Toujours aussi passionné de cinéma, le producteur Rock Demers était l’invité d’honneur pour la projection du film <em>La forteresse suspendue</em>, tiré de ses <em>Contes pour tous</em> dans le cadre de Gentilly sous les étoiles vendredi soir au Moulin Michel.
Toujours aussi passionné de cinéma, le producteur Rock Demers était l’invité d’honneur pour la projection du film <em>La forteresse suspendue</em>, tiré de ses <em>Contes pour tous</em> dans le cadre de Gentilly sous les étoiles vendredi soir au Moulin Michel.

Gentilly sous les étoiles: Rock Demers fier de ses racines

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Bécancour – La présentation de Gentilly sous les étoiles avait un caractère particulier vendredi soir alors que la projection gratuite du film La forteresse suspendue s’est faite en présence du père de Contes pour tous, le producteur Rock Demers.

La présentation d’un des vingt-six films de la série dont il est le créateur n’est pas la seule justification de sa présence au Moulin Michel de Gentilly. Ce natif de Saint-Cécile-de-Lévrard demeure obstinément lié à ses origines. «Je suis quelqu’un d’enraciné dans la région ici et c’est bien pour ça que j’ai pu faire ce que j’ai fait dans ma vie. L’atmosphère du coin, la chaleur humaine des gens que j’ai connus dans mon village et les autres voisins ainsi que dans ma parenté répartie à Sainte-Sophie, Saint-Pierre, Gentilly, m’ont forgé. Les paysages, les souvenirs de ma jeunesse, ça fait partie de ce que je suis.»

Ses Contes pour tous, immenses succès non seulement au Québec, mais à travers le monde, sont nés à partir de paramètres très précis qu’il estime devoir à son éducation. «Même si chaque film avait la signature de son réalisateur, il avait aussi une signature Rock Demers. Ce sont toujours des films contemporains dont les personnages principaux sont âgés entre 10 et 13 ans avec une alternance, d’un film à l’autre, d’un personnage principal masculin et féminin. Chaque film dit, à la base, que la vie est difficile, mais vaut la peine d’être vécue.»

L’homme de cinéma explique d’ailleurs que l’idée de faire des films destinés aux jeunes lui est venue à la lecture d’un article dans le quotidien La Presse au début des années 80, qui parlait du phénomène du suicide chez les jeunes de moins de 17 ans. «J’avais 50 ans à l’époque et je me suis demandé ce que je pouvais faire pour contribuer à diminuer l’ampleur du phénomène. C’est là qu’est née l’idée des Contes pour tous.»

C’est encore avec une certaine émotion qu’il raconte un petit évènement qui lui a démontré la valeur de son choix. «Je marchais sur la rue Saint-Denis à Montréal et j’ai vu deux punks, un gars et une fille de 17 ou 18 ans de l’autre côté de la rue. Ils se sont tranquillement approchés de moi. J’avoue avoir été un peu insécure. Ils m’ont dit : «Vous êtes M. Demers? On vient de Joliette. On pensait très sérieusement à se suicider puis on a vu votre film Fierro l’été des secrets et ça nous a tellement touchés que ça nous a fait changer d’avis.» Et ils m’ont pris dans leurs bras. Ça m’a énormément ému.»

Près de 40 ans après la création de La guerre des tuques, l’homme de 86 ans voit constamment les films de sa célèbre série être présentés qui à la télévision, qui dans des évènements cinématographiques, qui dans des cinémas de répertoire d’un bout à l’autre de la planète.

Si l’histoire de ses Productions La Fête est celle d’un succès inédit au Québec, le producteur semble plus fier encore d’un autre aspect de sa création. «J’ai l’impression d’avoir peut-être touché à quelque chose d’universel à travers mes films. Ils ont tous été vendus à entre 50 et 125 pays. Ils existent presque tous en versions chinoise, russe, italienne, allemande, espagnole, etc. J’en suis très fier parce que ça amène le Canada et le Québec à l’étranger.»

«Des rétrospectives des Contes pour tous ont été organisées dans la plupart des pays européens et dans la plupart des grandes villes américaines au cours des années. Une des grandes rétrospectives à laquelle j’ai eu droit, c’est à Shanghai. Imaginez arriver à l’aéroport accueilli par une immense bannière disant : «Welcome to canadian producer Rock Demers». C’était assez impressionnant. J’ai vu le film d’ouverture Danger pleine lune en version chinoise et le public réagissait exactement de la même façon et aux mêmes endroits que le public québécois l’avait fait. C’était formidable.»

Rock Demers a vendu sa maison de production il y a cinq ans. Il se refuse pourtant à l’oisiveté. «Depuis le début des Contes pour tous, je me cherchais un projet ayant comme personnage principal un jeune des Premières Nations. Juste comme je venais de vendre ma compagnie, un producteur m’a envoyé un roman à lire et c’était exactement ce que j’avais cherché depuis 40 ans. J’ai développé le projet, mais je n’ai pas encore réussi à monter le financement et la COVID a évidemment interrompu les démarches. Vu mon âge, je ne sais pas si j’aurai l’énergie pour le mener à terme. J’ai un autre projet qui me plaît beaucoup avec le réalisateur Kim N’Guyen. Quand on a ça dans le sang, il semblerait que ça ne nous quitte pas.»

La forteresse suspendue a été présenté devant une bonne centaine de spectateurs sous les étoiles, incluant quelques filantes sans doute, vendredi. Gentilly sous les étoiles est présenté sous une nouvelle forme, à sa troisième saison, avec un total de dix représentations dont il reste deux à venir, vendredi et samedi prochains.

Le directeur général du Moulin Michel Philippe Dumas estime qu’il pourrait atteindre un total près de 1500 spectateurs au terme de l’été et ce, malgré les restrictions imposées par la pandémie de COVID. L’évènement a accueilli d’autres prestigieux invités d’honneur comme les frères Denis et Martin Villeneuve et tout indique que cette nouvelle formule reviendra au cours des prochains étés sur un site qui s’y prête à merveille.