie d’art du Parc.

L’exposition sera présentée jusqu’au 26 octobre à la Galerie r3, jusqu’au 11 novembre au Centre d’exposition Raymond-Lasnier et jusqu’au 25 novembre à la Galerie d’art du Parc.