Fidèle à ses succès au petit comme au grand écran, Guillaume Lemay-Thivierge enchaîne aussi les pièces populaires au théâtre.

Guillaume Lemay-Thivierge: le succès, même sur les planches

TROIS-RIVIÈRES — Rares et bien chanceux sont les comédiens qui ont le luxe d’enchaîner les projets sur les planches et même d’en mener plusieurs de front. C’est pourtant le cas de Guillaume Lemay-Thivierge dont la carrière se conjugue sur le mode succès tant à la télévision, qu’au cinéma ou au théâtre.

Pour discuter de la pièce Fais-toi une belle vie dont il est producteur et qui commence à faire parler d’elle, il a profité de l’escale trifluvienne de mardi d’une autre pièce, Ladie’s Night, un méga succès qui la place parmi les plus jouées dans l’histoire du théâtre québécois. On parle de quelque 850 représentations avec différentes distributions depuis 2003. Pour trouver mieux, il faut regarder du côté de Broue.

Lui et son collègue François Chénier n’ont guère de savante analyse pour expliquer cet engouement. «Les Québécois aiment rire, indique Chénier avec une petite moue amplifiant l‘évidence du commentaire. Je pense quand même qu’il y a une question de timing qui est impossible à prévoir: il faut la bonne pièce au bon moment.»

L’avantage d’avoir joué Ladie’s’ Night si souvent, c’est que le spectacle est archi rodé, jusque dans les plus infimes nuances. «On ne l’avait pas jouée depuis six à huit mois mais quand on l’a reprise récemment, on est tous tombé parfaitement dans notre personnage avec tout le synchronisme, poursuit Guillaume Lemay-Thivierge. Malgré tout, on continue de peaufiner tout ça en resserrant le rythme, en modifiant une réplique ou l’autre pour que ce soit encore plus efficace. Honnêtement, je ne vois pas comment on pourrait être meilleurs qu’on l’est présentement.»

Ça tombe bien, ou mal, selon le point de vue, parce que la présente tournée pourrait bien être le chant du cygne de cette pièce phénomène au Québec. «Dans un an, c’est décidé qu’on prend une pause dont on ne connaît pas la durée. Si le producteur insiste en disant qu’il a de la demande et qu’il tient à continuer, ça se pourrait qu’on la poursuive plus tard mais on s’est entendu pour dire qu’on veut tous arrêter pendant que la pièce fonctionne encore bien auprès du public. On a une cinquantaine de représentations encore au programme; après, on verra.»

Une autre aventure

Le succès de cette pièce a forcément contribué à convaincre Lemay-Thivierge de se lancer dans l’aventure de Fais-toi une belle vie. Seulement, cette fois, il est impliqué jusqu’aux oreilles. Non seulement est-il interprète de la pièce qu’il a demandé à son ami François Chénier d’écrire, mais il en est également le producteur. Et puis, implication ultime, il joue en compagnie de sa fille Charlie, 17 ans.

Il s’agit d’une comédie, encore une fois, mais de l’aveu tant de Chénier que du producteur, une pièce aux antipodes de Ladie’s Night. «Sauf pour le fait que c’est du théâtre humoristique, il n’y a pas de comparaisons entre les deux pièces. C’est un univers complètement différent avec un humour différent. Autant Ladie’s Night est basée sur des numéros de comédiens, autant Fais-toi une belle vie repose sur l’absence de numéros. Le metteur en scène Yves Desgagnés nous a imposé de ne pas jouer le texte, de simplement le dire. C’est sur le texte lui-même que repose l’humour. C’est davantage l’absence de réaction des interprètes qui fait rire que le contraire.»

«Alors que Ladie’s Night est structurée pour permettre à chaque comédien d’offrir des numéros, dit François Chénier, j’ai écrit Fais-toi une belle vie comme une histoire classique avec une introduction, une confrontation des protagonistes et une chute. C’est un récit avec des thèmes qui proposent autant de réflexions sur nos vies actuelles tout en faisant rire.»

Situons un peu le tout. On y rencontre Michel qui arrive à la quarantaine quasiment en burn-out et qui, pour se reposer de sa vie trépidante, s’achète un chalet bien niché dans la nature pour y accueillir ses amis dans ce qu’il voit comme un havre de paix. Mais il ne faudra pas attendre longtemps avant que les amis commencent à se tomber mutuellement sur les nerfs. Une adolescente arrive dans le portrait et pose sur ces adultes pleins de bonne volonté un regard critique et terriblement lucide qui suscite la réflexion tant des protagonistes que des spectateurs.

Il y est question de la nature de nos communications, de l’éternelle interrogation sur la nature même du bonheur, de notre aveuglement devant l’essentiel. «Ce qui est intéressant, je trouve, c’est que la sagesse, ici, émane d’une adolescente, explique Chénier. Par sa façon de voir les choses, elle souligne à gros traits nos mensonges d’adultes, nos illusions, nos faiblesses. Au chalet en bois rond des adultes, elle oppose sa vision à travers l’écran de son téléphone cellulaire, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit moins branchée sur la vérité que les quatre adultes.»

Le producteur a cédé à la volonté de sa fille Charlie de monter sur les planches tout en s’assurant que cette première expérience soit bien encadrée. «Je voulais d’abord être sûr qu’elle y tenait vraiment. Elle m’a tellement achalé avec ça que je lui ai trouvé un coach qui m’a convaincu qu’elle a le talent pour le faire, explique papa Guillaume. Ça peut être un métier difficile mais si c’est vraiment ce que tu veux faire, il faut y aller. Dans le contexte de la pièce, non seulement elle est vraiment bonne, mais je suis là pour l’accompagner et les autres adultes l’encadrent aussi. On a présenté la pièce environ 25 fois jusqu’à maintenant, et ça se passe super bien.»

C’est vrai pour sa fille comme pour la production puisque sa rentabilité est déjà assurée par le nombre de représentations déjà programmées. La pièce sera notamment présentée à la salle J.-A.-Thompson de Trois-Rivières le 27 avril prochain.