Le Musée POP de Trois-Rivières.
Le Musée POP de Trois-Rivières.

Fréquentation des sites touristiques cet été: conforme aux attentes

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Malgré le flou dans lequel nous baignons tous depuis le début de la pandémie de COVID-19, il semblerait que plusieurs intervenants du monde touristique en région ont vu assez juste dans leurs prévisions pour cet été hors de l’ordinaire.

Bien que les données soient très fragmentaires, un très sommaire tour d’horizon de quelques attractions touristiques locales semble indiquer que les prévisions des intervenants du milieu étaient assez proches de la réalité observée depuis le début de la saison touristique.

Par exemple, au Musée POP de Trois-Rivières, ouvert depuis le 20 juin dernier, on constate une fréquentation qui se situe autour de 30 % de ce qu’on avait l’habitude de voir en temps normal, ce qui correspond aux prévisions. «Un élément qu’on constate, nous dit Claire Plourde, responsable des communications et développement des publics, c’est que c’est en progression constante depuis le début de l’été, ce qui est encourageant. On a triplé la fréquentation quotidienne depuis le début juillet.»

Évidemment, la capacité d’accueil est de beaucoup diminuée à cause des mesures sanitaires imposées. Ainsi, pour les visites de la vieille prison, la capacité maximale actuelle est quasiment le tiers de ce qu’on aurait pu accueillir dans le passé. «On a souvent atteint notre limite maximale quotidienne notamment au cours des semaines de vacances de la construction au point même d’avoir dû refuser du monde. Par contre, du côté du Musée où on présente deux expositions (Autour d’une broue et Attache ta tuque) on serait en mesure d’accueillir plus de monde.»

«En somme, ce sont de bons résultats. On constate que les gens ont privilégié les activités extérieures pendant leurs vacances cette année et alors qu’on prévoyait accueillir une plus importante clientèle locale, le pourcentage des visiteurs en provenance de la région est le même que par le passé.»

À Boréalis, on constate un achalandage qui se situe autour du 30% évoqué au Musée POP par rapport à l’an dernier. «Entre 30 % et 35 %, c’est mieux que ce à quoi nous nous attendions, indique Romain Nombret, coordonnateur au patrimoine à Culture Trois-Rivières. La gestion sanitaire se fait très bien et les visiteurs se disent très satisfaits des visites même si pour l’instant, on a dû laisser tomber les visites guidées habituelles. Il reste que des guides sont postés un peu partout pour répondre à toutes les questions.»

Le Musée Boréalis, situé sur le site de Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

Il constate également une fréquentation en hausse graduelle, notamment du côté de la terrasse de Boréalis qui demeure très populaire même avec un menu bistro adapté aux circonstances.

Comme il supervise tout le patrimoine, il indique que la fréquentation du Manoir de Niverville se situe dans des proportions similaires de 30% de l’achalandage d’une saison normale mais avec des fluctuations plus importantes puisque certaines semaines ont atteint les 50 %.

À titre indicatif, si on regarde du côté de certaines entreprises privées, la coordonnatrice aux ressources humaines et au marketing du Kinipi Johanne Lefebvre parle d’un été 2020 satisfaisant jusqu’ici. «On a dû réduire notre capacité d’accueil de 50% avec la COVID mais depuis l’ouverture, le 15 juillet, on est tout près d’atteindre notre capacité maximale ce qui est très bon dans les circonstances. C’est même mieux que ce à quoi nous nous attendions.»

Pour ce qui est de la provenance des clients, elle respecterait les pourcentages habituels quant au ratio de gens en provenance de la région ou de l’extérieur de la Mauricie. «Nous nous sommes montrés très proactifs dans la gestion des mesures sanitaires et la clientèle se dit très rassurée. Nous avons cependant dû laisser tomber le hammam et les saunas, trop complexes à gérer.»

Avec l’été caniculaire que nous connaissons, la Piscine H2O de Pointe-du-Lac a pu tirer son épingle du jeu avec une bonne fréquentation malgré les circonstances imposées par la COVID. Le propriétaire Patrick Bellemare évalue à quelque 50 % l’achalandage en comparaison d’une saison normale. «Je pense que beaucoup de gens étaient craintifs au départ quant à la propagation du virus mais il faut comprendre que dans une piscine à vagues, les conditions ne sont pas nécessairement plus propices à la diffusion du virus. Il nous a fallu abandonner les glissades d’eau, trop compliquées à gérer dans les circonstances, mais dans l’ensemble, je suis satisfait de la fréquentation. Le camping et le karting vont bien aussi.»

