La directrice du Musée POP Valérie Therrien, à gauche, et la commissaire de Vague démographique. Mouvance des cultures Frédérique Guichard ont procédé à l’ouverture de cette exposition qui sera présentée au musée trifluvien jusqu’au 24 mars prochain.

Heureux amalgame de cultures

Trois-Rivières — D’abord créée au Point de services pour les Autochtones à Trois-Rivières, l’exposition "Vague démographique: mouvance des cultures" avait été conçue pour se promener, aller à la rencontre de son public. Elle aborde probablement l’étape majeure de cette odyssée en s’installant au Musée québécois de culture populaire jusqu’au 24 mars.

Par sa nature même, l’exposition s’inscrit dans ce que l’air du temps a de meilleur en ouvrant une porte sur l’autre, la différence dans une perspective d’ouverture et d’acceptation. Il s’agit d’un projet réunissant quatorze artistes, six en provenance de l’Atelier Presse Papier de Trois-Rivières, sept artistes autochtones et la Britannique d’origine chinoise Wuon-Gean Ho, gagnante du Prix Presse Papier dans le cadre de la dernière édition de la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières présentée en 2017.

La commissaire de ce projet, Frédérique Guichard a associé à chaque artiste de Presse Papier, un artiste autochtone. Chaque paire a travaillé conjointement, suivi des ateliers, discuté pour en arriver à ce que chacun produise une œuvre qui témoigne forcément du métissage de cultures mais qui demeure un point de vue singulier. Le produit final est constitué de vingt-huit estampes traditionnelles dont quatorze de grand format. De plus, quatorze petites œuvres ont aussi été réunies dans un livre d’artiste autour d’un conte qu’on doit à Ariane Gélinas et intitulé Lune perdue.

Depuis sa première sortie en janvier 2018 au Point de service des Autochtones de Trois-Rivières, l’exposition a été vue dans cinq bibliothèques municipales et à la Fondation Hélène Sentenne de Candiac. Elle poursuivra sa route en avril vers le Complexe culturel Félix-Leclerc de La Tuque avant de s’installer au Musée des Abénakis d’Odanak.

«Ce que je voulais au départ c’est que ce soit un projet d’artistes, peu importe qu’ils soient autochtones ou blancs et je voulais que ce soit vu par tous, explique Frédérique Guichard. À Candiac, ç’a été merveilleux parce que les gens n’avaient jamais vu quelque chose d’équivalent. Le plus beau, c’est l’ouverture que ça a provoquée compte tenu que Candiac est situé à proximité de Kahnawake. Les gens ont vu qu’on pouvait réaliser des choses riches en réunissant des artistes de cultures différentes. Au fond, ça reste de l’art, peu importe les origines de ceux qui l’ont réalisé.»

«À chaque escale de l’exposition dans son parcours, j’essaie d’organiser une cérémonie de purification ou un chant d’accueil, pour faire voir qu’on réunit deux cultures différentes pour créer une troisième entité qui est l’union des deux. J’aimerais que le Centre d’amitié autochtone se déplace ici pour organiser une activité, que le public d’ici s’ouvre, que cette culture s’approche de nous. On constaterait que ces gens nous sont semblables par nature bien qu’ayant une identité différente.»

Le projet a d’abord été initié en 2007 et à travers les années, l’initiatrice a vécu sa propre évolution au cours de laquelle elle s’est initiée à différentes pratiques culturelles autochtones dans lesquelles elle s’est reconnue. «Je m’intéresse depuis longtemps aux religions amérindiennes: c’est comme quelque chose qui m’appartient à moi aussi. C’est étrange, mais moi qui suis Française, quand j’ai immigré au Québec, j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. On peut très bien s’approprier certains éléments de la culture traditionnelle autochtone quand ils ont une résonance profonde en nous.»

Du côté du Musée POP, l’accueil de cette exposition s’inscrit tout naturellement dans sa mission. «On témoigne simplement d’une réalité: ils étaient là avant nous, explique Valérie Therrien, directrice générale du Musée. C’est tout à fait normal pour un musée de culture populaire de témoigner de cette culture qui a eu une profonde influence sur notre culture québécoise. L’éducation, le partage, l’échange, ça fait partie de notre mission et je souhaite très fortement que cette exposition puisse jouer le rôle de porte d’entrée pour accéder à ces communautés-là plus facilement. L’art est d’ailleurs une façon privilégiée de le faire.»

«Nous travaillons présentement sur la refonte de notre exposition permanente et nous aurons un volet consacré à la culture autochtone, ce qui m’apparaît tout naturel. Par ailleurs, je voudrais que ce soit le début d’une relation plus forte dans laquelle on instituera des collaborations et dans laquelle on accueillera plus de projets venant des populations autochtones. Nous y sommes très ouverts.»