Guillaume Morrissette présente son nouveau roman L’Oracle et le revolver publié chez Guy Saint-Jean Éditeur.

Guillaume Morrissette: «Le but, c’est d’écrire ce que j’aime»

Trois-Rivières — Guillaume Morrissette est tout sourire en attendant la rafale de questions. Parler de ses ouvrages, c’est un bonheur qu’il savoure, tout comme le café posé devant lui. Il faut dire que pour sa plus récente publication, il n’a pas boudé son plaisir. Il propose une allégorie de la vie, inspirée de ses expériences et de ses choix. Il s’écarte temporairement des romans policiers, avec lesquels il connaît un succès certain, pour satisfaire ce besoin, toujours bien présent, de faire ce qu’il aime.

«J’aime les allégories, j’aime aller loin dans la tête des gens», lance-t-il. «Je crois fermement que les gens qui font ce qu’ils aiment dans la vie sont contagieux. Il n’y a rien de plus plaisant que de parler avec quelqu’un de passionné.»

Ce n’est pas la première fois qu’il met sa plume au service de ce style littéraire puisque son premier roman, qui découlait d’une rupture amoureuse, poussait aussi à la réflexion. «Déjà en écrivant La maison des vérités, je savais que j’allais écrire L’Oracle et le revolver», raconte-t-il.

«La maison des vérités est aussi une dystopie et j’avais tripé à écrire ça. Je voulais, dans la vie, écrire de la philosophie avec de la morale.»

C’est d’ailleurs avec une fierté inébranlable que le Trifluvien parle de L’Oracle et le revolver qu’il a mis quatre ans à écrire. «Il est exactement comme je le voulais.» Il ne faut pas attribuer cette citation à de la vantardise. Elle est le fruit de la satisfaction d’avoir tout donné ce qui était possible pour en arriver au résultat voulu.

Le point de départ de cet ouvrage était sa volonté d’embrasser ces multiples passions et de ne pas se limiter. «C’est le livre qui définit ce que j’ai choisi de faire de façon professionnelle et comment j’ai choisi de dealer avec les portes auxquelles je cogne ou qui s’ouvrent à moi. C’est une allégorie sur comment le changement peut être perçu par les gens comme quelque chose de néfaste alors que pour moi c’est ressourçant.»


« J’aime les allégories, j’aime aller loin dans la tête des gens »
Guillaume Morrissette

«Tu ne peux pas tuer une partie de toi. Tu peux essayer de la cacher, de l’éviter mais tu ne peux pas la tuer. Tout le monde est une série de destins auxquels on met fin ou qu’on continue. Bref, la vie c’est une série de choix. Il n’y a rien qui meurt, tu fermes une porte et tu en ouvres une autre.»

En somme, le bouquin raconte l’histoire d’un peuple qui vit selon des règles établies par l’Oracle, qui a droit de vie ou de mort sur les habitants. Arrivera dans ce paysage, un Admiral qui viendra ébranler la tranquillité en remettant en cause le fonctionnement de ce bled perdu au milieu de nulle part.

«Tout le monde est réfractaire au changement. Le fait d’abandonner quelque chose signifie la mort. Ils sont contents de rester à la même place sans pouvoir bouger. C’est un endroit qui symbolise la stagnation complète», raconte celui qui était en nomination pour le grand prix de la Société du roman policier de Saint-Pacôme.

C’est donc par une série de personnages qui portent chacun, notamment avec leur nom tiré de plusieurs langues, une importante charge symbolique sur laquelle repose toute l’histoire. «On peut influencer des gens à notre manière. On peut changer le monde en recyclant une bouteille ou en aidant quelqu’un à traverser la rue mais tu peux aussi dire à quelqu’un: "fais ce que tu aimes. Tu n’as qu’une vie à vivre."»

«Le but n’est évidemment pas de tout mettre en danger et de prendre des décisions qui ne font pas de sens mais je fais ce que j’aime et je ne me retiens pas de le faire.»

Le chargé de cours à l’UQTR a bien hâte de recevoir la réaction du public et l’interprétation qu’il fera de cette histoire. Ce n’est pas parce qu’il est situé sous un autre genre dans les rayons des librairies que Guillaume Morrissette s’est dénaturé pour autant.

«L’écriture de Guillaume Morrissette n’est pas limitée à un créneau. Je pense qu’on garde ma signature par les dialogues, beaucoup d’évocation et les chapitres courts, et ce, même dans un monde aussi différent que celui de l’Oracle.»

Pourtant, il est conscient que son public, habitué à suivre les tribulations de l’inspecteur Héroux, se le procurera peut-être, ce qui ne sera pas sans provoquer une certaine surprise. «Tu ne peux pas lire ça comme un roman policier.»

Devant le café qui a depuis longtemps refroidi, Guillaume Morrissette souligne que peu importe les commentaires, ils seront les bienvenus. Sa mission a été accomplie: il a donné le meilleur de lui pour en arriver là en suivant le chemin qu’il a choisi.

«Le but, c’est d’écrire ce que j’aime. Et ça, il ne faut pas que ça lâche. Jamais.»