Touchante tradition: la photo des différents gagnants de la 26e remise des Grands Prix culturels de Trois-Rivières qui avait lieu mardi, à la salle Thompson.

Grands Prix culturels de Trois-Rivières: l’étincelle fait naître le feu

TROIS-RIVIÈRES — C’est sous le thème de l’étincelle qui jaillit pour allumer le feu de la création que s’est déroulée la 26e cérémonie de remise des Grands Prix culturels de Trois-Rivières sur la scène de la salle Thompson mardi soir. La soirée a elle-même été marquée par plusieurs de ces flammèches et une certaine impression de renouveau qui tombe plutôt bien après le symbolique passage du quart de siècle en 2018.

Déjà, le discours offert par le nouveau maire de Trois-Rivières Jean Lamarche en début de soirée a été ressenti comme une brise rafraîchissante. Contrairement à son prédécesseur, on a senti de la part du premier magistrat une réelle affection pour la culture et les artistes. Le maître de cérémonie Martin Francoeur l’a même manifesté à sa façon au terme de l’allocution de Jean Lamarche quand, en le remerciant, il a fait remarquer qu’il était particulièrement heureux de pouvoir le faire de vive voix dans le cadre de cette cérémonie annuelle dont l’ancien maire n’était guère friand.

Si le protocole a encore pris sa lourde place, il reste qu’on a perçu chez certains nouveaux élus un encourageant enthousiasme. Le ministre québécois du Travail Jean Boulet a affirmé avec éclat que la culture et les arts appartiennent autant aux régions qu’aux grands centres et que ce gala se veut un puissant instrument de promotion de la scène culturelle trifluvienne.

«C’est une grande fête de l’identité et de la créativité de Trois-Rivières. Je veux vraiment qu’on fasse de Trois-Rivières une ville distinctive et j’ai commencé à discuter avec Gaston Bellemare de projets pour transformer le centre-ville trifluvien et toute la ville pour faire en sorte qu’on reflète bien ce caractère distinctif qui s’appuie sur l’art et la culture.»

Parlons maintenant des artistes honorés qui demeurent la raison d’être de cette cérémonie annuelle. Le Grand Prix de la culture a été remis à Claire Mayer directrice générale et artistique du Festival international de Danse Encore qui a officiellement annoncé qu’elle laissera sa place au terme de la prochaine édition de l’événement, la 25e de son histoire, qui se déroulera du 6 au 9 juin.

«Trois-Rivières, c’est ma ville, mon port d’attache, a-t-elle dit en recevant l’honneur. Il n’y a rien eu de facile, il faut bien le dire, mais j’ai inventé les choses à ma façon, en me tenant sur la fine ligne entre l’art et l’accessibilité. Je me considère maintenant comme une entrepreneure culturelle. J’ai pu réaliser de belles et grandes choses dont je suis fière. Comme je le suis de mes choix, de ma passion, de mes erreurs aussi dont j’assume l’entière responsabilité.»

«J’aimerais continuer à m’impliquer pendant un certain temps pour aider la relève au festival et ensuite laisser la place à une nouvelle génération et à de nouvelles idées.»

La grande dame de la danse a avoué par ailleurs qu’elle avait été surprise et profondément émue de la réaction très chaleureuse que sa nomination a provoquée dans le public présent. «J’ai senti, quand les gens se sont levés et ont applaudi, que c’était sincère. Ils semblent avoir une certaine admiration pour moi et je me dois de dire que c’est mutuel. Les gens du milieu savent ce que ça exige de faire ce que je fais; je me suis levée avec la même émotion et la même sincérité pour honorer Gaston Bellemare. J’avoue que ça fait chaud au cœur.»

Pour ce qui est du Prix du patrimoine Benjamin-Sulte, c’est le Musée des Ursulines qui a été couronné pour son Projet de réalité virtuelle 1699-2018: L’histoire d’une vie.

Le Prix de littérature Gérald-Godin a été remis à l’auteure d’un roman jeunesse, Élise Rivard qui a publié L’arrivée inopinée de la patate poilue. Permettez qu’on lui accorde haut la main le prix malheureusement inexistant du titre le plus sympathique.

Le Prix des arts visuels Stelio-Sole est revenu à Christiane Simoneau, commissaire de l’exposition Pierre Landry, sculpteur - 50 années de création/Hommage à l’Homme et son œuvre 1939-2018.

C’est le Théâtre des Nouveaux Compagnons qu’on a honoré par le Prix Louis-Philippe-Poisson des arts de la scène pour la pièce Le Pillowman.

Pour ce qui est du Prix des arts médiatiques, il a été attribué à Simon Laganière pour sa série web documentaire Le grand art populaire.

La réaction la plus intense et la plus réjouissante de la soirée a certainement été celle des participants au Projet Ondée de mots de Comsep qui a remporté le Prix de l’initiative Éducation-Culture.

Grâce au Prix de la relève Godro, on a eu un encourageant avant-goût de ce qui attend le monde culturel trifluvien dans l’avenir alors que le Collectif Lorbach a remporté la mise pour son projet d’installation immersive Doroté.

Le Prix Arts-Affaires a eu sensiblement le même effet quand la propriétaire Gabrielle Cossette et le directeur Gabriel Lefebvre du Café Frida sont montés sur la scène pour recueillir le prix. On a pu sentir dans le discours de Gabriel Lefebvre une énergie et une certaine ferveur qui donnent espoir en ce que ces jeunes amènent d’innovation et de nouveauté dans le paysage culturel trifluvien.

Le Prix Trois-Rivières sans frontières a été remis à Gaston Bellemare et ce choix a donné lieu à une émouvante ovation debout du public pour souligner l’apport du fondateur du Festival international de la poésie de Trois-Rivières au rayonnement de la cité au-delà de nos frontières. On retient de sa très jolie allocution de remerciement cette anecdote selon laquelle il peut, à l’occasion, depuis la terrasse de son appartement voir un couple s’arrêter devant une plaque offrant un extrait de poème, le lire et s’embrasser. «Merci, Trois-Rivières, d’être devenue cette ville où la poésie fait que l’on s’embrasse. Tu es la seule ville au monde comme ça.»