Avec Des fleurs pour ta première fois, l'écrivain trifluvien Guillaume Morrissette présente un quatrième roman en quatre ans, et une troisième affaire pour son inspecteur fétiche: Jean-Sébastien Héroux.

Guillaume Morrissette: une fascination pour la complexité de l'esprit humain

Guillaume Morrissette est non seulement un écrivain passionné mais il est également particulièrement prolifique. Avec Des fleurs pour ta première fois, le Trifluvien vient de publier un quatrième roman en autant d'années puisque son premier, La maison des vérités, est paru en 2013.
Il reprend ici la veine policière qui constitue son avenue de création privilégiée pour la troisième fois après L'affaire Mélodie Cormier (2015) et Terreur domestique (2016) et il continue de faire reposer sur les épaules de son inspecteur Jean Sébastien Héroux du service de police de Trois-Rivières la responsabilité de l'enquête.
Cette affection pour le polar révèle indubitablement un aspect de son écriture et, partant, de sa propre personnalité: il aime les histoires solidement structurées. 
«J'aime les récits complexes mais qui sont bien montés où toutes les avenues proposées sont exploitées. Pendant que j'écris, je réfère constamment à une structure sur Excel où chaque piste qui est lancée est inscrite pour bien m'assurer qu'elle trouve sa résolution dans le roman. Je ne veux pas qu'il y ait le moindre trou dans mon histoire: c'est fondamental pour ne jamais larguer les lecteurs.»
Dans ce roman, c'est une courte série de crimes à caractère sexuel qui mobilisent l'équipe d'enquêteurs sous la supervision de Jean-Sébastien Héroux. 
L'auteur utilise certains subterfuges assez peu conventionnels pour donner du relief à trois agressions commises par un même individu dont on connaît dès le départ l'identité et la fragilité de son état mental.
Sans dévoiler de ficelles du récit, disons que le modus operandi du criminel est aussi tordu que brillant. Certains diront invraisemblable mais Morrissette est catégorique: tout ce qu'il a inclus dans son histoire trouve son origine dans une réalité qu'il a lui-même documentée. 
Le portait psychologique qu'il dessine de son agresseur prend une très grande place dans le récit en parallèle de la trame policière. 
L'écrivain manifeste une indéniable fascination pour la psyché humaine par la vision étoffée qu'il offre de son personnage principal. Or, si la problématique évoquée est lourde et complexe, elle demeure rigoureusement vraisemblable même s'il s'agit d'un cas limite. Pour le traiter, il fait intervenir un personnage intéressant: une psychologue aux méthodes pas toujours conventionnelles qui a notamment recours à l'hypnothérapie. 
Le romancier explore encore avec minutie et un manifeste plaisir le fastidieux travail d'enquête de l'équipe de policiers trifluviens à laquelle il a donné vie. S'il peut se le permettre, c'est, encore une fois, qu'il s'est assuré de bien potasser le sujet. 
«J'ai des amis enquêteurs, policiers et même techniciens en identité judiciaire avec lesquels j'ai beaucoup appris et qui valident mes hypothèses. Je tiens à être cohérent et fidèle à la réalité.»
La récurrence de ses personnages lui donne une latitude qui lui permet d'élaborer davantage sur la vie personnelle d'au moins un membre de l'équipe d'enquêteurs, ce qui offre une couche supplémentaire à la narration sans alourdir inutilement le rythme de cette affaire assuré par des chapitres courts et de nombreuses subdivisions bien marquées. 
Malgré la rigueur de sa démarche, Guillaume Morrissette ne perd jamais de vue que ses romans constituent du divertissement.
«Je suis fasciné par des aspects techniques du travail policier mais je suis très conscient qu'il ne faut pas alourdir le récit. Quand je me relis, si je ne me perds pas dans mon propre livre, ça veut dire que les lecteurs ne le feront pas non plus et donc, que je suis sur la mauvaise voie.»
Les résultats semblent témoigner de la justesse de son approche puisqu'il a remporté le Prix des lecteurs au dernier Salon du livre de Trois-Rivières pour une deuxième année consécutive. «Je suis simplement content que le monde aime ça. Je me considère extrêmement chanceux d'être soutenu par un bon éditeur, de faire ce que j'aime et que le public me suive.»