«Globalement, on va plutôt bien s’en tirer cette saison parce qu’on a géré de façon serrée en limitant nos dépenses. Par contre, je ne pense pas que cette saison va nuire à notre développement à long terme.»

Le directeur général de Tourisme Mauricie, Stéphane Boileau.

Le grand portrait

Le directeur général de Tourisme Mauricie Stéphane Boileau offre un point de vue plus général de la situation. «Le constat est relativement simple, explique-t-il. Tout ce qui s’appelle tourisme en nature, ça va très bien. Pour les activités intérieures, pour les hôteliers et les restaurants, c’est nettement plus difficile.»

«On l’a vu, les Québécois ont fait des achats massifs pour de l’équipement d’activités extérieures cet été et les gens prennent leurs vacances en nature. Dans les musées, on peut voir de la fréquentation autour de 30 % ce qui est mieux que rien mais ce n’est pas une saison normale et ce ne sont même pas des revenus à la moitié d’une saison normale. Dans des institutions pour lesquelles l’été est la saison pendant laquelle ils engrangent le plus gros de leurs revenus, c’est évidemment délicat.»

Chez Tourisme Mauricie, on a favorisé la création de forfaits en jumelant à des activités extérieures des offres dans des restaurants et hôtels du coin, ce qui a constitué une bonne stratégie, croit le directeur général. «Nous sommes chanceux parce que nous avons une région fantastique pour le tourisme en nature. On compte 17 500 lacs sur le territoire, une des plus belles rivières au monde, le Saint-Maurice, avec des affluents tout aussi beaux. Il y a une grande quantité de sites extraordinaires alors, ça nous favorise. En même temps, on se dit que le tourisme d’affaires a, lui, beaucoup souffert tout comme l’international, évidemment, et aussi celui qui est lié à l’événementiel.»

Un élément constitue pour une source d’optimisme. «Un sondage a récemment été dévoilé qui indique que quelque chose comme 30 % des Québécois disent qu’ils comptent faire de courtes escapades de deux ou trois jours au cours de l’automne. Ça nous favorise en Mauricie parce qu’on est à proximité des grands centres et qu’on est un endroit parfait pour venir profiter de l’automne en nature. On est en droit d’espérer que septembre et octobre puissent être de bons mois. Il faut être bien conscient que le tourisme en provenance de l’extérieur du pays est beaucoup concentré à l’automne, au temps des couleurs et qu’on ne pourra pas compter sur lui cette année.»

«À Tourisme Mauricie, on va tout faire pour attirer la clientèle chez nous dans les prochaines semaines. On travaille d’ailleurs très fort sur la promotion à l’extérieur de la région présentement.»

Autre motif d’optimisme: la réaction des intervenants du milieu. «Je suis épaté de voir à quel point les intervenants ont fait preuve de solidarité et de créativité dans les circonstances. Grâce à eux, on a pu mettre en place des forfaits et on va en offrir d’autres spécifiquement pour l’automne. C’est grâce à la collaboration des acteurs du milieu que c’est possible.»

Le propriétaire de la Piscine H20, Patrick Bellemare.

«On n’aura pas une année normale, conclut le directeur général. Jusqu’ici, certains ont réussi à s’en tirer pas trop mal mais d’autres ont pâti, c’est certain et c’est extrêmement dommage. Je sais que ça va être difficile dans la restauration, notamment, dans les mois à venir et j’espère qu’on va être en mesure d’éviter une hécatombe.»

«On a forcément des attentes envers les gouvernements et je dois avouer que s’ils n’ont pas répondu intégralement à toutes nos demandes jusqu’ici, on a quand même senti une écoute et une volonté des autorités de réagir à cette crise que nous vivons. Il va falloir qu’ils continuent et que certaines mesures d’aide viennent et ce, avant Noël, pour éviter le pire. N’oublions pas que nous sommes susceptibles de vivre une deuxième vague de la COVID et que la tempête risque de frapper dur encore une fois. Il faut être prêt à réagir pour aider les plus vulnérables dans l’industrie.»