Annie Villeneuve et Jason Roy-Léveillé dominent la distribution pas seulement en temps passé sous les projecteurs mais par leur présence également.

Grease: pour se divertir sans arrière-pensée

Grease est venue marquer le début de l'hiver à l'Amphithéâtre Cogeco vendredi soir.
Par une soirée polaire, particulièrement pour les malheureux spectateurs exposés aux vents du fleuve, un public qui devait compter environ 2500 personnes a pu assister à la première comédie musicale présentée dans l'immense enceinte extérieure.
La version québécoise de la comédie musicale a été créée en 2015 et termine sa tournée estivale 2017 à l'Amphithéâtre Cogeco. Comme elle a fait escale dans plusieurs villes, elle a du millage et ça paraît. Les numéros sont rodés avec une précision diabolique. Personne ne cherche ses marques et l'interprétation de chaque comédien est empreinte d'énormément d'assurance.
Évidemment, Jason Roy-Léveillé et Annie Villeneuve dominent la distribution pas seulement en temps passé sous les projecteurs mais par leur présence également. Roy-Léveillé surprend comme danseur. Il est plus que simplement compétent: il bouge avec une aisance qu'on ne lui aurait pas deviné. Il est un chanteur quelconque, c'est vrai, mais l'essence de son Danny Zuko est dans le mouvement.
À l'opposée, Annie Villeneuve, est une Sandy impeccable. On la sait chanteuse et personne ne s'étonne qu'elle soit parfaite à ce titre. Mais elle est une comédienne impeccable. La chose est moins évidente qu'il n'y paraît: il lui fallait adopter un jeu susceptible de projeter la candeur de sa Sandy dans cette immense salle, ce qu'elle fait avec une aisance qui suscite une certaine admiration. Il paraît que l'interprétation physique était son grand défi en abordant ce rôle; eh bien, rien n'y paraît.
Mme Villeneuve a quand même manifesté son manque d'expérience en succombant à un fou rire incontrôlé dans une scène romantique en tête à tête avec son amoureux au ciné-parc. Dans le contexte de cette grosse comédie bouffonne et caricaturale, ça n'a choqué personne. Même que ça a provoqué le moment le plus hilarant de la soirée pour plusieurs spectateurs. C'était finalement fort sympathique.
On ne peut tenir rigueur à l'interprète considérant qu'elle a joué quelques scènes dans une robe de nuit aux bras dénudés. On ne peut que souhaiter que les projecteurs de la scène aient pu réchauffer la scène mais il convient de louer son courage.
Quoi qu'il en soit, le ton de toute cette comédie musicale permet beaucoup de fantaisie puisqu'il n'implique aucune courbe dramatique digne de ce nom. Une ou deux  scènes un peu plus touchantes, peut-être. On pense, en cela, à celle où Betty Rizzo annonce qu'elle est enceinte lors d'une soirée entre amis. Marilou Morin est d'ailleurs sans doute la meilleure interprète de tout le groupe des seize comédiens/chanteurs. Elle donne à son personnage énormément de chien et s'avère une excellente chanteuse capable de susciter beaucoup d'émotion.
À cause de sa scène immense permettant un déploiement pratiquement sans limite physique, on se disait que l'Amphithéâtre Cogeco devait être l'endroit idéal pour ce genre de spectacle. Ce n'est vrai qu'à moitié. Pour la vue d'ensemble, on ne peut demander mieux, sauf pour les places latéralement les plus éloignées du centre. Et la pièce compte beaucoup de numéros d'ensemble. Par contre, une très grande partie du public est assis trop loin pour apprécier les attitudes et les mimiques des personnages comme ils le pourraient au théâtre. Ça oblige les gens à recourir aux écrans géants. Or, on ne va pas assister à une comédie musicale pour la regarder sur des écrans géants.
Par contre, nulle part ailleurs au Québec sans doute, aura-t-il été si facile de faire rouler une voiture sur la scène.
Alors que le son à l'Amphithéâtre est presque toujours impeccable, il était quelque peu déficient vendredi soir. Difficile de bien saisir tous les dialogues. Non pas que ce soit de la grade dramaturgie, mais ça reste à tout le moins agaçant.
Ce n'est pas ce que le public retiendra de ce divertissement léger et sympathique mais qui profite d'une mise en scène exceptionnelle de rigueur et pleine de bonnes idées. Comme quoi, divertir n'implique en rien qu'on doive minimiser les efforts.
Grease sera présentée deux autres fois, samedi et dimanche. Par des températures forcément plus confortables.