Fred Pellerin a choisi d’être plus intime avec ses fans pour son dernier album, Après, sorti vendredi.

Fred Pellerin: le chanteur dépouillé

TROIS-RIVIÈRES — Qui aurait dit que Fred Pellerin pouvait faire plus doux, plus intime dans ses chansons? C’est pourtant ce qui se passe avec Après, son tout nouvel album. Un disque comme une longue confidence: le grand intime.

Le chanteur n’a pas besoin de dire qu’il avait le goût d’un album le plus dépouillé possible: chacune des dix chansons de la galette le murmure intensément. «C’est le plus intime des albums qu’on a faits et ça me donne le goût d’en faire un autre plus intime encore; mais là il va falloir que j’aille chanter à chaque auditeur sur le bord de son lit!»

Dix titres, c’est peu. Il y en avait plus jusque dans les toutes dernières étapes de réalisation. «Treize, calcule Fred, mais ça ne marchait pas. On a vraiment fait une job pour ramasser tout ça et le mettre sur une ligne qui peut s’écouter en boucles. Pour le spectacle de lancement, on cherche lesquelles on ne fera pas parce qu’elles se font toutes guitare-voix sans que ça dénature la chanson enregistrée. Le gros arrangement, c’est Relève toi qui est pourtant très sobre aussi.»

«Je suis très content de tout ça.»

L’orientation est tellement assumée que l’album, tout grand ouvert sur la poésie, s’ouvre sur deux chansons d’amour consécutives, L’étoile du Nord et La chanson du camionneur peut-être les plus dépouillées et les plus vraies du disque. «Moi pis les auditeurs, on n’a pas besoin de prendre le temps de faire connaissance. On n’a pas besoin de mettre la table: on mange pas de nappe!»

«En même temps, L’étoile du Nord, un caillou de cinq minutes guitare-voix et rien d’autre, on pouvait mettre ça où, ailleurs? Ça annonce le reste. C’est un moment fort en partant.»

On a beau essayer de faire les choses à notre façon, la vie les refait comme elle l’entend. Prenez La chanson du camionneur, sobre déclaration d’amour aussi brute que délicate: elle n’a rien de la chanson porteuse d’un album. «Tu vois, dis Fred, celle-là nous a échappé. Il n’a jamais été question qu’elle devienne une locomotive mais elle circule beaucoup d’une façon très étonnante. C’est l’fun, même si on l’a pas prévu.»

Il a eu la complicité non sollicitée du petit écran qui l’est d’ailleurs de moins en moins. Avec les émissions En route vers l’ADISQ et Faire oeuvre utile, la chanson a pris une vie autonome, animée par son retentissement dans le cœur des gens. Et sa beauté, forcément. «La toune tourne déjà parce que je l’ai interprétée à En route vers l’ADISQ avec Vincent Vallières et elle s’est retrouvée je ne sais comment sur Facebook où elle gagne en clics.»

«Je suis content parce qu’elle représente bien l’album: elle est drette-là dans la guitare et la voix. Elle a quelque chose de Mille après mille dans le thème de la solitude du routier et de l’amour qu’on n’arrive pas à dire mais qu’on exprime autrement. On est dans le gros quotidien concret mais ça dit quelque chose d’immense. Ce genre de poésie-là, bien concrète, quand elle est alignée comme il faut, ça peut être bien plus grand que bien des poèmes qui aspirent à la grandeur.»

On est là parfaitement installé dans l’univers de Fred-le-chanteur, un environnement devenu familier en quatre albums. «T’sé, quand je chantais Roland, de Manu, sur C’est un monde, on était exactement dans la même famille. Je sais pas si on me reconnaît parce que ce ne sont même pas mes textes à moi, mais ce sont des chansons que je frissonne très fort quand je les reçois et quand je me mets à me les approprier.»

Les  autres

C’est le tout premier album sur lequel Fred ne fait pas appel à l’auteur et compositeur Fred Pellerin, un vieux complice. Fred Pellerin se défend: «Je n’ai juste pas réussi à en écrire une. J’ai dû ouvrir vingt-deux chantiers de tounes, je ne suis pas arrivé à en fermer un seul. Jusqu’à la toute fin, en studio, on se gardait des portes ouvertes pour une de mes chansons et je n’y suis pas arrivé. Je n’ai pas de problème avec ça: ce que tu sens le besoin d’exprimer, s’il se trouve dans la chanson d’un autre, c’est parfait.»

«Je ne dis pas qu’un jour, je n’écrirai pas un album de mes propres chansons mais c’est dur, écrire une chanson. Je prends un an à écrire un spectacle de contes. Si je consacrais une année complète à écrire douze chansons, peut-être que j’y arriverais.»

Qu’importe d’ailleurs puisqu’il peut compter sur des frères de musique (David Portelance, Manu), de nouveaux complices (Martin Léon, Pierre-Roger Rochette) et des emprunts (Amène-toi chez nous, L’étoile du Nord, Je m’envolerai). Tout ça crée un nouveau monde qu’il a appelé Après à cause d’une thématique qu’il sentait récurrente sur l’album.

Et maintenant, des attentes? «Non, répond-il, convaincant. C’est une autre zone de moi que j’aime explorer mais la chanson, ce n’est pas mon cheval de course. Moi, ce sont les contes qui sont mon activité principale et pour ces spectacles, j’avoue que j’ai des attentes. La chanson, c’est pas fait dans une perspective de business. Tant mieux si ça marche, mais ça reste débonnaire et artisanal.»