Le Trifluvien d’origine Frédéric Pellerin fait désormais carrière depuis Lyon, en France, sa ville d’adoption. Sous le pseudonyme de They Call Me Rico, il demeure fidèle à son blues rock dont il offre une nouvelle mouture sur son plus récent album Sweet Exile.

Frédéric Pellerin au sommet de sa carrière

TROIS-RIVIÈRES — Si le Trifluvien d’origine Frédéric Pellerin voit un petit nuage dans le ciel bleu de son parcours musical actuel, c’est celui d’un petit regret: il est désormais plus connu en France où il habite qu’au Québec, une terre à laquelle il est toujours viscéralement attaché. Son tout nouvel album, Sweet Exile, est cependant distribué des deux côtés de l’Atlantique et en porte les doubles couleurs.

Si on l’associe d’emblée au blues, influence indiscutablement prédominante, l’auteur et compositeur parle d’inspirations diverses qui viennent nourrir ses efforts musicaux. «Ça fait six ans que j’habite à Lyon alors j’imagine que le paysage de la musique française vient teinter quelque peu ma propre musique. J’écoute beaucoup de chanson française, forcément, mais de l’électro également. Par ailleurs, ma musique a toujours été marquée par le rock que j’assume totalement mais je pense qu’on peut aussi y déceler un peu de country. Dans le cas précis de cet album, on peut entendre l’influence des musiques d’Ennio Morricone ou de The Shadows, un groupe britannique des années 60.»

Que l’album porte la marque de They Call Me Rico and The Escape n’est pas que banale information technique. Pour son créateur, ça reste un album de groupe où ses compères ont apporté leur eau au moulin. «En spectacle, je travaille souvent seul dans le format de ce que les anglophones appellent le «one man band». Mais je fais aussi des spectacles en trio ou en quatuor et l’album a vraiment été fait en groupe avec des musiciens qui travaillent souvent avec moi. Il y a une véritable osmose qui se sent même si ce sont mes chansons.»

Son influence blues, il l’entretient non seulement en se nourrissant amplement de sa musique de prédilection mais aussi par de l’immersion. «Je suis allé à Memphis l’an dernier pour participer au Blues Challenge. Ironiquement, j’y représentais la France parce que j’ai ma carte de résident permanent. Je me suis d’ailleurs rendu en demi-finale. Au delà du concours, je me suis imprégné de la culture blues dans cette région. J’ai joué dans de petits bars, dont un club où BB King se produisait régulièrement et qui n’a pas changé depuis une cinquantaine d’années. C’est une région super pauvre et plutôt triste, d’ailleurs: on y sent la nature même du blues.»

«Il y a deux ans, je suis allé à Houston après être passé au festival South by Southwest d’Austin. J’y ai rencontré Jimmy Duck Holmes, et j’ai enregistré une chanson avec lui. Il est un peu comme une sorte de mentor pour moi. C’est clair que le blues est inscrit dans ma culture personnelle. J’ai fait pas mal de tournées au Canada avec les Madcaps et les images des grands espaces sont restées gravées en moi. Mon blues se nourrit aussi de ça.»

Le musicien a choisi de limiter à neuf le nombre de pistes sur cet album dans un désir de pertinence. «J’aurais eu du matériel pour beaucoup plus mais je préférais ne conserver que les meilleures. Celles qui sont là, je les assume entièrement et je suis content parce qu’elles représentent ce que je fais de meilleur. Avec trop de chansons sur un album, il y a le danger que les auditeurs s’arrêtent à des chansons moins fortes et t’identifient à elles.»

Frédéric Pellerin est comblé par sa carrière européenne qui lui assure une très respectable cinquantaine de spectacles par année et une visibilité qui le satisfait. «Je joue dans beaucoup de festivals et dans des salles de 200 à 300 places. Il y a un circuit pour la musique de blues et le jazz sans compter qu’on m’associe aussi parfois à la musique du monde. Je tourne sur des radios indépendantes, nombreuses ici. C’est quand même un marché intéressant de presque 70 millions de personnes et il y a une très vaste communauté d’amateurs de blues et de jazz. Ce sont vraiment de fins connaisseurs.»

Cela dit, il compte revenir faire sa tournée québécoise annuelle dès le printemps prochain comme il l’a fait l’été dernier avec son groupe The Escape alors qu’il était de la programmation du FestiVoix ou du Festiblues de Donnacona, notamment.

«Après vingt ans de scène, je suis vraiment au sommet de ma carrière, affirme-t-il sans hésitation. J’ai développé une belle relation avec mon public qui est fidèle. En plus, je trouve qu’il y a un côté agréable à pouvoir rayonner simultanément sur deux continents. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est mon indépendance. Je fais la musique dont j’ai envie, c’est moi qui prends les décisions dans ma carrière et ça roule très bien.»