Ancienne participante à La voix, la chanteuse gatinoise Geneviève Leclerc présente son premier album intitulé fort pertinemment: Portfolio.

Geneviève Leclerc: une voix pour les mots et l'émotion

Les fans de La voix se souviennent sans doute d'elle pour quelques interprétations mémorables au cours de la quatrième saison de l'émission. Ils seront heureux de savoir que Geneviève Leclerc vient de sortir son tout premier album au nom évocateur: Portfolio.
En onze chansons, l'artiste de 33 ans y confirme sa place dans le créneau des chanteuses à voix en apportant une indéniable plus-value à l'appellation. Chanteuse à voix, certes, mais chanteuse à textes, surtout. «Pour moi, le texte doit passer en priorité. Les intentions de l'auteur doivent être bien senties. Si on répète deux fois un mot dans un couplet, l'auteur avait une raison de le faire et c'est mon travail d'interprète que de le faire comprendre à l'auditeur.»
Cette fidélité aux mots, elle la doit sans doute à sa formation en théâtre musical. Non seulement l'a-t-elle étudié au cégep Lionel-Groulx, mais elle a aussi beaucoup chanté dans des comédies musicales dont dix-huit mois avec la troupe des Misérables en tournée à travers l'Amérique. Elle a incarné Fantine tout ce temps avant que la troupe ne s'installe sur Broadway misant alors, marketing oblige, sur un nom connu de la scène musicale new-yorkaise pour prendre la relève. 
«Dans la vision américaine de la comédie musicale, la chanson sert à raconter une portion de l'histoire, explique-t-elle. On ne peut pas ignorer la chanson sans perdre le fil de la narration. Le texte doit être au premier plan et l'interprète doit éviter les fioritures puisqu'il est au service d'une histoire. Faire des effets vocaux pour faire des effets vocaux, ça n'a pas sa place. Je suis de cette école.»
«René-Richard Cyr a déjà dit quelque chose qui m'est resté en mémoire: quand un interprète joue une scène, c'est le spectateur qui doit pleurer, pas l'interprète!»
Cette approche est d'emblée mise de l'avant sur son album avec la chanson initiale: Calling You. Cette pièce qui a fait l'objet de tant d'interprétations grandiloquentes comme autant de prétextes à jeter de la poudre aux yeux, Geneviève Leclerc la présente dans une sobriété plutôt réjouissante.
«J'ai une approche très technique de mon métier. Avant d'interpréter, je fais des recherches sur la chanson, son compositeur, j'écoute différentes interprétations. Je veux trouver ma propre façon de la présenter. Par exemple, je tenais à chanter Les parapluies de Cherbourg même si on l'a entendue tant et tant. Un peu beaucoup parce que je l'avais chantée lors de spectacles en Russie en compagnie de Michel Legrand l'an dernier. J'ai trouvé une approche dans les arrangements qui mêle le classique et le jazz. Le réalisateur de l'album, Toby Gendron, qui était sceptique sur le choix de la chanson au début, a été convaincu.»
La chanteuse offre trois chansons inédites et huit reprises dont Tu es mon autre, un duo assez improbable avec Éric Lapointe. «Ça peut faire un peu la belle et la bête mais pas tant que ça. Oui, nos voix sont très différentes mais si j'avais 18 ans et que je véhiculais une image de pureté et d'innocence, ça donnerait cette impression mais ce n'est pas mon cas. Oui, il y a un écart et c'est ce qui rend le duo intéressant. Je trouve que ça fait un très bon single pour la radio.»
L'album est sorti le 24 mars dernier et pour sa première semaine de ventes, il se classe numéro un des ventes au Québec et troisième au Canada. «Je pense que ça démontre qu'il y a une place pour ce que je fais dans la musique au Québec.»
Si l'enthousiasme se maintient, Geneviève Leclerc souhaite tout simplement que cette carte de visite lui permette d'intéresser des diffuseurs pour qu'elle puisse chanter le plus souvent possible au Québec. «Je rêve seulement de gagner ma vie ici en faisant le métier que j'aime. Après douze ans dans mes valises, dont huit sur des bateaux de croisière, je suis mûre pour rester chez nous. Des plus petites salles aux plus grandes, je veux aller à la rencontre du public.»