L’écrivain trifluvien Claude Dion présente son second roman intitulé "Il était une fois à New York" publié aux Éditions JCL.

Histoire et amour, puissants ressorts dramatiques

Trois-Rivières — Ayant pleinement savouré le labeur de l’écrivain qui lui a permis de lancer "Si seulement les vents avaient été favorables", son premier roman, en 2014, le Trifluvien Claude Dion récidive avec un second au titre plus classique de Il était une fois à New York.

On retrouve ici quelques caractéristiques qui avaient sauté aux yeux dans le premier écrit: le souci d’un récit touffu et sans temps mort, une méticuleuse préoccupation pour la vérité historique, la découverte quasiment physique d’une ville et l’importance des sentiments amoureux dans le destin des personnages. Plusieurs ingrédients susceptibles de plaire à un large public.

Son premier roman se déroulait entre Boston et Londres et baignait dans l’univers maritime cher à l’auteur. Celui-ci a d’ailleurs voulu faire une suite à ce premier roman mais son éditeur l’a convaincu, après deux ans de travail, de se réorienter vers une nouvelle histoire.

Celle-ci débute en Europe en 1859 où Youssef, un jeune Juif polonais, quitte son pays tyrannisé par la présence des Russes pour poursuivre son rêve de gagner l’Amérique et la liberté de s’accomplir. Il débarque à New York où il s’établit à proximité des quais où il trouve un emploi. Rapidement, il découvre qu’il peut profiter de ses contacts avec les capitaines des navires marchands pour se procurer discrètement de la marchandise qu’il peut lui-même vendre à des commerçants de la ville.

Par contre, il lui est impossible d’éviter les bandes criminelles qui se disputent l’activité économique de la ville, dont les essentielles activités portuaires. S’il accepte à contrecœur de payer les frais de douanes, Youssef refuse de se soumettre aux exactions des criminels. Il devra donc lutter pour poursuivre son rêve de prospérité dans cette jungle urbaine où l’amour seul semble en mesure de lui apporter ce qui pourrait s’apparenter à une certaine sérénité.

Claude Dion n’économise pas les descriptions de la ville de New York de 1859 ayant même travaillé avec une carte reproduisant la ville de l’époque. Soucieux de rendre les actions de ses personnages justes, il a lui-même arpenté les rues qu’il décrit pour s’assurer de la plausibilité que ses personnages fictifs aient pu le faire eux-mêmes dans leur quotidien. «Pour moi, New York est un personnage de mon histoire, va-t-il jusqu’à affirmer en entrevue. Elle devient un tableau de fonds sur lequel je peux faire évoluer mes personnages.»

Par ailleurs, le climat social est aussi primordial dans son récit et il s’est assuré, par le biais d’une minutieuse recherche, d’en retrouver l’atmosphère. «C’est une époque de grande violence dans la ville. Cinq bandes rivales s’y affrontaient pour un contrôle le plus grand possible de l’activité économique. Chacun cherchait à obtenir le maximum et le port constituait un endroit très important parce que c’est de là que presque tout partait. On y recevait une très grande partie des marchandises qui assuraient l’activité économique dans la ville. C’est la raison pour laquelle trois gangs étaient impliqués dans son contrôle illicite.»

«La violence entre gangs était l’expression d’un capitalisme un peu sauvage qui ne faisait pas encore l’objet de beaucoup de règles. Tout cela est solidement documenté. Pour moi, ça demeure un roman historique auquel je greffe des personnages de mon invention mais qui sont plausibles. En même temps, je les entoure de personnages réels: il est notamment question des maires de la ville qui étaient bel et bien au pouvoir dans les années que je décris.»

Autre volet historique incontournable pour le romancier: la Guerre de Sécession. À cause de son importance dans le destin des Américains, même ceux du Nord qui n’ont pas été confrontés aux combats à proprement parler. «L’époque était intéressante à mes yeux à cause de cette guerre qui a perturbé tant de choses et aussi parce que c’est une période charnière dans le développement économique des États-Unis parce qu’elle correspond au passage des navires à voile à ceux à vapeur, une révolution importante au même titre que le développement du chemin de fer qui va transformer l’Amérique.»

Pour ce qui est des tribulations sentimentales de ses personnages, elles sont tout simplement inévitables. «L’amour occupe une place trop importante dans nos vies à tous pour que je passe à côté. Sans compter que ça donne un élan romanesque important à mes histoires. J’ai lu des romans d’hommes dont les femmes étaient absentes et franchement, je trouve qu’il manquait quelque chose. L’amour humanise les personnages.»

En 381 pages, Claude Dion offre un récit très accessible qui, malgré la recherche qui l’a appuyé, n’est jamais didactique. On a pourtant l’impression d’en apprendre sur une autre époque assez pour comprendre qu’elle n’était, en somme, peut-être pas si différente de la nôtre, après tout.