Le public allait-il avoir envie de se laisser séduire par le style intimiste de Charlotte Cardin sur la grande scène du FestiVoix? Il a adhéré à la proposition en grand nombre comme le démontre cette photo.

FestiVoix: le beau fixe, toujours

Trois-Rivières — Les soirées se suivent sans se ressembler au FestiVoix. Pour ce qui est de la programmation, du moins, parce que question météorologique, c’est le Métropolitain direction est vers 16 h 45 à la hauteur de Christophe-Colomb.

Encore jeudi, le facteur avait livré plein d’humidex toute la journée de sorte qu’en soirée, même le soleil couché, on suait juste à être bien. Il faut dire qu’un peu plus tôt, à 17 h, il a tapé assez fort pour mériter de se coucher pas trop tard. Pas fous, les festivaliers ont délaissé quelque peu la scène de la vieille prison par trop exposée à l’astre solaire. Dommage, parce qu’on y offrait la troupe Gypsy Kumbia Orchestra, un petit collectif de rigolos qui avaient le cœur à la fête. Une folie douce portée par des trompettes, trombones, clarinettes, un violon, deux danseuses et un pied mariton. Parfaite mise en forme pour amorcer une soirée de festival. Très tonique.

L’électro funk de Sax Machine sur la scène des Voix jazz a eu pas mal plus de succès auprès des festivoisiens. Je soupçonne l’odeur du BBQ d’y être pour quelque chose. Les gens étaient tellement absorbés par leur nourriture, alors que ce devrait être le contraire, me semble-t-il, qu’ils se refusaient obstinément à répondre aux appels insistants du leader du trio sur scène qui réclamait leur participation comme si sa vie en dépendait. Il n’arrivait pas à se faire à l’idée que les gens étaient en tête-à-tête avec leur hamburger et qu’ils ne voulaient en aucun cas être dérangés. Je ne lui accorde même pas la note de passage pour sa lecture du public.

Charlotte Cardin débarquait tout juste d’Europe au moment de fouler la scène des Voix populaires jeudi soir. On n’a senti aucun effet du décalage horaire.

Alexandre Poulin n’a pas eu à lire quoi que ce soit dans l’attitude du public sur la scène des Voix multiples. On n’y était pas bien nombreux, mais c’était beaucoup des fans. Des femmes fans d’abord et avant tout. Je ne connaissais nullement ce garçon et j’ai été complètement conquis. Des textes justes, simples, émouvants. Dans la simplicité de ses mots, il trouve le plus souvent le moyen d’échapper au danger premier de ce genre de poésie: la banalité.

Je sais que ça ne paraît pas dans mes textes mais j’aime les jolies images, celles qui touchent. J’aime les mots qui s’aiment les uns les autres. Les siens sont très souvent comme ça. Ce sont pourtant les mots d’une conversation autour de la table du souper familial mais il faut croire qu’il sait les agencer. J’ai été vraiment touché par le jeune homme. Je ne m’y attendais pas.

Et puis, il faut dire que j’ai entendu plein de gens crier leur enthousiasme pour ses jolis textes. C’est rare. C’est beau.

Parlant de beauté, Charlotte Cardin était la vedette principale sur la scène des Voix populaires. Ça prend à peu près un couplet et quart pour comprendre pourquoi elle est la saveur du moment des critiques et du public. Elle est très séduisante. Physiquement, d’accord, mais tout autant par son style musical. Cette voix aux inflexions lascives et sensuelles, ça fait comme des petits frissons dans le ventre. Et pas qu’aux humains, apparemment. Les moustiques étaient des milliers à lui tourner autour, à se coller contre sa peau en sueur. Hypnotisés, ils étaient. C’est la première fois de ma vie que j’aurais voulu être un moustique.

Le dg du FestiVoix Thomas Grégoire estimait en début de soirée que Charlotte Cardin constituait un bon défi pour la scène au bord du fleuve. Le public allait-il suivre pour ce genre tout en émotions? Il a suivi, nombreux. Pas autant que pour Éric Lapointe, disons, mais mon petit doigt me dit que ce n’était pas non plus le même public. Une impression, comme ça.